Ali Bongo est le tout dernier dirigeant d’un pays forcé de dissiper les rumeurs de sa mort. Putine, Mugabe, l’ayatollah Khamenei… de nombreux chefs d’Etat ont été soumis à l’exercice. Adaptation d’un texte de The Gardian.

Bain de foule pour un retour au bercail (Archive d’un retour de Cuba en juillet 2017). © D.R.

 

«#Gabon : ou est Ali #Bongo ?  Des décisions illégales et contre la constitution pour remplir le vacuum par la Présidente de la Cour Constitutionnelle ? #UE doit agir avec les instruments de l’accord de #Cotonou». Tel est le tweet, le 12 décembre dernier, de l’eurodéputé Josef (Jo) Leinen. L’homme est connu pour avoir été le président de la Délégation du Parlement européen au sein de la Mission d’observation électorale (Moe) au Gabon, pendant la présidentielle du 27 août 2016. Il est devenu depuis lors l’un des fervents antagonistes du pouvoir de Libreville.

Risques professionnels étranges pour dirigeants du monde 

S’il est vrai que Jo Leinen recommande le recours aux accords de Cotonou pour contrer les décisions de la Cour constitutionnelle en l’absence d’Ali Bongo, la question essentielle de son Tweet est : «où est Ali Bongo ?». Ce qui ramène à un article de The Guardian, quotidien d’information britannique dont le site internet est l’un des plus lus au monde. Le 4 décembre dernier en effet, ce journal signalait que «Ali Bongo, président du Gabon, est le tout dernier dirigeant contraint de dissiper les rumeurs de sa mort.» Et de souligner l’un des risques professionnels les plus étranges pour les dirigeants du monde : être obligés, à un moment donné, de réfuter les informations faisant état de leurs décès.

En effet, le président nigérian, Muhammadu Buhari, qui a passé cinq mois en Grande-Bretagne l’année dernière sous traitement pour une maladie non déclarée, a été obligé, le 3 décembre dernier, de rompre le silence pour contredire les allégations, sur les réseaux sociaux, selon lesquelles il était mort et avait été remplacé par un imposteur soudanais.

 «C’est vrai que j’étais mort. Je ressuscite comme je le fais toujours»

Le lendemain, 4 décembre, Ali Bongo faisait lui aussi – en vidéo – sa première apparition, depuis l’accident sanitaire de Ryad. Mais, les dirigeants nigérian et gabonais ne sont que les derniers d’une longue lignée de dirigeants mondiaux ayant été contraints de tordre le cou à des rumeurs souvent exagérées sur leur mort. Quelques exemples :

Robert Mugabe

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Des rapports faisant état de la mort imminente de Robert Mugabe, président du Zimbabwe pendant 30 ans, apparaissaient de temps à autre ; surtout lorsque celui-ci, âgé de 94 ans, disparaîssait des radars pendant plusieurs jours.

En 2009, le Times of South Africa signalait que cet homme de 85 ans alors avait été secrètement emmené à Dubaï pour y être soigné à la suite d’une «alerte sérieuse». Ce que des responsables zimbabwéens avaient rejeté et classé comme étant l’œuvre d’«un esprit malade et malsain». En 2009, les mêmes responsables durent ensuite qualifier de «foutaises» les rumeurs selon lesquelles le président était sur le point de mourir dans un hôpital de Singapour. En 2016, il avait été signalé que Mugabe était mort dans les airs lors d’un voyage en partance de Dubaï. Mugabe s’était ensuite tordu de rire en atterrissant à l’aéroport de Harare, déclarant : «Oui, j’étais mort. C’est vrai que j’étais mort. Je ressuscite comme je le fais toujours une fois de retour dans mon pays. Je suis vivant et à nouveau dans le réel».

Vladimir Poutine

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Ayant disparu durant près de 15 jours en 2015, le très médiatisé président russe avait alors affolé le moulin à rumeurs. Certains affirmaient qu’il était décédé, d’autres qu’il avait subi une chirurgie plastique bâclée et d’aucuns qu’il s’était rendu en Suisse pour la naissance d’un enfant secret. Le Kremlin avait refusé de commenter, déclarant simplement le sujet «sous embargo». Poutine réapparu le 5 mars 2015, lors d’une rencontre avec le président du Kirghizistan, Almazbek Atambaïev, dans un salon du palais Constantin, près de Saint-Pétersbourg.

