Dans la seconde partie des résolutions du Dialogue d’Angondjé, on note l’annonce du changement de statut et de régime du Conseil national de la communication (CNC) : 25 années après sa création comme institution constitutionnelle, l’instance de régulation des médias va se muer en autorité administrative indépendante. Ce «rabais» redonne au gouvernement, donc au ministère de la Communication, le pouvoir de tout régenter dans le secteur, à l’exception de quelques pans.

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Si la recommandation faite à l’Exécutif de rétrograder le Conseil national de la communication venait à passer dans la prochaine architecture constitutionnelle et réglementaire, l’histoire retiendrait que c’est sous la présidence Ndongou et avec Gilles-Térence Nzoghé, Brigitte Anguilé, Godel Inanga Yendiyika, Jean de Dieu Ndong Ovono, Toussaint Obame Nnang et Faustin Onanga notamment comme membres, que le CNC a été constitutionnellement rabaissé au rang de simple autorité administrative indépendante. Même si cette dévalorisation s’est faite dans son dos, Jean-François Ndongou n’est pas homme à aimer les disputes. On ne le voit pas en tout cas pas aller se battre pour maintenir dans son statut initial l’institution qu’il supervise encore. Il va laisser faire, comme il a laissé faire bien d’autres détricotements. Autre élément, et non des moindres, pouvant l’amener à rester indifférent : le mandat des Conseillers-Membres de l’organisme a échu depuis trois semaines ! Jean-François Ndongou est donc sur le départ.

Mais l’histoire de cette «rétrogradation» s’est construite en effet avec doigté, patience, et sans doute, astuce, ruse et intelligence. Le gouvernement a pris soin de détricoter, raboter, défaire plusieurs missions et attributions du Conseil national de la communication pour se les attribuer. La dernière en date étant la décision du gouvernement d’attribuer un agrément technique à tout créateur de média au Gabon. Le CNC n’a pas bronché d’un cil.

Regrets éternels !

Il faut dire que, ces derniers temps, le CNC n’a pas été à la hauteur des enjeux. Il est vrai que Gilles-Térence Nzoghé, l’une des rares voix à s’élever durant les derniers moments critiques de l’histoire du CNC ces cinq dernières années, a paru se battre tout seul face à «l’armada gouvernementale» ; les autres membres brillant par un mutisme incompréhensible et par une indifférence coupable. 25 années après sa mise en place, le Conseil national de la communication termine donc «dans les cartons». On peut le présager : ne s’étant pas fait entendre comme institution constitutionnelle face à l’Exécutif lorsqu’il le fallait, ce n’est pas en tant qu’autorité administrative qu’il le fera.

Bien sûr, en France et ailleurs, un organisme de cet acabit est rangé parmi les autorités administratives indépendantes, mais il comporte sous d’autres cieux des attributions autrement plus spécieuses ! Toujours en France, par exemple, c’est la Haute autorité de l’audiovisuel qui nomme les PDG des radios et télévisions de service public (après un entretien). La mise en demeure y étant également exécutoire.

Le recul, le rabais, la dégradation du CNC est résolument une défaite pour la liberté de la presse. Bien que souvent décrié, le CNC restait tout de même un paravent contre certains abus gouvernementaux. On a presque envie de dire : CNC, regrets éternels.

 

 
 

3 Commentaires

  1. Allo241 dit :

    J espère que tout ce beau monde va connaître les joies du chômage

  2. Amaryce de Kinguélé dit :

    Mais pourquoi vous étonnez-vous du Mutisme des membres du CNC?

    Ils sont dans leur très large majorité des Pédégistes. Lever la voix ou s’opposer, ils savent que le président de leur parti n’apprécie guère cela. Pour preuve, regardez le résultat de leur dialogue…Est-ce cela qu’on peut attendre de démocrates ? Ali a voulu un résultat au rabais. Demandez à Barro et son groupe de H&M si la critique est la valeur la mieux partagée au sein du PDG.

    Tant que dans ce pays on nommera des gens à des fonctions importantes au regard de leur appartenance politique essentiellement, ils se comporteront comme des militants et non pas comme des hauts cadres soucieux de l’intérêt général.

    Il y a encore 20 ans on ne pouvait pas imaginer que les gabonais si fiers de l’être soient aussi nombreux en 2017 à avoir honte de l’être, honte de leur pays. Lorsqu’on loue ici ou là Omar Bongo on n’oublie bien souvent qu’il est le principal responsable de ce qui arrive à ce pays. Durant 50 ans il n’a jamais eu l’attitude d’un démocrate, car un démocrate commence d’abord par envisager l’alternance la la possibilité pour lui de laisser la place; chose qu’Omar n’a jamais envisagé.

    Les gabonais n’ont aucun courage et Ali Bongo le sait.

  3. Ikabanga Davy dit :

    “Tant que dans ce pays on nommera des gens à des fonctions importantes au regard de leur appartenance politique essentiellement, ils se comporteront comme des militants et non pas comme des hauts cadres soucieux de l’intérêt général.”
    Il y a une assez large part de vérité dans ces propos. Mais l’autre chose, c’est le phagocytage des prétendus non militants. Ça c’est plus inquiétant!

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