En raison de la fausseté du diagnostic, de l’inadéquation entre les mesures et le contexte et des incertitudes sur les vertus autorégulatrices du marché, l’ajustement structurel adopté par le gouvernement appelle des éclaircissements.

Les plans de rigueur conduisent généralement à une décroissance continue de la qualité et des niveaux de vie des populations. © Gabonreview/Shutterstock

 

C’est un scénario couru d’avance mais d’actualité : l’opinion goûte peu au train de mesures récemment adopté par le gouvernement. D’abord, en raison de la fausseté du diagnostic. Ensuite, du fait de l’inadéquation entre les mesures et le contexte national. Enfin, au regard des incertitudes sur les vertus autorégulatrices du marché. Selon l’Union nationale (UN), «l’ajustement structurel n’est pas la réponse à la situation actuelle». «Il n’y aucun exemple de réussite de cette politique ultralibérale en Afrique», assène son commissaire national au Budget. Là où certains parlent d’assainissement des finances publiques, il redoute une déconstruction de l’administration centrale. Quand d’autres en appellent à la solidarité nationale, il dénonce une «injustice sociale». Pour lui, «l’ajustement budgétaire par la seule réduction de la dépense, notamment la masse salariale ne peut constituer une réponse à la situation actuelle du Gabon».

Baisse des revenus des ménages

À l’orée d’élections législatives,  Jean-Gaspard Ntoutoume Ayi se veut catégorique : il appelle à un «débat public franc et contradictoire sur la situation économique, budgétaire et financière du pays». Évoquant la réduction de la masse salariale, il demande la publication des résultats de l’audit des fonctionnaires réalisé en 2010, questionnant la faisabilité de la mise sur bons de caisse et ses retombées sur le système bancaire. Au sujet des reclassements et avancements, il dénonce un nouvel «endettement de l’État auprès des fonctionnaires», prédisant même un «contentieux aux lourdes conséquences financières». Énonce-t-il les idées de son parti ? Au demeurant, la situation mérite débat. De part et d’autre de l’échiquier politique, il y a nécessité à examiner les éléments structurels et conjoncturels. D’un côté comme de l’autre, il y a urgence à préparer les arguments techniques et politiques. Autrement, des incompréhensions naîtront. Avec, à la clé, un blocage de l’ensemble du tissu productif. Déjà, de nombreux syndicats sont vent debout.

Un débat contradictoire peut permettre à chacun de se faire une idée de la portée des mesures gouvernementales. Quels en sont les objectifs? Le développement économique ou le rétablissement de la solvabilité financière ? Quelle sera sa durée ? Qu’en sera-t-il de la qualité et du niveau de vie des populations ? Notre tissu économique est-il adapté à ces mesures d’essence libérale ? Ne risque-t-il pas de sombrer dans une dépression continue ? Les mécanismes du marché peuvent-ils s’y appliquer sans incidence sur les déficits ? Peu importent les certitudes des uns et des autres, il n’est pas vain de souligner une évidence : partout où elle a été appliquée, la politique de rigueur a débouché sur une baisse des revenus des ménages. Dans bien des cas, elle a donné lieu à des coupes sombres dans les budgets des secteurs sociaux, notamment l’éducation ou la santé. Or, selon une étude réalisée en 2013 par le cabinet américain Mc Kinsey, le développement humain du Gabon s’accompagne d’inégalités persistantes et d’un net décrochage sur certains indicateurs sociaux comme la santé ou l’accès à l’éducation et aux infrastructures d’assainissement.

Des inquiétudes à lever

Même si le gouvernement proclame son intention de sauvegarder les acquis sociaux, tous les doutes sont permis. Comment réduire la dépense publique tout en investissant dans le capital humain ? Comment amoindrir les coûts directs de cet investissement sans catalyser une dégradation de la qualité des services ? Comment le gouvernement compte-t-il, tout à la fois, assurer la redistribution de la richesse nationale, rétablir les comptes publics et relancer l’investissement dans les infrastructures ? Voilà le fond du débat. Après tout, l’État demeure encore le régulateur de la vie économique. Il reste le garant du service public. De ce point de vue, il est tenu de favoriser l’égal accès aux opportunités de développement social, indépendamment de toute autre considération. Surtout s’agissant de biens non marchands comme la santé ou l’éducation.

Rien aujourd’hui ne permet de croire aux effets positifs de l’ajustement structurel. En dépit des inflexions apportées par le FMI et la Banque mondiale, toutes les études l’attestent : l’injection d’une dose sociale dans cette politique ultralibérale se révèle encore très superficielle. Quand bien même ils connaissent des adaptations régulières, les plans de rigueur conduisent généralement à une décroissance continue de la qualité et des niveaux de vie des populations. Sur deux points particuliers, de nombreuses inquiétudes restent à lever : d’une part, la corrélation entre les prix domestiques et la volatilité des cours des matières premières ; d’autre part, le lien entre la mobilité des facteurs de production, la fluidité des échanges et la flexibilité des prix. Le gouvernement acceptera-t-il d’aller au fond de ce débat comme l’exige l’Union Nationale ? Pour l’heure, une chose est certaine : huit ans après la fin du programme de stabilisation macroéconomique, le Gabon s’apprête à se soumettre à une cure d’austérité aux résultats incertains. Comme un air de retour au passé…

 
 

3 Commentaires

  1. diogene dit :

    Il semble que UN fantasme sur le contexte. Dans un système fasciste, le dialogue est banni, le roi décide et ne revient jamais sur ses décisions, il impose c’est tout.
    Les débats , les confrontations d’experts, les conseils ne sont et ne seront jamais à l’ordre du jour pour les autocrates, les potentats et dictateurs.
    Après leur éviction, souvent manu militari, là nous pouvons attendre des débats, entendre des expertises, etc…C’est le système démocratique, qui est sans doute améliorable mais qui admet l’idée d’amélioration, de contradictions, de critiques (bonnes ou mauvaises) et qui surtout s’en remet à des institutions crédibles, élus.
    Le Bongoland ne fait pas partie de ce monde moderne, il se complait dans le confort de la réaction, de l’immobilisme, du moindre effort, en un mot du 19ème siècle colonial, issue du commerce triangulaire.

  2. Milangmissi dit :

    Avant de parler de débat technique, on parle de morale et d’éthique un type qui passe ses vacance à Marbella pour plus d’ 1milliard de francs CFA n’a pas à demander à d’autres de se serrer la ceinture.
    Un type, qui a un haut représentant qui n’a aucune attribution et payé une fortune, n’a pas demandé à qui que ce soit des efforts.
    Un type qui s’est offert le Pozzo di Borgo n’a rien à demander à des gens qui vivent dans nos mapanes.
    Un type qui a payé pour être le chauffeur de Messi doit fermer sa gueule.
    Je m’arrête je peux citer pleins de faits, il faut être factuel.

    “Lorsque nos intentions sont égoïstes, le fait que nos actes puissent paraître bons ne garantit pas qu’ils soient positifs ou éthiques.” Dalaï Lama

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