Jamais, l’opposition n’a présenté 120 candidats uniques sur l’ensemble du pays.   N’en déplaise aux tenants du boycott, la stratégie proposée par quatre des principaux partis de la Coalition pour la nouvelle République (CNR) est inédite.

Quatre des principaux partis de la CNR ont affirmé leur intention de prendre part aux législatives à venir. Malgré la campagne menée par certains de leurs amis et en dépit des incertitudes sur la place ou le rôle de Jean, ils prétendent œuvrer au déploiement d’une stratégie inédite. © Gabonreview

 

Quatre des principaux partis de la Coalition pour la nouvelle République (CNR) ont déjà affirmé leur intention de prendre part aux législatives à venir (lire «Nzouba-Ndama-partant»   et «RHM partant»). Affirmant ne pas vouloir laisser au PDG une quelconque liberté de mouvement, ils se disent déterminées à y aller dans la cohésion, le soutien mutuel et la discipline de groupe. Contrairement aux anathèmes et commentaires peu amènes entendus çà et là, ils affirment demeurer fidèle à l’esprit de la dernière présidentielle. Autrement dit, malgré la campagne menée par certains de leurs amis (lire «Neuf partis de la CNR non partants»), en dépit des incertitudes sur la place ou le rôle de Jean Ping (lire «Le statut du commandeur»), ils prétendent œuvrer au déploiement d’une stratégie inédite. N’empêche, ils doivent compter avec le travail de sape des tenants du non. Peu importe la pertinence de leurs arguments, ces derniers n’en démordent pas : les législatives à venir ne seront en rien différentes des précédentes.

Lecture émotive et superficielle de l’histoire

Si elle peut se soutenir, cette assertion peut facilement être invalidée. Après les expériences de 90, 96, 2001, 2006 et 2011, l’on dispose d’assez d’éléments factuels pour une analyse circonstanciée. D’emblée, deux constats s’imposent : autant l’opposition n’a jamais abordé les législatives en rangs serrés, autant elle n’a jamais eu des prétentions sur la totalité des sièges. Loin de vouloir absoudre le Parti démocratique gabonais (PDG) de ses fautes, il y a lieu de rappeler une vérité historique : les principaux partis de l’opposition se sont toujours livrés une farouche concurrence. Dans bien des cas, ils ont fait montre de naïveté voire de duplicité : en 1990, sur les 48 sièges restés en jeu sur la dernière ligne droite, le PDG en gagna 10 sans combattre, grâce au boycott initié par le Morena des Bûcherons. Même si d’aucuns cherchent désormais à en minimiser l’impact, cela lui permit d’obtenir une majorité de 63 sièges. Or, si les ambitions sont allées decrescendo au fil des scrutins, les collusions sont devenues plus pernicieuses. Faut-il raviver le souvenir du jeu de cache-cache du Rassemblement pour le Gabon (RPG) aux législatives de 96 ? Doit-on évoquer son basculement dans la majorité à compter de 98 ? Est-il nécessaire de revenir sur le boycott de l’UPG en 2001 ? Est-il utile de rappeler l’effondrement continu du PGP à partir de 96 ? Si la création de l’UGDD apporta du nouveau, ce parti présenta 72 candidats aux législatives de 2006, loin devant l’UPG, pourtant dirigée par le leader de l’opposition.

En absence de données concrètes, le débat est forcément biaisé. Or, des demi-vérités ne peuvent soutenir une position politique. Pour une meilleure appréciation, il faut se pencher sur les dynamiques internes à l’opposition et la distribution de ses candidats. Avant d’asséner leurs certitudes, les tenants du boycott gagneraient à relire l’histoire. Au lieu de s’adonner à une lecture superficielle des événements, ils devraient décortiquer les précédents scrutins. Même s’il est plus commode de jouer sur les émotions, on ne saurait gagner en crédibilité en débitant approximations et contrevérités. Jouer les Cassandre en prédisant une Bérézina à l’opposition revient à faire comme si, dans le passé, elle a pu présenter 120 candidats uniques sur l’ensemble du pays. Se poser en apprentis sorciers en appelant à un boycott passif équivaut à refuser de tirer les leçons des précédentes élections, notamment celles de 2011.

