Ni les enjeux, ni les contraintes et encore moins les séquences de leur initiative n’ont été énoncées par les «Notables de la République».

Paul Mba Abessole (au centre) porte-parole du cercle des Notables de la République. © D.R.

 

En politique, les concepts peuvent très vite devenir de fausses bonnes idées. Surtout quand la recherche d’originalité et l’envie de séduire prennent le pas sur l’analyse froide et méthodique. Au lendemain de la présidentielle de décembre 93, on évoqua la «Paix des braves» sans préalablement identifier vainqueurs et vaincus. Tout cela déboucha sur la duperie des «Accords de Paris». Suite à la contestation des résultats de la présidentielle de décembre 2005, on vanta les vertus du dialogue, sans se soucier du statut juridique de telles assises. Tout cela accoucha des anecdotiques «Accords d’Arambo». Il pourrait en être de même avec la «réconciliation nationale». Ressassée et triturée depuis la fin de la présidentielle d’août 2016, cette notion vient d’être remise au goût du jour par un quarteron de «Notables de la République» (lire «Appel à la réconciliation nationale»). Comme on pouvait le pressentir, tout cela a pris les allures d’une  bouteille à la mer. Ni les enjeux, ni les contraintes et encore moins les séquences n’ont été énoncées.

Primat de la justice

Dans cette démarche, il y a comme un air d’improvisation. L’invite à la réconciliation nationale procède d’une simple rhétorique. Elle peut être assimilée à de la gesticulation sans lendemain. Cette notion si galvaudée a pourtant déjà été théorisée. Elle correspond à un processus aux fondamentaux connus : vérité, justice, réparation et réformes institutionnelles. Si elle entend écarter la menace révisionniste, elle veut conjurer le péril négationniste (lire «Entre exigence de justice et nécessité de stabilité»). Au-delà, elle érige le pardon en moyen de sortie de la violence. Pour tout dire, une  telle initiative vise non pas à écarter le spectre d’une «guerre civile» ou à panacher les conclusions d’assises aux relents partisans, mais à régler les différends du passé sans mettre en péril le processus démocratique. Est-ce l’objectif poursuivi par les «Notables de la République» ? La réaffirmation du primat de la justice aurait, peut-être, permis de le croire. Mais il n’en a rien été. Paul Mba Abessole et ses amis ont repris une recette éculée : les concertations politiciennes comme moyen de règlement des différends politiques. Ils ont évoqué la nécessité de «bâtir un système démocratique humaniste et participatif». Mais, ils n’ont pas eu le courage d’exiger la lumière sur les errements du passé.

Comme d’autres avant eux (lire «L’opposition modérée pour une réconciliation nationale»), les «Notables de la République» ont occulté le rôle des gouvernants dans la récurrence des crises post-électorales, faisant ainsi fi du principe de responsabilité. Du coup leur proposition apparaît, non pas comme un pont entre la justice et la politique mais, comme une bouée de sauvetage pour le pouvoir en place. Au sein de l’opinion, railleries, ricanements et condamnations se font déjà entendre. Dommage… Depuis 1993, les bilans des émeutes post-électorales sont sujets à controverse. Pour de nombreux observateurs, trop de sang a impunément et systématiquement coulé après les joutes électorales (lire «Une démocratie meurtrière»). Au pouvoir depuis un demi-siècle maintenant, le Parti démocratique gabonais (PDG) est pointé du doigt. Avec lui, les institutions de la République, notamment l’armée et la Cour constitutionnelle. Vu sous cet angle, Paul Mba Abessole et ses amis ont eu tort de passer les responsabilités par pertes et profits. Personne ne leur demande de désigner des citoyens ou des institutions à la vindicte populaire. On leur reproche simplement de n’avoir pas établi le lien entre justice et réconciliation nationale.

Un Pacte de l’oubli ?

