Près d’une semaine après la réélection contestée d’Ali Bongo Ondimba, les Gabonais sont littéralement privés d’Internet, alors que les pouvoirs publics avaient promis que le pays n’en serait pas sevré. Combien aura coûté cette opération somme toute contournée par ceux qui le veulent bien ? TAZ, dirait Hakim Bey.

censure internet

 

Cinq jours après la proclamation des résultats officiels provisoires de la toute dernière élection présidentielle au Gabon, les mesures d’isolement et de censure prises par les autorités et nullement expliquées, ont partiellement été levées. En effet, alors que le soleil se couchait, le 31 août dernier, sur les manifestations ayant suivi l’annonce de la réélection d’Ali Bongo, l’Internet a été coupé dans l’espace territorial gabonais, sans explication officielle. Tout le monde n’en a cependant pas été privé, l’Agence nationale des infrastructures numérique (Aninf) ayant distribué des clés USB Internet à certaines autorités et à quelques privilégiés qui peuvent continuer à surfer sur la toile mondiale pendant la restriction.

Le retour de la connexion Internet a été noté le lundi 5 septembre, après une rumeur indiquant que Ban Ki-moon, le secrétaire général de l’Onu, s’en était indigné auprès des autorités gabonaises. Revenue avec une très faible bande passante, la connexion reste cependant limitée aux ordinateurs, les terminaux tels que les tablettes et les smartphones ne recevant pas le signal. Ainsi, à l’impossibilité d’échanger par SMS, est venue s’ajouter la privation des réseaux sociaux, notamment Facebook et Twitter. Ce qui a laissé courir l’idée selon laquelle les émeutes post-électorales ont fait bien plus de morts qu’il n’en est officiellement déclaré et que les autorités gabonaises craignent la publication des photos et vidéos amateurs qui viendraient les contredire en montrant les horreurs de la répression armée.

Fuites d’informations… tout de même

Il se trouve, en effet, que ceux des Gabonais ayant réussi à contourner le blocage de l’Internet grâce aux applications de masquage des VPN, ont constaté sur la page Facebook du groupe Info Kinguelé, que des internautes avaient posté des dizaines de photos de blessés. A l’instar du post d’un certain Jeffrey, daté du 2 septembre dernier, qui présente une personne morte d’une balle dans la tête ainsi que des photographies montrant les traces sur un corps des sévices subis par des personnes qui étaient détenues, avant d’être libérées, à la Direction générale de la documentation et de l’immigration (DGDI) dans la matinée du 5 septembre courant. Info Kinguelé montre également des douilles de balles à blanc, des douilles de balles réelles, des percuteurs de petites bombes. Les réseaux sociaux n’auraient-ils pas été bloqués qu’on aurait eu, vraisemblablement, plus de détails et de témoignages sur les dégâts de la répression des manifestations post-électorales.

Que tiennent donc tant à cacher les autorités gabonaises ? Y réussissent-elles vraiment ? On pourrait admettre qu’elles sont parvenues à bloquer l’Internet pour le plus grand nombre, pour la plèbe. Mais les autres, les élites, n’ont pas tardé à s’installer dans la TAZ (Zone autonome temporaire) en utilisant des moyens parallèles pour se connecter à la toile mondiale. Ainsi, la clé USB Internet de l’Aninf est sortie de sa zone de prédilection pour se retrouver ailleurs, parfois même dans certains états-majors de l’opposition tandis que de nombreux usagers du Net sont passés à d’autres solutions (marqueurs de VPN, brouillage d’adresse proxy, etc.). Car, même en Chine un certain nombre de personnes parviennent à contourner la restriction de l’Internet grâce à des astuces de pirate (Freegate, réseau Tor, Psiphon, Freenet, anonymizers, etc.).

TAZ et facture de l’opération

L’Internet aura toujours son pendant parallèle, quelque peu pirate, ainsi que l’a théorisé le philosophe anarchiste Hakim Bey qui le comparait aux cachettes et réseaux interlopes d’information des pirates et corsaires du XVIIIe siècle.  «La TAZ est un moment d’espace libéré où les rapports de domination doivent être abolis. Ces instants font entrevoir que quelque chose d’autre que la fatalité quotidienne est possible même si il est vrai que ces moments où tout semble s’écrouler sont en décalage avec la réalité, qui rappelle en général vite à l’ordre», écrit Hakim Bey avant d’ajouter : «Si la TAZ est un campement nomade, alors le Web est le pourvoyeur des chants épiques, des généalogies et des légendes de la tribu ; il a en mémoire les routes secrètes des caravanes et les chemins d’embuscade qui assurent la fluidité de l’économie tribale ; il contient même certaines des routes à suivre et certains rêves qui seront vécus comme autant de signes et d’augures.»