Investir 143 candidats uniques

Aux législatives, le montage du meccano n’est pas de tout repos. Sur chaque siège, il faut trouver un candidat rassembleur, stratège et crédible. Sans faux fuyant, il faut bien admettre la complexité de cette tâche. Grâce à ses liaisons incestueuses avec l’appareil d’Etat, seul le PDG y est parvenu à ce jour. Dans un tel contexte, une seule voie s’offre à l’opposition : la mutualisation des forces. Les Démocrates, le Rassemblement Héritage et Modernité, l’Union nationale et l’Union et Solidarité semblent l’avoir compris. Faut-il les blâmer ? Doit-on les dissuader ? Quand bien même la fraude et la partialité des institutions ne peuvent être minimisées, les victoires du PDG se sont aussi construites sur les insuffisances de ses adversaires. A bien des égards, elles ont été rendues possibles par des jeux de dupes, querelles de clochers et lutte d’influence au sein des forces du changement.

Convaincus de la nécessité de rompre avec les errements du passé, Guy Nzouba-Ndama, Alexandre Barro Chambrier, Zacharie Myboto et Jean de Dieu Moukagni-Iwangou misent désormais sur la dynamique unitaire. Se voulant pragmatiques, ils ont mis en place un groupe de travail dédié (lire «L’esprit du 15 août»). Désireux de se donner une chance de parvenir à l’alternance, ils espèrent investir 143 candidats uniques sur autant de sièges à pourvoir. En tous points, leur stratégie est une innovation de taille, une première en 26 ans. Conscients du caractère novateur de cette option, les chantres du boycott espèrent la voir faire long feu. D’où les anathèmes et excommunications lancés à tout-va. Jusqu’à quand ? Ne faut-il pas en finir avec les demi-mensonges ? Peut-être le moment de remettre les pendules à l’heure.

 
 

18 Commentaire

  1. Eternité dit :

    @Gabonreview,

    article tres interessant, meme si selon moi, il est ” à charge ” contre les partisans du ” oui ” au boycott des législatives à venir ou reportées.

    Vos références sur les mésententes précédentes entre les différents partis de l’opposition durant les législatives passées; ne sont ni une science exacte, ni une vérité absolue…et je m’en explique..même si l’opposition presente 143 candidats “uniques” sur les 143 sièges; la victoire de celle-ci n’est nullement garantie et vous le savez tres bien..l’histoire récente nous l’a démontrée….référence à la candidature unique de l’opposition durant l’élection présidentielle et nous connaissons tous la finalité que nous subissons tous aujourd’hui.

    Sans oublier un paramètre indispensable, la volonté du peuple à se deplacer le jour du vote ? car aujourd’hui, celui -ci ne se sent pas concerné par cette élection car échaudé par aout 2016.

    Certains leaders seront élus mais l’opposition ne gagnera pas cette election car :” le pouvoir n’organise pas les elections pour les perdre ” et si l’idee de certains est de présenter encore plus notre pays comme une dictature…fausse idée..l’occident le sait, Trumph le sait et ce n’est pas leur tasse de thé

    • Mikouma Paul dit :

      Si comme vous le dites : “le pouvoir n’organise pas les élections pour les perdre” , devons nous en conclure que vous ne croyez ni à la démocratie ni à l’alternance démocratique?

      • Eternité dit :

        @Mikouma…vous tirez vite des conclusions sur mes propos..je ne crois pas en une éléction juste et honnète dans notre pays et c’est différent de ne pas croire en la démocratie ! en ce qui concerne l’alternance au Gabon.. trop d’interets ( franc-macon; famille, clan, amis de longue date et j’en oubli certainement ) font que le statu quo est l’affaire de tous..
        Il y a 100 personnes qui “commandent” au Gabon..et c’est toujours les memes familles depuis 50 ans qui nous la font ca avec la plus extreme des dureté..alors l’alternance viendra du peuple mais pes de nos politiques actuels ( selon moi )

      • Titus dit :

        L’alternance n’est pas synonyme de démocratie.

    • Venance Pambou dit :

      @Eternité. Il me semble que la journaliste reconnait bien que le PDG est maître en fraude et que les institutions sont partiales….

  2. L’illettré du Littré dit :

    “une chance de parvenir à l’alternance” ! Quand la nouvelle constitution place la volonté du président au dessus des lois de l’assemblée”?
    “Jusques où, jusques à quand, Catilina-Roxana, iras-tu dans l’enfumage ?