S’ils avaient placé la justice au centre de leur démarche, les «Notables de la République» auraient sans doute fait œuvre utile. Autrement dit, avant de formuler leur proposition, ils auraient gagné à mieux analyser la notion de «réconciliation nationale». Ils auraient dû réfléchir aux conséquences de l’impunité. Ils auraient pu songer aux dégâts d’un éventuel pacte de l’oubli, sorte d’amnistie-amnésie censée conduire à la cicatrisation des blessures du passé.  Sur ce point, des références et éléments de comparaison existent. En Amérique latine, en Afrique et même en Europe, les exemples sont nombreux. Partout, les mêmes préalables s’imposent d’eux-mêmes : identification des victimes, clarification des responsabilités, choix de l’option pénale, refus d’une justice à la carte, adoption du principe de réparation et, réformes structurelles. Reposant sur l’émotion et des considérations différentes de celles universellement admises, la proposition de Paul Mba Abessole est condamnée d’avance. La «réconciliation nationale» ne saurait reposer sur la seule peur du lendemain. Elle doit s’inscrire dans un processus. Elle doit partir d’une analyse froide du passé. Par-dessus tout, elle ne peut se faire au détriment de la justice.

 
 

12 Commentaires

  1. BSerge Okogo dit :

    Toutes ces manigances ont pour objectif de faire plier Jean Ping.Mais,ils n’ont pas le courage de le faire ouvertement. Honnêtement parlant pourquoi ne pas négocier avec Ali Bongo sur ses conditions de quitter le pouvoir ? Au lieu d’indexer Jean Ping et de l’accuser d’être à l’origine du blocage que connaît le pays aujourd’hui,nos sages feraient de faire comprendre à Ali Bongo que ses limites sont désormais connues et qu’il ferait mieux de s’effacer.

  2. mopity dit :

    Ils font pitié ces trois fossiles…

  3. moussa dit :

    Sages ???? Demandez á Ali de quitter le pouvoir !!! Le reste n’est que tromperie !!! C’est Jean Ping qui a la legitimité et personne d’autre. Mendiants !!!!

  4. Antoine dit :

    Jean Ping Président élu du Gabon.
    Faites plutôt appel à la reconnaissance des vrais résultats de la présidentielle de 2016.

  5. Antoine dit :

    Ça fait 50 ans qu’on nous parle de réconciliation nationale,et ce toujours après le trucage des eélections présidentielles… Ce cinéma à assez duré SVP

  6. Milangmissi dit :

    Depuis 1967 des gabonais ont signé un pacte anti-républicain pour s’enrichir et être toujours les seuls a être riches et à jouir du Gabon et ces gens et leurs descendances sont le veritable problème du Gabon. Ces propos ne sont pas de moi du Pr Ella Nguéma, Mayila fait partie de ces gens donc il cherche a sauver leurs biens.

    “Etre égoïste, c’est être vivant par soi-même. Etre égoïste, c’est ne pas tout rapporter à soi, c’est faire tout partir de soi, c’est être scrupuleusement original…”Sacha Guitry

  7. Catherine dit :

    Trois lascars…

  8. moukouambo dit :

    Il y a eu trop compromis après chaque élection présidentielle et c’est toujours le même camp qui est là.C’est ce camp qui fout la m… et on demande au peuple de se plier à la volonté d’une seule personne.La paix des braves ,les accords de Paris ,les accords d’Arambo et tutti quanti sont là pour nous le rappeler ;comme l’a si bien dit le journaliste.Pourquoi se mettre à organiser une élection quand on sait qu’on a va pas respecter les résultats ?

  9. diogene dit :

    La seule chose de notable chez ses ex vendus au PDG, c’est leur couardise, leur démagogie à 10 kolos…
    Ils ont flirté avec le pouvoir , se sont enrichis, ils ont participé à toutes les exactions qu’une véritable réconciliation assortie de justice les projetterait à la case prison.
    Ils prônent pour leur propre immunité, des fois que la constitution fantoche les ait oubliés.

  10. L’illettré du Littré dit :

    Et la France dans tout cela ? 1993 Paris I, 2018 Paris II ?… Pardon, je me sauve, je vois venir ‘Pitbull Mouf’

  11. AGORA dit :

    Jean ping president élu du Gabon.le reste c’est de la diversion. …

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