Dix-sept mois après son arrivée à la tête du ministère en charge de l’Habitat, de l’Urbanisme et du cadre de vie, Michel Menga M’Essone aborde plusieurs questions dans cette interview bilan accordée à L’Union et à Gabonreview. Le foncier, le logement social, la dissolution de la SNLS, la création des SCI factices, les chevauchements entre les entités agissant dans ce secteur sont, entre autres, les points évoqués.

Le ministre d’Etat en charge de de l’Habitat, de l’Urbanisme et du cadre de vie, Michel Menga M’Essone, lors de l’interview, le 14 décembre 2018 à Libreville. © Gabonreview

 

Vous avez pris vos fonctions en mai 2017. Peut-on faire l’état des lieux de ce que vous avez trouvé en prenant vos fonctions ?

Michel Menga : Merci de vous intéresser à l’action que nous menons depuis que nous sommes arrivés à la tête de ce ministère chargé de l’Habitat comme vous le rappelez. Comme vous le savez, le ministère de l’Habitat est un ministère éminemment important parce que c’est un ministère ayant en charge les problèmes qui concerne la vie des citoyens. En effet, nous nous occupons des logements et nous nous occupons en même temps de procurer, autant qu’il nous est possible, des espaces à bâtir aux citoyens gabonais. C’est-à-dire de l’aspect foncier. Ce sont donc ces deux aspects qui constituent la matrice du champ dans lequel nous exerçons nos activités.

Maintenant, pour revenir à la question que vous posez : quel est l’état des lieux que j’ai dressé en arrivant à la tête du ministère ? Quand j’arrive à la tête du ministère de l’Habitat comme vous pouvez l’imaginer, il y a beaucoup de problèmes. Le ministère de l’Habitat a été supprimé lorsque le ministre Louembé était ici. Compte tenu des problèmes qu’il y avait au niveau du ministère, les autorités du pays ont pensé qu’il fallait supprimer le ministère et c’est comme cela qu’elles ont créé l’Agence nationale de l’Urbanisme, des Travaux topographique et du Cadastre (ANUTTC), en reversant toutes les activités du ministère à l’ANUTTC. Quelques années plus tard, les plus hauts responsables du pays se sont aperçues que la solution n’était pas là, dans cette direction. Qu’il fallait remettre le ministère à flot en 2012. Le ministère a donc été remis à flot en 2012 après sa suppression.

Les problèmes ont-ils été alors résolus ?

Lorsqu’il a été remis à flot, tous les problèmes n’ont pas été réglés. Les problèmes institutionnels, les problèmes d’ordre juridique n’ont pas été réglés. C’est le premier aspect que nous avons abordé lorsque nous sommes entrés à la tête du ministère de l’Habitat, parce que vous savez très bien qu’on ne peut pas travailler dans un environnement si on n’a pas d’instruments juridiques pour travailler.

L’environnement juridique du ministère pose des problèmes parce que certains aspects d’ordre juridique n’ont pas été traités. C’est ainsi qu’on constate qu’il y a des chevauchements entre l’ANUTTC et le ministère en termes de champs d’action : la gestion du foncier, du logement. Tout ceci n’est pas clair pour le commun des mortels et encore moins pour nous, à commencer par le ministre que je suis.

La première tâche à laquelle je me suis livré est d’apporter un tant soit peu des clarifications sur cet aspect de la question pour permettre aux uns et aux autres de savoir qui doit faire quoi, où et comment. C’est un dossier que j’ai trouvé sur la table du ministère et je n’ai fait qu’emboiter le pas pour poursuivre les actions que mes prédécesseurs ont entrepris à ce niveau, de façon à amener ce dossier au niveau du Conseil interministériel et au niveau du Conseil des ministres pour que ces aspects soient réglés. Parce que l’ANUTTC, qui est un bras séculier de l’Etat,  a des actions à mener d’une part, et le ministère de l’Habitat d’autre part, il faut régler les problèmes afin d’éviter les chevauchements qu’on constate aujourd’hui et qui plombent l’efficacité des actions du ministère. Ce dossier existe, il se trouve actuellement au niveau du Secrétariat général du gouvernement de façon à ce qu’il soit programmé pour examen au Conseil des ministres, pour adoption. Voilà le premier aspect.

