Depuis un mois, les Souverainistes-Ecologistes multiplient des sorties à Libreville pour appeler les populations à dire «non» aux prochaines législatives. Dans l’interview ci-après, Francis Aubame, le président de ce parti membre de la Coalition pour la nouvelle République (CNR), explique leurs raisons, et ne manque pas de critiquer l’attitude de ses alliés de l’opposition qui envisagent de prendre part à ces élections.

Francis Aubame, le président des Souverainistes-Ecologistes, le 16 avril 2018, à Libreville. © Gabonreview

 

Les Souverainistes-Ecologistes sur le terrain à Libreville. © D.R.

Gabonreview : Les Souverainistes-Ecologistes et vous-mêmes êtes sur le terrain depuis quelques semaines. Votre parti appelle notamment les populations à refuser la tenue des prochaines législatives. Pourquoi ?

Francis Aubame : Nous sommes effectivement sur le terrain depuis un mois. Et nous y sommes pour expliquer pourquoi le parti Souverainistes-Ecologiste ne souhaite pas aller aux élections législatives, et pourquoi les Gabonais ne doivent pas prendre part à ces élections qui ne devraient pas se tenir. Les raisons sont simples: nous avons un contentieux et un combat en cours, qui est celui de la présidentielle d’août 2016. Je pense que nous ne pouvons pas changer d’objectif sans avoir épuisé toutes les voies et moyens pour nous permettre de l’atteindre.

Dans un second temps, nous disons que ces élections ne devraient pas avoir lieu parce que nous devons changer de paradigme. Nous devons changer le cycle catastrophique élection-tuerie-dialogue-partage de postes. Ces prochaines législatives nous apparaissent comme de nouvelles élections de légitimation de celui qui a volé l’élection présidentielle. On ne peut plus continuer comme ça. Depuis 1993, les Gabonais s’expriment pour un véritable changement de système, on n’y arrive pas par la faute de cette manière répétitive d’aller dans la compromission au détriment du peuple gabonais.

Êtes-vous certains que cet appel au refus des législatives soit une bonne stratégie pour votre parti et pour l’opposition ?

Voyez-vous, depuis 1990, nous avons eu 18 élections générales. Sur ces 18 élections, l’opposition n’a boycotté qu’une seule, celle de 2011. Nous estimons que le boycott de Paul Mba Abessole, dans les années 1990, ne concernait que le 2e tour et uniquement son parti. Or, le boycott de 2011 a permis à l’opposition de démontrer que le système Bongo-PDG (Parti démocratique gabonais) était une dictature. C’est d’ailleurs depuis ce boycott que l’étiquette de dictateur a été collée à Ali Bongo. Et ça c’est un des effets positif du boycott de l’opposition que certains veulent railler aujourd’hui.

Tout ceci pour dire que nous avons participé à 17 élections générales, et qu’est-ce que ça a donné? Rien ! Nous avons eu 55 députés sur 120 lors de la 8e législature. Qu’est-ce que ça a donné, si ce n’est le replâtrage d’un système dont nous ne voulons plus. Nous, les Souverainistes-Ecologistes, nous voulons changer de paradigme, rentrer dans une nouvelle République, et non replâtrer la République du Bongo-PDG.

Plus d’un après la dernière présidentielle au Gabon. Votre combat ne vous semble-t-il pas dépassé ? Ne vaut-il pas mieux passer à autre chose ?

Passer à autre chose, en acceptant de passer par perte et profit les morts du 31 août 2016 et des jours suivants, la victoire du peuple gabonais sur quatre élections présidentielles volées ? Non. Nous n’allons pas à chaque fois laisser le pays dans les mains de gens incompétents, qui continuent à maintenir les Gabonais dans la misère.

© D.R.

Pourtant, il y en a dans votre Coalition (Coalition pour la nouvelle République) qui envisagent de prendre part aux prochaines législatives. Ils semblent être passés à autre chose. Comment percevez-vous leur démarche ?

Il y a des motivations diverses que je ne voudrais pas commenter ici. Mais je voudrais simplement vous rappeler que le président Jean Ping a été interviewé par Paris Match, il y a quelques jours. Il y a apparaît clairement que le président Ping n’est pas pour les législatives. Or, il est le président de la Coalition. Donc je constate que le parti les Souverainistes-Ecologistes est en phase avec la position du président. Ceux qui prônent le contraire, nous constatons aussi qu’ils ne sont pas en phase avec le président de la Coalition.

