Le Centre gabonais des élections (CGE) a-t-il déjà perdu en crédibilité ? Les états de  service et accointances politiques des personnalités retenues nourrissent de sérieuses réserves sur l’impartialité de cette structure.

Malgré qu’ils aient administré la preuve de leur incapacité à gérer les élections avec «impartialité» et «neutralité», quatre magistrats figurent parmi personnalités retenues pour l’élection à la présidence du CGE et, avec eux, de nombreux hauts cadres, régulièrement nommés au sein des instances électorales ou de leurs démembrements. © Gabonreview

 

Le Centre gabonais des élections (CGE) a-t-il déjà perdu en crédibilité ? Créé pour remédier aux insuffisances de la Commission électorale nationale autonome et permanente (Cenap) va-t-il tomber dans les mêmes travers ? Parmi les 10 candidats en lice pour sa présidence, certains le font craindre. Pour ainsi dire, les états de service des uns et accointances politiques des autres nourrissent de sérieuses réserves sur l’impartialité de cette structure. De prime abord, tout se passe comme redouté : malgré les mises en garde de l’opinion, on y retrouve des vieux baroudeurs des administrations électorales, notamment quatre magistrats et même un ancien président de Commission nationale électorale (CNE) (lire «Profils succincts des candidats»).

Tourner la page des élections contestées et meurtrières

Présidée par Cyriaque Mvouradjiami, la commission spéciale est maintenant face à un défi de taille mais nullement insurmontable : élire un président à même de restaurer la confiance et d’incarner le renouvellement dans l’administration des élections. De la CNE à la Cenap, l’opinion a toujours dénoncé l’impartialité des instances en charge de l’organisation des élections. Leurs liaisons incestueuses avec la Cour constitutionnelle ont invariablement été pointées du doigt. Leurs relations coupables avec Parti démocratique gabonais (PDG) systématiquement mises à l’index. En retenant des personnalités au passé chargé, mêlées à des scandales électoraux, le comité ad hoc n’a pas envoyé le signal tant attendu. Pouvait-il en être autrement ? Avait-il le choix ? Y avait-il des profils plus consensuels en lice ? On ne le saura jamais. Pour l’heure, on s’interroge sur le contenu réel des notions d’«impartialité» et de «neutralité». On cherche aussi à cerner les raisons de l’invalidation de certaines candidatures.

Certes, en toute chose, l’expérience est bénéfique. Mais, «nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude», disent les juristes. Or, en 22 ans, les magistrats ont administré la preuve de leur incapacité à gérer les élections avec «impartialité» et «neutralité». Avec eux, de nombreux hauts cadres, régulièrement nommés au sein des instances électorales ou de leurs démembrements.  Du coup, une vérité historique revient en surface : le CGE a été conçu pour tourner la page des élections contestées et meurtrières. Logiquement, certaines personnalités devraient en être écartées d’emblée. Au-delà des arguments, des promesses ou de la maîtrise du meccano juridique, ce serait le signe d’une volonté de changer d’ère, l’expression d’une envie d’en finir avec le statu quo. Ce serait aussi une façon d’inviter les détenteurs de la charge publique à assumer leurs actes et à accepter d’en payer le prix. Un magistrat ou un ponte des différentes CNE et Cenap à la tête de la CGE ? Comme signal, rien ne serait pire.

Des prérogatives rognées avec l’assentiment des magistrats

Pour conjurer le risque de réputation, l’identité du président du CGE peut être d’un apport non négligeable. Sur la mobilisation de l’électorat ou la crédibilité du processus, elle peut avoir un impact certain. Cyriaque Mvouradjiami et ses collègues doivent en tenir compte. Autrement, ils courent le risque de se prêter à un ravalement de façade. Or, l’opinion est demanderesse d’un changement en profondeur. Dans le choix des hommes, le développement des procédures, les relations avec le gouvernement, la Cour constitutionnelle ou les autres institutions, elle exige davantage de transparence. En clair, elle espère voir le CGE se placer au centre du jeu électoral. Est-ce envisageable avec un magistrat de carrière ? On ne peut l’affirmer. Est-ce probable avec un familier des combinaisons politiciennes ? Nul ne peut l’attester. Déjà, l’on rappelle un fait : en absence de règlement intérieur, la Cenap n’a jamais pu exercer la plénitude de ses prérogatives, continuellement rognées par le ministère de l’Intérieur et la Cour constitutionnelle, au nez et à la barbe des magistrats si ce n’est avec leur assentiment.