A cela s’ajoutent les problèmes à proprement parler qui relèvent du champ d’action du ministère de l’Habitat. Il y a le problème de logements et le problème de la gestion du foncier. Le foncier c’est la terre. Et la terre c’est nous qui la gérons. La terre, comme on le dit de façon triviale, appartient à l’Etat. Cette terre ne peut être exploitable que si elle a fait objet d’attribution de texte, de viabilisation pour qu’on puisse y construire des logements.

Quelle est donc la situation en l’état actuel ?

La première chose est qu’au niveau du Gabon, il n’y a pas de fichier central du foncier. En principe, dans d’autres pays, tout ce qui se fait en matière de foncier est stocké quelque part. Je devrais pouvoir, en appuyant sur le bouton, avoir la situation de l’occupation du sol à Libreville, à Port-Gentil et partout sur l’ensemble du territoire afin de savoir quels sont les espaces occupés, par qui et quels sont les espaces qui sont libres, où et de quelles dimensions. Cela n’existe pas au Gabon. C’est l’un des plus gros problèmes que nous avons dans notre pays : l’absence de fichier central du foncier.

Michel Menga M’Essone, le 14 décembre 2018 à Libreville. © Gabonreview

Nous sommes en train de nous battre pour constituer ce fichier dans notre pays, parce que c’est un problème fondamental. Nous avons au niveau de Libreville plusieurs entités qui s’occupent de la gestion du foncier ou qui traitent des problèmes du foncier. Vous avez la Cofet, l’ANUTTC, la Société nationale des logement sociaux (SNLS), le ministère, les directions provinciales du ministère. Au niveau de chacune de ces entités, il y a eu gestion du foncier. Mais avec ces entités qui gèrent le foncier de façon séparé, il n’y a pas, à un moment donné, une convergence de toutes les actions vers une centralisation pour que celui qui est à Ntoum connaisse la situation du foncier à Libreville, ne serait-ce que concernant la partie qui le concerne. Du coup, qu’est-ce que ça produit ? Des chevauchements, ce qui fait qu’à Libreville, il peut se trouver que l’ANUTTC attribue un terrain à quelqu’un qui malheureusement est déjà attribué par la Cofet ou par le ministère. C’est pour cela que vous trouvez sur un même terrain des immatriculations différents, parce que des entités différentes se sont occupées de cet espace. Vous trouverez sur un même terrain trois personnes qui se superposent, mais il s’agit d’un même terrain parce que le terrain a été attribué par la direction général de l’Urbanisme, à l’époque, ou alors par l’ANUTTC ou par la SNLS ou par la Cofet. Mais il s’agit du même terrain. Finalement tout cela fait cacophonie. Nous sommes en train de nous battre pour régler ces problèmes. Pour qu’on sache exactement quelle est la situation, le taux d’occupation du sol dans Libreville, etc. C’est un gros problème que nous avons chez nous.