L’ayant constaté, que préconisez-vous ? Une exclusion de ces partis de la Coalition ?

Je n’en suis pas encore là. Je suis au niveau du constat. Mais je dirai une autre chose : pendant longtemps, la Coalition a souffert d’un manque de finances, parce que celui qui la finançait en grande partie, c’était le président Ping. Or, certains membres envisagent d’aller à une élection pour dépenser des milliards de francs dans la stratégie d’Ali Bongo. Puisqu’il faudra à peu près 10 à 15 milliards pour pouvoir avoir la majorité. Mais les mêmes personnes, ces amis qui vont à ces élections, n’avaient pas d’argent pour financer la Coalition. S’ils l’avaient fait, le combat de la Coalition serait actuellement loin. Avec de tels montants, je pense qu’on serait probablement au bord de mer. Qu’ils se rappellent simplement qu’Omar Bongo disait qu’on n’organise pas une élection pour la perdre. Je doute que l’ADN du PDG ait changé sur la question. En tout cas, j’en serai très surpris.

Vous semblez accuser vos alliés d’avoir torpillé les chances de réussite de la Coalition…

Je les laisse conclure par eux-mêmes, et préfère me situer sur les faits. Je doute que l’un d’eux vienne me dire qu’il a abondamment financé la Coalition quand ce problème s’est souvent posé.

C’est vrai que ces amis me rétorqueront que la politique de la chaise vide ne paie pas. Mais des députés de l’opposition actuellement pourquoi faire ? J’ai entendu récemment l’un d’eux estimer que 40 députés, ce serait déjà bien. On a vraiment une différence d’approche. Ce n’est pas ce que nous voulons. Nous aspirons à une nouvelle République, et non à avoir quelques députés pour changer une virgule dans les projets de lois présentés par Ali Bongo et son gouvernement. Même si par extraordinaire on avait la majorité à l’Assemblée nationale. Nos amis ont-ils lu la Constitution, pour se rappeler que le maître du pays restera Ali Bongo ? Et nous voyons déjà les manœuvres au niveau de la mise en place du Centre gabonais des élections. Nous sommes très gênés de l’embrouille au sein de l’opposition à ce sujet.

© Gabonreview

A ce sujet, les Souverainistes-Ecologistes sont-ils pour ou contre la mise en place de cette structure qui gèrera désormais toutes les élections politiques au Gabon ?

Quand Jean Ping arrivera au pouvoir, tout ça sera balayé ! Nous estimons que ce n’est pas une bonne chose, c’est du bricolage et du rafistolage. Dans sa recherche effrénée de légitimité, Ali Bongo tente de colmater les brèches, à l’image de nos routes, pour lesquelles les seuls travaux depuis des années consistent à mettre ici et là des petits sparadraps pour tenter de boucher les trous. Nous disons que nous ne voulons pas replâtrer un pays à terre.

Vous savez, sur le terrain, nous ne prônons pas simplement le boycott des prochaines législatives. Nous appelons aussi les populations à continuer de travailler pour l’alternance, à concentrer nos efforts sur notre combat, faire mieux ce que nous n’avons pas réussi à faire, notamment en termes financiers, de ressources humaines et stratégique. Ce combat n’est pas celui du seul Jean Ping comme le pensent certains qui regrettent le fait que le président ne soit pas encore parvenu au bout. C’est le vote des dizaines de milliers des Gabonais qui a été détourné en 2016. Nous sommes donc tous concernés, et ne devons pas nous attarder sur des arguties liées à une supposée date fixée par Jean Ping pour la prise du pouvoir.

Sur le plan international, nous trouvons que le président Ping se bat de manière extraordinaire, et nous avons des résultats probants de ce côté. Il nous appartient, nous à l’intérieur du pays, de mieux nous organiser pour atteindre notre objectif.

Optimiste ?

Toujours ! Et je vous informe que bientôt les choses vont bouger.

 
 

18 Commentaires

  1. union nationale dit :

    Un homme lucide !!!

    • Léonce dit :

      Une lucidité teintée de myopie.

      • Diana calendre dit :

        @ Leonce. La seule MYOPIE que je vois est la tienne. Lorsque l’Aveugle devient l’Aveuglé. Dans ton monde c’est peut être . Pour la Démocratie, la liberté,le développement intellectuel et même pouvoir jouir de sa vie, ce sont des droits interdits au Gabonais. Si tu estimes que ce défenseur des droits légitimes de tous Gabonais est Myope. Alors regardes toi devant un miroir et qui vois-tu ?

