L’irruption de l’activisme dans la sphère publique pose de nombreuses questions. S’il doit s’ouvrir à la société, le jeu politique ne peut s’envisager avec des groupuscules aux missions inavouées.

Activistes Gabonais sur le parvis des Droits de l’homme (Trocadéro) à Paris. © jeanping.org

 

Une «expédition punitive» était prévue, le week-end prochain, place du Trocadéro à Paris (lire «Violence et surenchère activiste»). Se revendiquant du président de la République, des activistes en avaient longuement parlé, avant de l’annuler. N’empêche, vindicatif et belliciste à souhait, leur discours ne correspond ni aux pratiques ni aux valeurs, encore moins aux principes de la République. Plusieurs mois après le vaudeville de décembre 2017 (lire «Les figurants et le devoir de vérité»), les réactions sont toujours aussi peu élaborées. Elles demeurent instinctives. Au grand dam des observateurs, l’activisme supplante désormais la politique. Pour le plus grand malheur de la démocratie, les activistes dictent leur loi. Sauf à les tenir pour les véritables marionnettistes, les dirigeants politiques semblent pris de court par les révoltés des deux bords.

Les enseignements de l’histoire

Comme si la mécanique politique était définitivement grippée, l’action directe a pris le pas sur les luttes de représentativité. Comme si chacun avait désormais le droit d’agir selon ses humeurs, la raison a fait place à l’instinct. Comme jamais auparavant, tout cela ne présage rien de bon. Veut-on définitivement rompre avec les partis politiques ? Est-on disposé à abandonner le mode d’organisation actuel ? Si l’ambassade du Gabon a été investie par des partisans déclarés de Jean Ping, le quartier général  de ce dernier a été pris d’assaut par des individus se réclamant d’Ali Bongo. Dans l’un et l’autre des cas, les auteurs de ces actes ont placé leur conscience morale au-dessus de la loi. S’arrogeant le droit de décider du juste et du haïssable, ils ont pris toutes les libertés avec les règles et procédures de la République. Autrement dit, ils ont agi en toute illégalité. À leurs yeux, l’objectif était clair : l’écrasement du camp d’en face par tous les moyens et le plus rapidement possible.

Avec le zèle du nouveau converti, les «soldats d’Ali Bongo»  affirmeront œuvrer à «faire respect les institutions». Avec la foi du charbonnier, les «résistants» parleront de «faire respecter la vérité des urnes». N’empêche, les méthodes de l’action directe n’ont jamais été compatibles à la démocratie et à la République. Tôt au tard, elles finissent toujours par produire des effets pervers. On ne peut continuer à faire comme si de rien n’était. On ne peut s’entêter à entretenir des groupuscules aux missions inavouées. Même si certains feignent de l’ignorer, l’histoire a déjà livré ses enseignements sur la question. À l’aube des années démocratiques, les tristement célèbres Comités d’action politique (Cap) s’illustraient par leur goût immodéré pour la confrontation. Progressivement, ils s’étaient mués en associations de malfaiteurs. L’on se souvient encore de ces coupeurs de route, censés gêner les déplacements des leaders de l’opposition. L’on a encore en mémoire la tragique fin de l’une de leurs figures emblématiques, Fantômas pour ne pas le citer. À la manière de Kronos dévorant ses enfants, le Parti démocratique gabonais (PDG) n’hésita guère à le lâcher pour mieux expier ses fautes. Les activistes d’aujourd’hui en ont-ils conscience ? Ont-ils médité ce douloureux épisode ? Veulent-ils recréer ce climat ?

Une démocratie sans parti politique ?

À l’évidence, l’irruption de l’activisme dans la sphère publique pose de nombreuses questions. Sur le rôle des partis politiques, la représentativité des acteurs, les relations entre entités, il faudra bien ouvrir la réflexion. Jusqu’à quand des associations dicteront-elles leur loi ? Comment envisager les liens entre les institutions et des entités sans colonne vertébrale idéologique ? Comment irriguer le débat public en absence de vision programmatique ? Le seul soutien à un homme, fut-il président de la République ou leader de l’opposition, suffit-il à fabriquer des personnalités de premier plan ? De quelle légitimité peuvent se prévaloir des activistes autoproclamés ? Même si l’ouverture à la société est une exigence démocratique, le jeu politique ne saurait être dominé par des chantres de l’action directe.  S’il doit se rénover, il doit tout autant se conformer aux normes universellement admises. Faute de s’y plier, ce serait la porte ouverte à la chienlit. Le vrai risque.

Comme la démocratie, la République est menacée par l’activisme. Désignant la chose publique dans sa réalité comme dans son idéal, la République s’attache à défendre le bien commun et l’intérêt général. Si elle place le citoyen au centre du jeu, la démocratie confère aux partis politiques une triple fonction : éclairer l’opinion sur les enjeux, sélectionner les potentiels dirigeants et leur fournir un encadrement. Peut-on imaginer une démocratie sans parti politique, fonctionnant avec des associations ? Dans un système représentatif, rien n’est moins sûr. Certes, les partis politiques peuvent aussi  se définir comme des organisations. Mais, à la différence des autres, la Constitution leur reconnaît le droit de contribuer à l’expression du suffrage universel. Puissent les pouvoirs publics le comprendre.