Aujourd’hui, par rapport à ce problème du foncier, nous avons un autre problème auquel nous faisons face au Gabon, notamment à Libreville, Akanda, Ntoum et Owendo. Vous constatez que nous faisons des promesses aux Gabonais en leur disant qu’on va leur procurer 5000 parcelles par an et on se rend compte que cela ne se réalise pas. Ça parait contradictoire parce qu’on se rend compte que le Gabon est un désert humain. Mais de l’autre côté, on n’arrive pas à attribuer des parcelles aux Gabonais. A quoi cela peut-il être dû ? Les espaces constructibles, la forêt, il y en a. Mais cette forêt ne peut être utilisée que si elle est viabilisée. Vous ne pouvez pas demander à un Gabonais d’aller construire une maison dans la forêt parce qu’il n’y a pas de route, il n’y a pas d’eau, d’électrice et donc de commodités nécessaires. On veut bien qu’il prenne un terrain à 30 kilomètres de la route. Mais comment va-t-il y aller ? Tous les espaces qui sont constructibles à Libreville, Owendo, Akanda et Ntoum sont occupés. Même si vous voyez qu’il n’y a pas de maison, ils sont occupés. Mais par qui ? Par des personnes physiques et des personnes morales. Ces dernières se sont attribuées des hectares sur Libreville, Owendo et sur Akanda. Le truc que les Gabonais ont trouvé c’est de créer des SCI. Parce que l’Etat ne donne droit qu’à 5000 m²  par personne physique.

Les Gabonais ont donc créé des Société civiles immobilières (SCI) pour bénéficier des espace plus larges parce qu’avec elles, il n’y a pas de limites. Les Gabonais ont trouvé cette astuce, de s’attribuer des terrains par des combinaisons que vous pouvez imaginer au point qu’on retrouve des gens qui ont des SCI qui occupent 200 hectares à Akanda, à Bolokoboué, à Owendo. Mais ces terrains qu’ils prennent, ils ne réalisent pas ce que le cahier de charges leur impose. Lorsqu’on attribue une telle superficie à une SCI, il y a un cahier de charges qui dispose par exemple que l’on vous attribue cet espace pour une durée bien déterminée. Un an par exemple, au terme de cette année, si vous n’avez pas mis en valeur cet espace, en ce moment, le terrain revient à l’Etat. Mais, le plus souvent, les gens s’arrangent, dès lors qu’ils ont obtenu ces espaces, à faire de la spéculation foncière. Ils revendent les terrains, ils s’enrichissent sur le dos de l’Etat ; cet Etat qui est le propriétaire, qui doit pouvoir les donner aux Gabonais, n’en dispose donc pas parce que ces terres sont confisquées par ces gens.

Ce que nous avons entrepris de faire c’est que, voyant cette situation qui s’apparente à une espèce de quadrature du cercle, nous nous sommes dit qu’il faut commencer par savoir la situation exacte qu’il y a dans l’occupation du sol à Libreville, Owendo et Akanda. Comment le savoir, c’est en faisant le recensement des SCI qui existent dans ces villes.

Et le bilan de vos activités actuellement monsieur le ministre ?

Par rapport à ce que je vous ai dit comme étant l’état des lieux, la situation que j’ai trouvée c’est celle-là. D’un Côté, il y des problèmes d’ordre juridique que nous nous attelons à régler pour que l’activité qui se mène au niveau du ministère soit une activité visible, rationnelle, que chacun sache ce qu’il fait, avec qui, comment et quand. Ce volet, nous l’avons traité et les dossiers sont au niveau du Secrétariat général du gouvernement pour qu’ils soient soumis au Conseil des ministres pour approbation. Parce que cette situation découle de la dissolution du ministère et de la remise à flot de ce département.

Qu’en est-il alors du foncier dans le pays ?

Pour ce qui concerne le volet foncier, je constate que le foncier au Gabon, notamment dans les villes comme Libreville, Akanda, Owendo et Ntoum, il y a un blocage du fait de l’attribution fantaisiste des parcelles aux SCI qui se sont créées de façon anarchique et qui se sont approprié les espaces. Voilà l’autre constat que nous avons fait au point qu’aujourd’hui, nous ne pouvons pas mener une politique d’attribution de parcelles parce qu’on ne dispose pas d’espaces constructibles. Ces espaces sont occupés par des SCI et il faudrait qu’on prenne une décision. Mais pour la prendre, il faudrait d’abord connaître la situation de ces SCI, à qui elles appartiennent d’une part, et deuxièmement l’espace qu’elles occupent, le niveau où se trouve leur dossier. On devra savoir si ces SCI sont propriétaires des terres, parce qu’on ne devient propriétaire du foncier que lorsqu’on a un titre foncier. Si elles sont détentrices de titres fonciers, on ne peut plus rien. Elles sont propriétaires à vie de ces terres. Et si elles ne le sont pas, cela voudrait dire que la procédure qu’elles ont engagée auprès des instances compétentes pour régler ce problème n’est pas achevée. Par conséquent, nous pouvons récupérer ces terres là et c’est ce que nous essayons de faire.