  2. Ali Asselé dit :

    En phase avec le peuple gabonais !!!! Constitution taillée, mainmise sur toutes les institutions…. Ali sera toujours le maître à bord !!!! Respect Francis Aubame !!!

  3. ada prisca dit :

    Dans paris match, ping a declare prendre de la hauteur par rapport au sujet des legislatives… Pour cet homme que je decouvre aujrd’hui je dis simplement que son parti ne peut pas avoir un elu a cette election et il le sait bien. Les partis de la CNR qui sont pour les legislatives sont les mieux structures et existe bien avant leur alliance avec j.ping.

  4. koulou dit :

    @ada priscas! trop vrai! Merci! J ai presque faillit croire à son baratin!

  5. mouss dit :

    Enfin un homme politique en phase avec les gabonais sur cette question des législatives !!! Respect M. Francis Aubame !!!

  6. ovono dit :

    Un combat noble ! Merci président Francis Aubame !

  7. La fille de l'ombre dit :

    Qui étes-vous Monsieur sur la scène politique gabonaise ? Qui vous connait réellement ? Croyez-vous qu’il suffit d’être fils de Jean Hilaire Aubame Eyeghe pour se croire investi d’une once d’aura politique et de parler au nom des Gabonais ?Dites-moi, qui étes-vous pour empêchez la tenue des élections législatives prochaines? Incapable de capitaliser le nom que vous portez comme les Goudjou ont su le faire, vous passez votre temps à distraire les vrais opposants qui, quoi que vous disiez sont plus lucides que vous et savent que la politique a besoin des tribunes, des vraies, pour passer les messages et continuer, oui je dis bien CONTINUER, la lutte au lieu d’abdiquer. Nous avons tous voté PING. Et après ? Est pour autant que le Gabon doit s’arrêter de TOURNER parce qu’on lui aura voler sa Victoire? A cause de vos mauvais conseils, il joue desormais perso et ne pense pas que son meilleur rôle actuel serait de penser davantage aux autres, j’allais dire aux plus jeunes que lui, qui, quoi qu’on dise, sont appelés a continuer demain le combat qu’il a mené jusque là…j’aime un PING libre qu’otage d’un groupuscule insignifiant et manipulateur.

    • Diana calendre dit :

      @La Fille de L’ombre,
      J’aimerais que vous fassiez un tour vers la lecture de la Nouvelle Constitution Gabonaise. S’il vous plaît lisez bien les prérogatives sur le rôle du Président de la République. Vous vous rendrez bien compte que ce Président est le seul que vos enfants et petits-enfants aurons pour vingt ou trente ans. Si pour vous aller aux élections est une manière de changer les choses ; bon vent. Dois-je vous rappeler, que celà fait 50 ans que ce même discours est tenu. Chaque citoyen mérite son dirigeant.

  8. Koumbanou dit :

    Yaka, yakapu , fokon…..avec ça le pays est sauvé 😉
    vaut mieux en rire qu’en pleurer.

  9. diogene dit :

    Il faut régler le contentieux des présidentielles (toutes ou seulement la dernière?), pour ce faire quelles sont les stratégies ?

    Coup d’état militaire ? sang
    Insurrection populaire ? sang
    Intervention militaire de l’ONU ? sang
    Guerre mondiale ? sang

    Qui est en mesure de concocter et réussir ces stratégies ?

    Sinon résistance à base de grèves, désobéissance civile, sabotage,etc…

    Participer aux élections me semble être un acte de résistance dans la mesure où ce pouvoir essoufflé devra tricher de plus en plus et donc se discréditer.
    Il va même perdre les élections (aux nombres de voix sans l’ombre d’un doute si ce n’est au nombre des élus).
    C’est pourquoi les multiples reports jusqu’à présent constituent l’un des moyens employés pour minimiser la débâcle prévue.

    La chaise vide serait une aubaine pour l’usurpateur et ses complices.

  10. Olsen dit :

    Juste analyse lorsqu’il faut financer la CNR c’est l’affaire de PING d’où sortent ils leurs moyens actuels?

  11. Olsen dit :

    Juste analyse le financement de la CNR n’incombe qu’à PING où trouvent ils les moyens pour participer aux législatives?