    • Venance Pambou dit :

      @L’illettré du Littré. Taisez-vous…. “Catilina” ? Si la journaliste veut vraiment renverser les institutions comme celui a qui vous la comparez, je suis preneur. Comme toujours, vous jouez les savants sans maîtrisez ce dont vous parlez… Taisez-vous, comme aurait dit Marchais à Elkabbach

  3. Diana calendre dit :

    Gabon review,votre analyse manque sincèrement de vérités. Y a-t-il eu une élection crédible au Gabon depuis l’indépendance,NON. Nous le savons tous donc qu’espēre l’opposition de ce scrutin ? Si jamais elle aura lieu, je dis bien si jamais elle aura lieu. Dans notre Pays tout est pollué comme l’air que nous respirons chaque jour. Comment consteste t-on la victoire du’un président qui n’a pas été lu et aller siéger au parlement, lorsque ce même président est le patron de toutes instances juridico-administratives et j’en passe aux Gabon. Soyons réalistes, la seule issue de changement au Gabon viendra du peuple, aucun peuple sur terre n’est reste patient longtemps suite à l’oppression qu’il a subit. L’autre question que tout Gabonais devrait se poser est la suivante: il y a t’il véritablement d’opposants au Gabon?. Je dirais sans hésiter NON.

  4. Les analyses précédentes sont pertinentes. Mais la question qui suit: que fait-on après que vous ayez argumenté de la sorte? Dans le quotidien, pensez-vous un seul instant que “le peuple” comme vous le dite fera pencher le rapport de force autrement que par le moyen du vote? On augmente tout en permanence, que faisons-nous? Nous avons pris une fâcheuse habitude d’aimer contester sur la toile ou dans les salons; sauf la diaspora! Il faut qu’on respecte l’engagement des uns et des autres; c’est aussi ça la DEMOCRATIE. Si la stratégie de certain est de participer, qu’ils le fassent. Si pour d’autres c’est de dire non, respectons leur position. Mais, il est clair que le Gabon change et changera dans le bon sens.

  5. ada prisca dit :

    J ne comprends pas le sens de votre article. Surtout je trouve legers vos arguments sur le oui aux legislatives. Moi je suis pour ces legislatives mais en rang serre de l’opposition sauf que j’ai pas trouve vos arguments convainquants dans ce sens. Si l’opposition n’a jamais presente 120candidats la raison est simple, elle y est jamais aller en rang serre. La difference de cette annee est la concertation des partis politiques de l’opposition au prealable. C’est etonnant que personne n’a fait ce constat simple les partis qui pronent le boycott, sont des partis faibles, meconnus, mal structures et ne peuvent parconsequent pas avoir un elu… A quel parti politique appartient jean eyeghe ndon? A quel parti politique appartient jean ping? Trouvez la reponse et vous comprendrez mieu.

  6. Bonanza dit :

    “on n’organise pas une élection pour la perdre” est devenu l’argument derrière lequel se réfugient les tenants du”non”. 2023 arrivant à grand pas, j’espère que vous appelerez également au boycott de la présidentielle qui se tiendra cette année là, car elle sera organisée par les mêmes institutions qui, ne l’organiser tu pas pour la perdre. Cette argument est fallacieux. Le régime en place n’a jamais gagné d’élection dans les urnes, je m’explique. En terme d’élection législatives, le PDG s’est toujours imposé grâce à la fraude, à la démission de l’opposition (appel au boycott), et à la mésentente entre les partis d’opposition. Aucune élection présidentielle n’a été gagnée (dans les urnes) par le régime en place. L’article qui est l’objet de nos discussions aujourd’hui présente juste un fait inédit, à savoir, la stratégie du candidat unique de l’opposition sur chaque siège. Il n’y a qu’en s’inventent constamment que nous parviendrons à l’alternance dans ce pays. Le problème majeur n’est pas dans le scrutie n en lui-même, mais dans la capacité à imposer et faire respecter le résultat des urnes. Et ce n’est pas en boycottant le scrutin que nous y parviendrons.

  7. Mimbo dit :

    En 1991,Mba Abessole remporta les législatives avec une administration ,un code électoral acquis au PDG.Ça c’est un fait et seul les faits battent en brèche toutes les hypothèses.

  8. ABO dit :

    La nouvelle commission électorale qui va organisée les élections à venir et qui devient l’affaire du politique exclusivement( Majorité et opposition)y comprise le Président qui sortira de la concertation Majorité et Opposition et non comme habituellement nommé par la cours constitutuelle n’est t elle pas un gage de transparence et de démocratie?