La connaissance de la situation du foncier, en l’occurrence Libreville, Akanda, Owendo et Ntoum doit donc permettre de prendre une décision pour récupérer les terres de façon à développer une politique d’attribution des terres aux Gabonais qui en ont besoin.  Si nous ne le faisons pas, c’est essentiellement à cause de cela parce qu’il y a, d’un côté ces terres constructibles qui sont confisquées par les SCI et de l’autre côté, des terres brutes, mais qui ne sont pas constructibles parce que, se trouvant dans la forêt où il n’y a pas d’eau, ni de route. On ne peut donc pas imaginer qu’on va aller attribuer des parcelles aux Gabonais dans la forêt. Pour qu’on attribue des parcelles aux Gabonais, il faudrait que ça soit des espaces viabilisés. Et pour la viabilisation, ça coûte excessivement cher.

Sinon, les agents des ministères sont des gens compétents, mais qui malheureusement n’ont pas pu exercer leur fonction de façon cohérente, du fait de cet imbroglio, de ces décisions qui ont été prises à un moment donné et qui ont laissé des traces. Et les problèmes que cela induit doivent être réglés au fur et à mesure pour que des gens puissent travailler de façon beaucoup plus intelligente et intelligible au sein du ministère.

Le gouvernement a récemment décidé de la dissolution de Société nationale du logement social (SNLS) au profit de la Société nationale immobilière (SNI). Comment cela va se passer ? La SNI hérite-t-elle ainsi du passif et de l’actif de l’ancienne structure ?

Vous savez de la suppression de la SNLS est une décision récente. Quand on prend une décision de cette nature-là, il y a des conséquences. On ne peut pas imaginer qu’on prenne une décision de cette nature-là sans qu’on ait des problèmes à régler. La SNLS a été supprimée, et c’est une société qui a été créer en son temps, dans un contexte particulier. Il faut bien contextualiser cela. L’idée a été d’avoir une structure qui s’occupe spécialement de la construction des logements sociaux. Il se trouve que dans cette mission, la SNLS n’était pas seule. Vous savez qu’à la SNI, il y a une direction des logements sociaux. Mais la société a été créée avec la vocation qui était la sienne à l’époque. On s’est aperçu qu’avec le temps que cela faisait double emploi. C’est pour cela que récemment, le gouvernement a estimé qu’il ne fallait pas garder les deux entités séparément en faisant des chevauchements. Il fallait en supprimer une pour rationaliser les actions entreprises en matière de logements sociaux.

La décision a été prise et actée. On n’y reviendra pas. Mais le premier problème, c’est le patrimoine de la SNLS. Vous savez que la SNLS était propriétaire de terrains, du foncier, du bâti, des logements sociaux, des cités. Elle a un personnel qui est à la fois fonctionnaire et des personnes engagées par la société. La SNLS a des activités financières, des dettes allais-je dire, auprès des institutions financières. Tout cela constitue un dossier qu’il faut régler. Nous sommes donc en train de réfléchir pour voir comment nous réglons tous ces problèmes. Nous étions encore récemment en réunion pour voir comment aborder ces problèmes. La première chose que nous allons faire est de mettre en place une commission qui se charge de faire le recensement du patrimoine foncier et immobilier de la SNLS. La SNLS a des espace, des terrains qu’elle vendait et sur lesquels on construisait des maisons. La SNLS a des cités : à Bikélé par exemple. Il y en a d’autres. Il faut donc savoir de quoi disposait la SNLS jusqu’à ce jour. Il faut savoir les dettes qu’a contracté la SNLS et auprès de qui et quel est le taux de remboursement de ces dettes. Tous ces problèmes constituent un ensemble d’aspects dont nous parlons à l’heure actuelle de façon à y trouver des solutions. Les solutions ne sont pas simples et c’est pour cela que d’aucuns pensent que nous ne pouvons pas ne pas passer par là.  Parce que si la SNLS est absorbée par la SNI cela veut dire que la SNI va absorber l’actif et le passif. La SNI est déjà elle-même malade.