 
 

11 Commentaires

  1. Ngouss Mabanga dit :

    Courage et vraiment merci.
    vous nous donnez de l’espoir
    QUE DIEU TOUT PUISSANT SOIT AVEC VOUS

  2. FINE BOUCHE dit :

    Malheureusement la fin justifie les moyens, cette méthode à l’air de réussir au système en place et cela depuis pas mal de temps. Il est vrai que l’opposition doit encore mieux s’organiser, il faudra qq élections contestées pour parfaire l’activisme, la résistance. Tout en comprenant la frustration des personnes intervenantes sur les réseaux contre le régime en place, je suis atterrée par la vulgarité, les attaques concernant le physique, la répétition, les mêmes tournures de phrases pendant de longues minutes. Vous avez la chance de pouvoir vous exprimez et aussi d’être écoutés alors lorsque vous vous postez devant votre ordinateur imaginez vous à une tribune avec des centaines de personnes qui se sont déplacées pour vous écouter. Je souhaiterai que le discours soit plus dense et que ce qui est dit soit vérifié avec preuves à l’appui. Le bouche à oreille a ses limites car ceci se transforme en rumeur et en fakenews , mais pour être comprise et faire adhérer le plus grand nombre la sobriété devrait être de mise. A tous les intervenants vous qui avez le courage de vos opinions (nous sommes beaucoup trop à ne pas avoir ce courage) lorsque de vos bouches sortent un ramassis de gros mots, d’allusion en dessous de la ceinture…etc j’en suis particulièrement désolée. Respecter l’ennemi afin que votre travail tourne en notre faveur, certes cet ennemi a du sang sur les mains, mais je reste obstinément convaincue que nous apprendrons avec le temps à organiser une rébellion intellectuelle (on ne détricote pas un système féodal en qq années). Ayez des échanges afin de proposer tout ce qui serait propice à faire entendre notre voix à l’international, une radio par exemple. Je ne sais pas encore exactement comment fonctionne les Likes mais je vois leur nombre de visionnages en chute libre et ceci cause du tort à certains qui ne seront plus regardés car discours trop insipides et trop injurieux.

    Merci à vous de résister

  3. Diana calendre dit :

    Hélas pour Ibubu et ses milices qui sèment la mort. la jeunesse Gabonaise de la Diaspora a choisit la radicalisation. Elle est mieux organisée cette jeunesse. La France ce n’est pas la jungle Gabonaise. La liberté d’expression et d’opinion y est permise. La libération de bon nombres de nations le fût depuis l’étranger. Mes vaillants combattants Gabonais de la Diaspora, nous sommes fiers de vous. Continuons le combat. Ils ont compris que nous pouvons les nuir à tout moment. Notre victoire est proche.

  4. le Gabonais dit :

    Vous vivez dans quel pays? Dans quel pays démocratique les leaders sont empêchés de se déplacer? Quand le suffrage universel n’est pas respecté à l’instar du hold up électoral d’Ali BONGO ONDIMBA, comment pouvez-vous reprocher aux citoyens désespérés d’avoir recours aux méthodes dites des faibles? Croyez-vous que l’annulation de près de 20 bureaux de vote est un signe de démocratie? Le vote de 99.93% de la population du Haut Ogooué à une élection où la commune de MOANDA en elle même comptait plus de 3 000 abstentions representant près de 1.2% de la population totale de cette province sont des éléments qui poussent les gens à croire au respect de tout ce qui est “normal”? Quelque soit votre bord ou vos convictions, sachez que la diaspora agit dans un sursaut de désespoir. Autant je condamne le terrorisme, autant je comprends leur combat, n’enlever pas les droits aux hommes et penser qu’ils vont se soumettre à vos lois. J’aime le Gabon, j’aime tous les gabonais mais je hais l’injustice. Peut être quand vous serez au crépuscule de vos vies, vous vous rendrez compte que vous n’avez pas été utiles ni à votre pays ni à l’histoire.

    • L'Illettré du Littré dit :

      Si je puis aller dans l’esprit de tes réflexions et comprenne qui voudra : Ceux qui savent la vérité mais font le choix de la contourner et manipuler sont plus criminels que les bourreaux actifs du peuple : un peuple ignorant ignorant qu’ils ont le génie maléfique d’enfumer et endormir.

  5. Yves Bouanga dit :

    “La république s’attache à défendre le bien commun et l’intérêt général” Et cette république ne le fait justement pas. Elle défend plutôt un assassin et usurpateur depuis plus de 50 ans…
    Pas si compliqué à comprendre pourtant… Dites moi plutôt que vous le faites exprès… lol !

  6. Ikobey dit :

    Très bon article ! le soufflé retombera aussi vite qu’il est monté.

  7. Ari dit :

    La faute est a qui si l’activisme dicte desormais l’agenda politique du pays? Il faut tout simplement blamer les politiciens ou pseudo-politiciens vereux et incapables qu’a produit le systeme Bongo-PDG.
    Apres des decennies de gabegie, de corruption, de trahison du peuple, d’elections truquees par l’elite politique gabonaise faut-il encore s’en etonner de la situation chaotique, sans precedent, que traverse la Republique?
    L’activisme pousse la generation actuelle de tocards de politiciens qu’on a a prendre tout simplement la retraite. On doit tourner la page, changer de paradigme parce que le systeme actuelle a prouve ses limites. Pourquoi nos dirigeants ont-il tant du mal a comprendre le message?
    On est a l’an 2018 du 21e siecle, les societes changent: mentalites, lois, technologie et science evolutives, generations, cultures, etc…

    Au Gabon on veut maintenir les gens dans l’obscurantisme. Jusqu’a quand???

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