La CGE doit rompre avec les pratiques décriées si chères à la CNE et à la Cenap. Elle doit réinventer la gouvernance électorale nationale. Pour ce faire, elle devrait envisager l’élection non pas comme un rituel de légitimation du pouvoir en application de normes mais plutôt comme une phase essentielle d’un jeu démocratique et pluraliste. Or, les magistrats ont toujours considéré la loi comme une simple succession de dispositions interprétables au gré des intérêts de certaines parties. Comme eux, de nombreux hauts fonctionnaires font fi de l’esprit des textes. Ayant administré toutes les élections depuis 1996, ces deux catégories portent une lourde responsabilité dans le marasme démocratique actuel. Une chance pour le CGE ? Peut-être. A condition que la commission spéciale ait le courage et la lucidité de confier sa présidence à des personnalités sans antécédent en matière d’administration électorale.

 
 

4 Commentaire

  1. BEYEME dit :

    Déja une bonne chose (hic !) RAE, ce vampire n’est + là. suivez mon regard.

  2. Gabomama dit :

    Cher Roxanne. Ce n’est pas sous le pdg encore moins un Bongo qu’on verra des institutions crédibles, justes et impartiales. Pour eux faire la politique c’est conserver le pouvoir même par des actes anti-républicains, des actes déloyaux envers le peuple et la patrie qui à compromettre la construction de la nation. A croire que dans leur définition de la politique le mot “patriotisme” n’a aucun sens. On ne change pas la nature d’un homme surtout pas après 50 ans. Lorsqu’un homme comme Ali Bongo a prouvé à ce point combien il est mauvais, méchant, égocentrique, il n’y a plus rien à attendre d’un gouvernement ou d’une institution qui émane de lui, 9 après. Juste à attendre ou se battre pour qu’il parte et espèrer qu’un humain d’une autre nature à sa place fasse des oeuvres justes au service de la nation. Je le répète: il est impossible d’avoir des institutions où les gabonais se reconnaissent par une haute valeur morale des actes politiques qu’elles posent sous un homme de la psychologie d’Ali Bongo. Cher Roxanne tu ne devrais lus t’étonner ou être déçu de ce qui sort des réformes du PDG. Il n’y a rien à attendre. Le système est complètement avalé par la pourriture.

  3. Ponce Pilate dit :

    #Gabon : FORCE RESTE À LA LOI N’EST-CE PAS ?

    Article l6a nouveau (ordonnance n°00004/PR/2018 du 26 janvier 2018) :
    « Le Président du Centre Gabonais des Elections assure le fonctionnement général du Centre.
    A ce titre :
    – (…)
    – il propose au Gouvernement, aux fins de nomination par décret, et après consultation des partis politiques légalement reconnus de la Majorité et de l’Opposition, les noms des personnes désignées par ceux-ci pour la Constitution des bureaux du Centre Gabonais des Elections, des commissions provinciales électorales, départementales, communales, d’arrondissement et consulaires en cas d’élection présidentielle ;
    – il assure l’exécution des décisions arrêtées par le Bureau ou l’assemblée plénière du Centre Gabonais des Elections. »

    Article l6d nouveau (ordonnance n°00004/PR/2018 du 26 janvier 2018) :
    « Avant leur entrée en fonction, les membres du Bureau du Centre Gabonais des Elections et ceux des bureaux des commissions locales et consulaires prêtent le serment suivant devant la Cour Constitutionnelle : « Je jure d’accomplir les devoirs de ma charge avec probité et impartialité, de respecter et de faire respecter la loi électorale, le suffrage universel, la démocratie pluraliste et de m’astreindre au secret des délibérations auxquelles j’aurai pris pan dans l’exercice de mes fonctions ».

    Ces deux articles permettent de comprendre que :
    1- le président du CGE n’assure pas l’exécution de ces propres décisions prises unilatéralement, mais plutôt celle des décisions arrêtées par le Bureau dans son ensemble ou l’assemblée plénière du Centre Gabonais des Elections

    2- une fois élu et cette élection matérialisée par un décret, le président et les membres du Bureau du CGE, ainsi que les Bureaux des Commissions provinciales électorales, départementales, communales, d’arrondissement et consulaires en cas d’élection présidentielle, doivent tous prêter serment avant leur entrée en fonction. devant la Cour Constitutionnelle.

    Article 159a (ordonnance n°00004/PR/2018 du 26 janvier 2018) : En vue de l’organisation des élections législatives intervenant immédiatement après la publication de la présente ordonnance, il est dérogé, à titre exceptionnel au délai prescrit par les articles 14a alinéa 2, premier tiret, 16v alinéa 1 et 37 alinéa 8 ainsi qu’il suit:
    – (…) ;
    – les partis politiques ou groupements de partis politiques ainsi que les ministères techniques disposent d’un délai de sept jours, à compter de leur saisine par le Président du Centre Gabonais des Elections, pour désigner leurs représentants (Article 16v alinéa l) ;
    – (…).

    Sauf à violer la loi de la République, ces dispositions doivent être respectées et appliquées sans élucubrations.

  4. CANTON LEYOU dit :

    Haaaa Roxane si vos publications pouvaient être lu avec objectivité et discernement par nos gouvernants mais hélas…!?
    Patriotiquement.

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