Le passif de la SNLS, appesantissons-nous, concerne les personnes qui se sont endettées pour acheter ou réserver des maisons et qui ne les ont pas encore. Comment les choses vont-elles se passer pour ces cas ?

Je ne voudrais pas jeter l’anathème sur qui que ce soit. Nous sommes une administration et comme on dit, l’administration est une continuité. Nous assumons le passif et l’actif du ministère. Ce qui est certain c’est qu’il y a des gens qui ont payé leur maison et qui ne les ont pas et qui n’ont pas non plus leur argent. La SNLS leur doit de l’argent et doit pouvoir régler ce problème. Ça fait partie des problèmes que nous avons à régler. Parmi les point que nous faisons, on veut savoir qui sont ceux qui ont payé les maisons, à combien et dès lors que nous avons fait ce recensement, nous devons connaître physiquement ces gens. Nous allons les appeler pour les connaitre.

Deuxième chose, nous allons faire le recensement du patrimoine immobilier de la SNLS. C’est-à-dire les maisons qui étaient censées leur être vendues. Nous verrons avec eux l’état des maisons. J’ai été visité les cités de Bikélé par exemple. Là-bas, les maisons sont inachevées. La connaissance de la situation permet d’envisager les solutions. Il faut qu’on trouve des solutions à ceux qui ont payé les maisons. Ils ont dépensé leur argent et nous savons ce que cela coûte aux Gabonais de faire des sacrifices et de se retrouver floués. Je dis bien floués. Il faut que l’Etat assume cela. Nous ne pouvons pas nous dérober. Il faut donc trouver une solution viable. C’est quoi cette solution ? Par rapport aux maisons qui existent, nous allons faire le point avec ces compatriotes pour leur montrer l’état dans lequel se trouvent les maisons. Ou bien on le leur vend au prix qu’ils ont payé, après évaluation des maisons, telle qu’elles sont ici et maintenant. Si ces maisons, au niveau où elles sont, pour la plupart, correspondent à ce qu’ils ont payé, on les leur donne de suite. Ils y a quelques maisons dont les travaux sont quand même arrivés à 90%. Il y en a donc les travaux sont réalisés à 70%, d’autres à 30% etc. Par rapport à la connaissance de l’état de ces maisons, nous allons traiter avec ces gens pour dire : voilà le type de maisons pour lequel vous avez déposé votre argent, voilà l’état dans lequel ça se trouve, acceptez-vous de prendre ces maisons en l’état pour que vous-même, vous les acheviez? C’est une solution. S’ils l’acceptent, tant mieux ! Nous allons donc nous mettre d’accord pour trouver les mécanismes nous permettant de nous mettre d’accord, c’est-à-dire d’évaluer les maisons dans l’état où on les trouve et de comparer avec ce qu’ils ont déposé. Si c’est plus, on voit comment on fait. Si c’est moins, on leur dit qu’elle vaut plus, vous n’avez que déposer tant, il faut donc ajouter le reste pour que cette maison vous revienne. Si elles valent moins que ce qu’ils ont déposé, il faut qu’on trouve des mécanismes de compensation. Tout cela doit être examiné. A chaque problème, il y a une solution, nous allons chercher les pistes qui nous permettront de sortir de cet engrenage. Mais ce qu’il faut retenir c’est que le recensement de ces gens se fait, nous allons les connaitre, nous allons chercher des voies et moyens pour qu’ils recouvrent leur droit en terme de maison qu’ils ont acheté et puis nous trouverons ensemble les voies et moyens pour régler ce problème. Nous n’avons pas d’autre choix et ce n’est pas la peine d’épiloguer sur qui a fait quoi.