Jiang Zemin

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Le fait pour un leader de disparaître de la vue du public ou de ne pas être vu lors d’un événement où il est attendu est résolument un catalyseur de rumeurs de mort. Il risque d’en être ainsi pour Ali Bongo s’il n’est pas vu sur les écrans pour le discours du 31 décembre prochain.  A titre d’exemple, en juillet 2011, des informations faisant état de la mort de Jiang Zemin, qui a dirigé la Chine de 1989 à 2002, ont commencé à circuler après son absence à la célébration du 90e anniversaire du Parti communiste. La rumeur enfla tellement que les autorités chinoises usèrent de la censure sur Internet comme ils savent le faire. «Les résultats de la recherche ne sont pas affichés en raison des lois et des politiques en vigueur», pouvait-on lire sur les moteurs de recherche en Chine, en réponse aux recherches sur les mots Jiang Zemin. Celui-ci réapparu en octobre de la même année, lors d’un événement commémoratif à Beijing.

Ali Khamenei

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L’ayatollah Ali Khamenei, dirigeant suprême de l’Iran, est décédé ou a frôlé la mort deux fois : en 2007 puis en 2009. A chaque fois, c’était Michael Ledeen, un éditorialiste américain qui, le premier, lançait la première pierre qui faisait ensuite boule de neige. La première fois, il avait écrit que «Khamenei serait dans le coma». Un peu comme, le 25 octobre dernier, Siobhán A’Fraidy, la journaliste du Washington Post avait lancé sur Twitter le buzz selon lequel «Ali Bongo Ondimba serait mort». Ali Bongo est réapparu le 3 décembre dernier tandis que, toujours en vie, l’ayatollah Khamenei a fait de nombreuses apparitions publiques depuis 2009.

C’est presque donc un classique que les rumeurs les plus folles en viennent à apparaître lorsque le dirigeant d’un pays disparait un moment. Même vu dans les fameuses vidéos de Rabat, Ali Bongo continue d’alimenter la chronique, de nombreux gabonais continuant de douter de sa survie après l’accident sanitaire de Ryad. Question : sous quel scénario fera-t-il sa réapparition dans le réel ?

 
 

5 Commentaires

  1. Serge Makaya dit :

    A la différence que BOA aime les selfies. Comme il n’en fait plus, donc il est bien MORT.

  2. Ikobey dit :

    Compte tenu des fake news qui harcèlent les médias, on peut à juste titre se demander si au Gabon on a la maturité pour faire le discernement du vrai et du faux dans les informations.
    Les intervenants comme Makaya, Boumg, Fayo et d’autres abusent de la crédulité de nos citoyens pour annoncer n’importe quoi.
    Trop de liberté d’expression ne tue-elle pas la liberté d’information?

    • eternite dit :

      @Ikobey,

      Il y a une desinformation de l’information dont les citoyens gabonais sont sujets…mais je voudrai savoir si vous aimez le Gabon ?! car vous etes un irréductible de Monsieur Bongo, alors que pensez-vous de son souhait d’extraterritorialité du pouvoir et du fait que ce sera le VPR qui fera le discours de fin d’année…quelle est la vison et l’analyse que le gabonais que vous etes en faites de tout ce desordre?

      Merci pour votre reponse

    • inongo Ayile dit :

      La liberté d’information n’a de vie totale que si la liberté d’expression a, elle, une vie bien épanouie. C’est bien le peu de liberté d’expression qui tue la liberté d’information.

  3. Ikobey dit :

    Savez-vous ce que c’est qu’un AVC ? Je ne le souhaiterai pas à mon pire ennemie ! Revenir à Libreville signifierait reprendre la vie d’avant.Il est de son devoir d’homme et de Président de la République de se ménager, de récupérer ses forces.
    Les affaires courantes doivent être du ressort du Vice-président et autres proches collaborateurs.Il sera d’ailleurs intéressant de voir comment tout ce petit monde se débrouillera.
    En outre, le discours de fin d’année n’est que du formalisme sans grand intérêt sur le fond. Le Président doit savoir renoncer au rituel, ce qui importe ce sont les actes, les faits. Le Président de la République a une mission qui dépasse le simple rôle théâtral.

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