  9. ada prisca dit :

    Cher BONANZA, je partage pleinement votre ponit de vu et merci pour la tres bonne analyse. Une election legislative est avant tout une election de parti. Consultez bien notre histoire politique. Il faut etre bien organise et la strategie du canditat unique est louable. D’ou le boycott des partis gazelles. Parcontre cette logique n’est pas vrai pour les presidentielles. D’ou la notoriete, la personnalite, le charisme et les alliances priment sur la structure donc le parti. Constatez bien que ces dernieres presidentielle ont ete remportees par les independants. Vu la fraude tjr presente, ces candidats vaiceurs devenus candidats malheureux ont tjr crees leur parti pour mieux affronter les legislatives. L’upg de mamboundou a ete legalise apres 1998… L’UN d’AMO apres 2009… Sauf j.ping qui prefere adherer au pgp pour les raison qui lui sont propres pourtant les autres partis sont mieux implantes. Le PGP est-il bien structure?

  10. Christian dit :

    C’est trop de philosophie. Je suis d’accord avec cette analyse qui retracent l’histoire des élections dans notre pays. Pourquoi autant de palabres alors que chacun est libre de participer ou pas. Ceux qui ont décidés d’aller aux élections, ont fait le bon choix. Ils ont créer leurs partis non pas pour être les assistants éternelles et subir les décisions des autres mais parce qu’ils veulent être des acteurs de la vie politique de notre pays.Pourquoi pensez vous forcement qu’ils n’auront de chance de gagner. Le boycott ne paie, tempi pour eyeghé Ndong et sa bande.

  11. ONERO dit :

    Qu’on se le dise même s’il y a risque de tripatouillage comme disait l’autre, le plus important est de gagner les élections une fois de plus.
    Plutôt que de faire la politique de la chaise vide montrons qu’à tous les niveau le peuple veut le changement.
    La vraie problématique aujourd’hui est de communiquer clairement pour convaincre le peuple d’aller voter. Et cela passe par un mot d’ordre du Président PING.

  12. Rév. Pasteur Israël Nahum dit :

    En écoutant les uns comme les autres y compris même les journalistes ou les intellectuels gabonais, nous avons des difficultés de savoir où se trouve la vérité en ce qui attrait à cette polémique de ceux qui « pensent juste d’aller à l’élection législative » et ceux qui ne « pensent plus » à l’essor de la réelle alternance politique au Gabon. Et finalement ont se lance des pierres d’anathème les uns vis-à-vis des autres. Mais frères et sœurs du Gabon personne n’a ni tort et personne n’a ni raison dans cette affaire ! Ceux qui ne croient plus auront certainement un rôle à jouer à cette exercice patriotique c’est-à-dire d’aller aux urnes et d’autres par contre qui croient encore présenteront des candidats ça reviendra au même n’est-ce pas ! Tout le monde aura participé (moitié-moitié) on aura fait un bout de chemin pour 2018.
    Nous devons savoir que pour tisser un panier, il commence avec une seule corde qu’on met sous les pieds et viennent d’autres. Mais si l’on dit ha ! C’est compliqué ou c’est difficile avec les cordes qui se croissent (fraudes ou coups d’état électoraux), etc. on n’arrivera pas à l’essor d’un tel résultat commun ! Et c’est la famille (Gabon) qui mourra de faim (liberté), car maman (Nation) n’ira jamais à la plantation (prospérité, à l’indépendance politique « Au quelle nous rêvons tous ») rien qu’avec ses deux mains (deux partis de l’opposition) !
    Mes frères et sœurs de l’opposition soyons tous vigilants, ne perdons pas courage, soyons ferme et non à la division qui nous quête à l’horizon. Mettons plutôt le cap sur des pôles de combat, en maximisant nos efforts et non de les divisés ! Car le loup (PDG) que nous connaissons tous est rusé mais nous pouvons le vaincre et non par les polémiques qui effraient des manchettes et tort le sens du discours de notre adhésion commune à la victoire tant rêvée.
    Oui, mes frères et sœurs soyons ferme et soutenons les quatre des principaux partis de la CNR qui ont affirmé leur intention de prendre part aux législatives de 2018 quoique les infimes résultats qui sortiront de cette élection déjà gagnée d’avance par la tricherie du PDG.
    Souvenons-nous que les barbares qui arrivèrent a détruire une puissance mondiale militaire comme les États-Unis : ça dura 900 ans à peu près pour que les ennemis de l’empire romain finissent par l’emporter (la patience ça paie à la longue « Fruit de l’esprit »). Ne voyons pas l’intérêt mais la cause qui nous dépasse tous.
    Vive Dieu et Vive le Gabon
    Rév. Pasteur Israël Nahum

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