Ces dernières années, l’Etat a injecté de nombreux milliards dans la construction des logements sociaux. Mais aujourd’hui, on n’a pas du tout ou presque pas de résultats. Le président de la République avait promis 5000 logements par an, mais il n’y en a toujours pas. Que s’est-il passé et quelles solutions envisager pour régler ce problème ?

Votre question comporte deux aspects. Je vous ai dit que je ne voudrais pas m’attarder sur le premier aspect. Vous savez autant que moi ce qui s’est passé.

Que s’est-il passé?

Vous le savez autant que moi. Je ne dirais pas qu’il y autant d’argent détourné. Chacun dit ce qu’il veut. Mais je constate simplement que les maisons ne sont pas achevées. Je constate que toutes les maisons sont au niveau des linteaux. Vous en avez à Bikélé. À Akanda… c’est la même chose. C’est sans commentaire. Ce que nous pouvons dire c’est que les maisons ne sont pas achevées. Ce qui signifie que les opérations qui ont été engagées n’ont pas été menées à leur terme. Je suis arrivé et j’ai trouvé ça. Mon rôle ne consiste pas à chercher qui a fait quoi. Il y a des instances habilitées à faire ce travail. Mon travail est de trouver des solutions aux problèmes que je trouve.

© Gabonreview

Comment y remédier ? C’est ce à quoi je m’attèle. Pour que je puisse m’engager dans cette perspective, il faut que je connaisse la situation. Quelle est le problème qui se pose ? Qui sont ceux qui ont commencé à construire ces maisons ? Où sont-ils ? Ce sont des entreprises, certes. Mais qui sont-elles ? Pourquoi ne poursuivent-elles pas les travaux ? Il faut donc que je le sache. Si on leur doit de l’argent, c’est combien ? Dès lors que ce dossier est ficelé, on voit avec eux ce qu’on peut faire avec à l’idée qu’il faut trouver une solution pour achever ces maisons. De toute les façons, on ne peut pas avoir englouti autant d’argent sur des chantiers et on les laisse comme ça. Il faut bien qu’on trouve une solution à un moment ou un autre et le plus rapidement possible sera le mieux. Nous nous battons pour cela. Et pour le faire, il faut d’abord connaitre la situation qui prévaut. Nous sommes donc en train de travailler là-dessus. Vous savez que plus ces maisons restent comme ça, plus, elles s’abiment.

Parlons de la qualité des logements qui ont déjà été livrés, notamment à Angondjé. On a vu qu’il y manquent énormément de commodités. Qu’entendez-vous faire pour remédier au problème ?

Je vous ai dit que c’était l’air du temps. Le constat que nous faisons tous est celui-là. Encore une fois, ce sont des Gabonaises et des Gabonais qui y vivent. J’y suis allé plusieurs fois et face à cette situation, il faut tirer un trait pour dire plus jamais ça ! On ne peut mettre autant d’argent pour aboutir à ça. J’étais au Sénat pour présenter le budget, j’ai rappelé aux Sénateur quels étaient les objectifs du président de la République. Il a promis de construire 5000 logements par an. Quand je l’ai dit, c’est le scepticisme comme vous pouvez l’imaginer. Parce qu’il y a eu un échec. Le dire, on ne condamne personne, mais on constate. Le programme qui a été annoncé n’a pas été réalisé. C’est un échec. Mais ce n’est pas parce qu’il y a un échec que l’idée n’est pas bonne. Il faut faire la distinction entre l’idée de départ et la matérialisation de cette idée ; la réalisation. C’est un problème d’acteurs. Je suis un acteur. Celui qui me met là peut me dire qu’on va construire 10.000 logements par an. Je fais et je peux me tromper. Cela ne veut pas dire que l’idée est mauvaise. J’ai dit aux Sénateurs et je le reconfirme ici.