  12. ada prisca dit :

    Le boycott de 2011 n’a pas empeche a ping d’etre candidat en 2016. Pour tant aucun texte n’avait ete modifie apres ce boycott et la verite des urnes de 2009 n’avait(et n’a jamais) ete retabli. Ping et ses soutiens y compris l’ancien parti de AMO donc l’UN ont bien pris part a cette election de 2016 en oubliant le contentieux de 2009 et en ignorant le boycott de 2011. Ou est alors la logique? En 2023 l’opposition boycottera la presidentielle? Moi je suis partant pour ces legistatives en rang serre de l’opposition. Quant a cet homme, francis aubame que j’avoue ne pas connaitre,il gagnerait a mieux structure son parti pour mieu affronter les prochaines echeances car il n’est pas bien implante pour participer a une election. Et c’est le cas des partisans du boycott.

  13. Venance Pambou dit :

    Il dit n’importe quoi…. Il parle d’élections générales… Quand a-t-il vu des élections générales au Gabon ? Il utilise des notions dont il ne maîtrise pas le sens et veut donner des leçons… Il parle de Ping comme si Ping n’avait pas de bouche et comme si l”horizon du Gabon et des Gabonais se limite désormais à Ping…. Si son ambition est de servir Ping ou de plaire à Ping, d’autres veulent installer la démocratie au Gabon…Et ça se dit leader ou juriste.

    • Francis Hubert Aubame dit :

      @VenancePambou… Vous aurez compris que je m’adresse au plus grand nombre sans les prétentions de ma formation et qu’ai si je fais allusions aux cinq élections présidentielles, aux cinq élections législatives, au cinq élections locales et leur suite logique les élections sénatoriales. Je confirme que sur les dix huit scrutins indiqués l’opposition n’en a boycotté qu’un.
      Le Président Ping que je soutiens m’a trouvé dans l’opposition. Mon objectif comme celui de mon parti c’est le respect de la souveraineté du peuple.
      Au passage si vos références sont toujours scolaires ou européanocentristes je vous révèle que le mot Souverainistes dans notre parti renvoie à la disposition constitutionnelle “la souveraineté appartient au peuple…” et non à la définition plus généralement sous d’autres cieux où il exprime exclusion, intolérance et que sais encore.
      Courtoisement.

  14. La fille de l’ombre, de ma nature je n’aime pas intervenir sur les points de vue des gens, mais le votre est tellement insensé que je me permet de te dire quelques mots.
    Vois tu que,le fait de te cacher derrière une identité qui n’est pas réellement la tienne, lorsqu’on parle des problèmes de la République, cela montre bien que tu n’as aucune considération, aucun amour, aucun respect pour ce Gabon.
    Saches que être le fils ou la fille de X, Y ou Z, ne veut rien dire dans le cas du sujet présent. Sincèrement c’est un manque chronique d’arguments qui peut conduire une personne s’exprimer comme tu l’as fait.
    Pour ma part, Francis Aubame est un Gabonais libre et entier comme toi si tu l’es réellement, déjà c’est très difficile de te retrouver dans la nature pour confirmer ta vraie nationalité. Lui au moins ne se cache pas et ne se cachera jamais. Il assumera de ses propos et toi ?
    Si la raison qui lui donne le droit de s’exprimer c’est le fait d’être le fils de Monsieur Jean Hilaire AUBAME, et c’est seulement le seul droit de parler du Gabon, et toi de quel droit tu ose parler du Gabon et de juger les autres ? Lui au mois son père lui donne ce droit, d’après tes propos, et qui est ton père qui te donne aussi le droit de parler du Gabon ?
    Tu n’auras jamais le courage et la détermination de combattre ce régime qui n’est plus bon pour les Gabonais comme le fait Francis Aubame. Non tu ne pourras pas, continue à te cacher, pauvre lâche.
    Monsieur Jean Hilaire AUBAME, n’est plus de ce monde depuis bientôt 29ans. Je ne vois pas ce monsieur sortir de sa tombe pour venir protéger les siens. Et Francis n’a jamais été un homme politique du vivant de son père. Il devient un véritable homme politique dès la naissance de l’Union National avec AMO.
    Adresse toi plus à ceux qui font la politique sous la bénédiction de leur père et saches qu’ils sont nombreux dans ce pays, En commençant par celui que tu soutien, c’est à dire, Ali Bongo.
    J’espère que tu es assez courageux pour nous donner ton identité réelle. Salut.

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