S’en prenant frontalement à la politique de déguerpissement en cours à Libreville, Alain-Claude Bilie-By-Nze dénonce une dérive autoritaire masquée sous les habits du progrès. Dans deux publications tranchantes, il accuse le pouvoir d’orchestrer un «sadisme d’État» et interpelle les consciences endormies d’un pays qu’il juge complice par silence.

Quand l’État rase des maisons sans reloger, il ne construit pas la ville de demain : il détruit la société d’aujourd’hui. © Gabonreview (montage)

 

La critique est cinglante. Dans deux messages publiés ce lundi 24 juin sur X (anciennement Twitter), Alain-Claude Bilie-By-Nze s’érige contre la vaste campagne de déguerpissement initiée par les autorités gabonaises depuis le 2 juin dans plusieurs quartiers de Libreville. «Jeter à la rue des milliers de personnes, sans solution de relogement, sous prétexte d’amélioration du cadre urbain, va bien au-delà de l’inhumanité : c’est du sadisme d’État», écrit-il, accusant le gouvernement d’une brutalité planifiée et méthodique.

Ces propos, qui n’épargnent ni la forme ni le fond, interviennent alors que les engins du Génie militaire ont terminé les démolitions à Plaine-Orety et dans les zones adjacentes, tandis que les quartiers de SNI-Owendo et Charbonnages sont désormais sous le coup d’un ultimatum de 72 heures, et qu’un programme similaire se profile dans les 90 logements du 1er arrondissement. En tout, ce sont plusieurs milliers de familles qui se trouvent menacées, sans dispositif de relogement clairement opérationnel à ce jour.

Face à l’ampleur du désastre social, Bilie-By-Nze s’étonne d’un silence qu’il juge assourdissant. «Le silence des institutions, des acteurs politiques et des autorités morales face à ce désastre social est déjà incompréhensible. Sa persistance relèverait de la complicité.» Une déclaration qui prend des allures d’acte d’accusation contre l’ensemble de l’écosystème institutionnel du pays.

La sévérité de ses mots révèle à la fois une stratégie politique assumée – incarner la voix des sans-voix – et une inquiétude plus large : celle d’un divorce grandissant entre l’État et les populations urbaines précaires. Si le gouvernement, à travers les ministres Laurence Ndong et Edgard Moukoumbi, insiste sur la nécessité du projet de modernisation (Boulevard de la Transition, cité administrative, bassins versants), les dispositifs d’accompagnement restent lacunaires. Le comité de suivi présidé par Séraphin Moundounga n’a pour l’instant annoncé aucun plan tangible.

En posant un mot fort – «sadisme» – sur une politique d’aménagement du territoire, Bilie-By-Nze force le débat : jusqu’où peut aller l’État pour bâtir, sans se ruiner moralement ?

 
GR
 

3 Commentaires

  1. Gayo dit :

    ACBBN est encore entrain de manipuler en jouant avec les émotions de la population. L’état n’est pas obligé de reloger, l’état a l’obligation d’indemniser. Si il était sérieux il devait rester sur la question des indemnisations.

  2. Bjr. Qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas ACBBN apporte sa contribution à un sujet qui frôle l’inhumanité. Dans un pays ou 99% de la population n’ont pas de titre foncier, l’Etat fonce dessus comme pour se donner bonne conscience. Okay d’accord on aspire à la modernisation mais est ce que bon sang la méthode est bonne ?

    Posons nous les bonnes questions:

    – L’ensemble des bâtisses du grand Libreville n’ont pas de titre foncier à qui la faute ?
    – Outre la forme, ces quartiers ne sont pas viabilisés au sens humain du terme à savoir:
    – Absence de route ou voie d’évacuation en cas de sinistre; à qui la faute ?
    – l’hygiène insalubre des tas d’immondices à même le sol par absence structurelle en la matière à qui la faute ,
    – Inefficacité des bassins versants à qui la faute ?
    – Ce n’est pas exhaustif, sinon après on sort du sujet.

    Tout cela pour dire q’ACBBN ne fait que traduire un postulat qui invite au débat. le contraire n’est que passion. Amen.

  3. DesireNGUEMANZONG dit :

    Madame ou Monsieur Déogracias Arambo devrait reformuler le titre de son article.

    Je lui aurais suggérer : [Moderniser l’habitat dans le Grand Libreville : un choix audacieux!?]. Il faut rappeler qu’une ville moderne se compose de trois (3) types d’architectures : l’architecture grise, l’architecture verte et enfin l’arcitecture bleue. Libreville, fondamentalement. n’est pas une ville moderne.

    Et le gouvernement actuel tente d’y remédier pour que les gabonais.es
    retrouvent un logement digne (plus humain). L’Article 20 de la Constitution est très clair. Nous avons voté cette Constitution.

    En l’espèce, le sujet n’est pas Monsieur Alain-Claude Billie-by-Nzé (ACBBN par la suite). Nous savons tous qui est ce Monsieur et son rôle actif dans la
    gestion des dossiers brûlants des quatorze (14) de règne d’Ali Bongo Ondimba. Mettre à disposition des avocats pour résoudre la question des sans-abri est purement démagogique. ACBBN ne fait pas dans le social. C’est plutôt un « animal politique ». Son instinct politique le conduira toujours à aborder les questions politiques pour créer de l’audimat. Mais au final grande efficacité.

    Pour revenir à Monsieur Moundounga. Vous posez des questions importantes. Rappelons que 80 à 90% des logements gabonais sont spontanés. Donc hors de tout
    cadre juridique. On ne peut pas aujourd’hui reprocher à l’État de se réapproprier son domaine et vouloir en rayer la culture des « matiti ». Il y a des quartiers à Libreville qui ressemblent à des porcheries. Monsieur ACBBN
    peut-il y vivre?

    En conclusion, laisser ce gouvernement travailler. Un premier bilan sera fait à mi-mandat. Le changement des mentalités, c’est maintenant ! Bien se rappeler que « quelle que soit la durée de la nuit, le soleil finira par se lever » (Omar Bongo Ondimba).

    Mes salutations.

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