Depuis que je suis à la tête du ministère, je vois les offres de services que je reçois tous les jours, du monde entier. Ce sont des gens qui me disent qu’ils veulent nous accompagner dans l’opération de construction des logements ici chez nous. Ils nous disent qu’ils peuvent venir chez nous construire, 15.000, 20.000, 30.000 logements avec leurs financements sans que l’Etat gabonais ne dépense un seul franc. Ce qu’ils demandent simplement c’est qu’on leur donne des espaces viabilisés avec des papiers et qu’on leur facilite l’accès des intrants c’est-à-dire, les exonérations douanières. C’est tout ! C’est possible. Si nous faisons cela, si nous viabilisions les espaces, nous donnons des papiers à ces espaces pour que les opérateurs économiques puissent travailler en toute quiétude, cela leur servira comme garantie auprès des institutions bancaires avec lesquelles ils travaillent. Mais si vous leur donnez la terre brute, elle n’a aucune valeur. Si vous lui donnez 60 hectares avec un titre foncier, ça a de la valeur parce que ça coute de l’argent. Pourquoi les opérateurs économiques qui arrivent ici ne nous demandent-ils pas l’argent ? Ils nous disent que nous avons une forte demande en termes de logements sociaux et que lorsqu’ils auront réalisé les maisons, que les Gabonais vont prendre, leur retour sur investissement se fera par la vente des maisons. Nous sommes ici dans les Partenariats publics privés (PPP). C’est du gagnant-gagnant. Les opérateurs gagnent, le peuple gabonais gagne et l’Etat gagne aussi parce qu’il rend service à la population. Ce sont des choses possibles.

Revenons sur le foncier. Au-delà de ce que vous dites, le citoyen aimerait également acquérir un terrain et ses papiers. Mais il y a de nombreux écueils. Que faites-vous pour ces simples citoyens ?

Aujourd’hui, compte tenu de la situation que traverse notre pays, nous n’avons pas d’argent pour faire la viabilisation des espaces. Parce que pour faire des parcellaires et pour donner des terrains aux Gabonais comme ils le demandent, parce que beaucoup de personnes préfèrent avoir des terrains plutôt qu’avoir des maisons. La plus forte demande d’ailleurs s’oriente vers les parcelles. Pour le faire, il faut que nous ayons la possibilité de viabiliser les terrains. Parce qu’on ne peut pas donner aux Gabonais des terres brutes. C’est malheureusement ce qui se passe chez nous. Les gens vont en brousse, ils s’installent et l’Etat vient après. C’est exactement le contraire qui devait se produire. C’est l’Etat qui devait aller en premier pour faire des routes, amener de l’eau et le courant, et faire des parcellaires pour que les gens viennent pour construire leur maison. C’est le rôle que nous avons.

Comment est-ce que nous comptons opérer ? N’ayant pas des moyens pour faire la viabilisation, nous traitons avec les opérateurs privés dans le cadre des PPP. Nous leur disons que nous avons un espace à Akanda par exemple, d’une superficie de X hectares. Nous voulons viabiliser cet espace. On s’arrange avec entreprise et nous leur disons que dans les hectares qui ont été viabilisés on leur concède par exemple 15 qui leur reviennent. Et le reste nous appartient pour faire notre travail. C’est ce que nous faisons aujourd’hui. Ce n’est pas la meilleure formule. La meilleure aurait été que nous ayons les moyens financiers qui permettent de traiter avec ces gens. Quand on est dans une situation comme celle-là où on est demandeur, on est faible. Il vaut mieux ça que de rester les bras croisés. En attendant mieux un jour, nous traitons de la sorte avec les opérateurs économiques. Nous avons pris un certain nombre de contacts avec les opérateurs. Certains ont commencé à travailler avec nous. Vous allez à côté du stade, vous verrez qu’il y a une base-vie des Chinois avec lesquels nous traitons. Il y en a comme ça plusieurs. Voilà comment nous comptons régler ce problème. Mais, pour qu’on puisse mener à bien cette opération, il faut qu’on puisse récupérer les terres confisquées par les SCI et avec lesquelles, ils font de la spéculation foncière.