La coupure complète d’Internet est un exemple de censure extrême, perpétrée par des États qui généralement se contrefichent des libertés individuelles. Il reste qu’une telle rupture des communications, aussi bien domestiques qu’internationales, coûte énormément d’argent, puisque l’opération requiert un travail intense, avec la nécessité de couper non seulement les protocoles qui connectent le pays au réseau international, mais aussi les protocoles qui connectent les FAI entre eux et avec leurs abonnés. Combien cette opération a-t-elle donc coûté au contribuable gabonais ?

 

 
 

10 Commentaires

  1. jean - jacques dit :

    Chers journaliste vous savez l’être humain prend conscient rien que il sent la douleur.Aujourd’hui on se rend compte l’internet devenu le moyen de publier tout ce que les uns et autres pensent sans respect. un pays comme cuba, ou chine on bloque tout quand les citoyen ne respectent pas.

    • gaboma dit :

      va vivre a CUBA ou en CHINE pauvre beninois. Le ne sera jamais une divtature communiste. Nous battrons contre votre dictature jusqu’au bout pour faire du Gabon une vraie democratie, si nous echouons nos enfants prendrons la releves mais nous vous vaincrons parceque les tenebres sont vous en etes les fils n’ont pas pour vocAtion de regner sur la terre et notre pays en particulier.

    • Nzuinguiri dit :

      Pourquoi mettre la censure si on n’a rien à cacher? La vérité finit toujours par se révéler.

    • Spy2016 dit :

      Alors il serait judicieux que vous vous installez à Cuba ou tout autres pays qui prônent la violation des libertés individuelles et surtout un pays dans lequel les citoyens s’en accommodent

    • walter dit :

      Qu’est ce que les citoyens ne respectent pas? Comment faire avaler le mensonge d’Etat à un citoyen qui, ayant toutes ses facultés en place, a été témoin vivant d’un fait.A en croire dans ce pays que le citoyen est un bébé à qui on raconterait des faits montés de toutes pièces et que ce dernier n’en a la capacité de cerner la bonne ou la mauvaise version.
      Il ne faut pas rêver, nous connaissons tous la vérité dans notre pays. Ce n’est ni la version gouvernementale ni celle de l’opposition qui nous guide, mais ce que nous savons tous, c’est-à-dire vous et nous. On a été convié à une élection présidentielle,le 27 août dernier, chacun à son niveau sait ce qui est sorti des urnes. Et le reste, tout le monde, dans son camp, en toute âme et conscience, sait ce qui s’est passé. Qui dit vrai, qui ment, nous en savons tous. Alors, en fermant Internet, que veut-on interdire et que veut-on laisser entendre? De même en détruisant certains médias et pas d’autres qui mangent la même sauce décriée ailleurs, car nous les suivons tous, nous comprenons que quelque chose ne va pas dans cet acharnement à la censure. Mais le Gabonais aujourd’hui n’est plus dupe, ce qui est autorisé il sait pourquoi, ce qui est censuré il sait toujours pourquoi.

  2. gaboma dit :

    Ali Bongo est un kamikaze et un extremiste salafiste. Il n’a pas peur ni de sa chute, ni de la mort, de rien et de personne. Mais avant, il veut faire payer cher les gabonais qui l’ont rejeté lui et sa famille en faisant mourir un maximum. Que Omar de là voit l’heritage empoisonné laisser à ses enfants. Heritage basé sur le mensonge, la manipulation, le vole. Le comble c’est l’exposition et les rusques qu’ils font courir aux altogoveens qui sont une minorités devant l’ecrasante majorité des gabonais qui ne veulent plus d’Ali en voulant nous faire croire que nos concitoyens sont unanimement pour lui. un mensonge qui doit arrêter. Nous savons que le Haut-Ogooué est la province de Myboto, Ngoulakia, Christian Bongo, Adjembè, Lébama et autres qui depuis ont choisi de se battre aux côtés du peuple pour notre dignité, la justice et l’égalité qui insalleront notre pays dans une paix durable et sécurisée.

  3. Stan dit :

    J’invite tous les consommateurs à adresser une lettre à Gabon Telecom pour exiger que toutes les heures où nous avons été privé d’internet soit déduites de notre prochaine facture et envoyées à qui de droit…
    Et pour Jean Jacques, je me permets de te dire que tu es le premier à ne pas être respecté.

  4. Nze aurel dit :

    Jean jacques est une erreur génétique dépuis le ventre de sa mère qui a choisit de faire dans la distraction.

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