Pour conclure Monsieur le ministre, il y a-t-il un détail ou un aspect des choses sur lequel vous auriez voulu vous appesantir ?

Nous sommes dans un pays où beaucoup de gens disent beaucoup de choses. Dieu nous a tout donné. Quand je voyage depuis que je suis dans ce ministère, j’ai visité certains pays, je vois que nous avons des potentialités énormes. Il ne nous appartient qu’à les exploiter. Et pour les exploiter, il nous faut avoir un peu d’amour pour notre pays. Je ne donne de leçon à personne. Lorsqu’on me met quelque part c’est pour que je me mette au service des Gabonaises et des Gabonais. La politique n’est rien d’autre que d’être au service de la cité. Faire de la politique ce n’est pas seulement faire des meetings, des causeries et tout le reste. C’est être utile à son pays, autant que nous le pouvons. Je pense que si nous avons intégré cela tous, nous pouvons faire beaucoup de choses. Le plus souvent, on jette l’anathème sur les uns et les autres, mais on ne se pose jamais la question de savoir si j’étais à la place de celui-là, est -ce que j’aurais réussi ? La critique est aisée, mais l’art est difficile. Je pense qu’il faut croire en l’avenir de notre pays. Il n’y a pas de raison que ce pays ne se développe pas. Il y a des balbutiements, il y a des retards, c’est une question de vitesse. Mais la plupart des pays du monde sont passés par là. Je pense qu’avec l’évolution des technologie de l’information et de la communication, ce sont des révolutions qui se passent sous nos yeux et qui vont nous amener des tas de changements de mentalité. On ne peut plus se comporter aujourd’hui comme on se comportait hier. Ce sont des choses qui sont là pour canaliser les comportements des uns et des autres. ça va nous reformater pour que les gens comprennent qu’il y a certaines choses qu’il ne faut plus faire. Il faut qu’on évolue et qu’on s’arrime aux standards internationaux.

Le développement c’est dans la tête et je m’aperçois que nous sommes tous physiquement au 21e siècle, mais dans la tête nous sommes au 17e siècle. C’est peut-être cela le vrai problème. Et c’est pour cela que nous avons encore des problèmes. Il faut qu’on évolue petit à petit pour arriver au diapason des autres et rattraper le retard. Et c’est la jeunesse-là qui arrive avec d’autres façons de voir, d’autres manières de faire qui va s’occuper de cela. Ceux qui ne l’auront pas compris seront largués. Nous avons intérêt, nous qui sommes d’une certaine génération à le comprendre, à savoir que plus nous retarderons ça, ce sont les jeunes qui vont nous pousser et il est donc mieux que nous prenions conscience de ça aujourd’hui pour essayer de faire mieux que ce que nous avons fait jusqu’à présent.

Propos recueillis par Désiré Clitandre Dzonteu

 
 

2 Commentaires

  1. Olsen dit :

    Nous sommes au 21e siècle c’est vrai, mais explique aussi à ton patron BOA que nous sommes à l’ère de la démocratie.

  2. Rebourson Robinson dit :

    Encore faut il avoir le mérite et la capacité de vivre comme au 17 eme siècle. Je vois que c’est l’horizon que vous devriez plutot viser. La recherche du ”développement” à l’occidental risquera de vous destabiliser à jamais gabonais et autres africains rêveurs béats du ”développement XXI”

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