L’ONU au bord de la faillite : Guterres lance un appel pressant aux États membres
L’Organisation des Nations Unies fait face à une crise financière sans précédent. En présentant vendredi devant la cinquième Commission de l’Assemblée générale un budget révisé de 3,238 milliards de dollars pour 2026, le Secrétaire général António Guterres a tiré la sonnette d’alarme, assimilant la situation de l’ONU à «une course à la faillite». Les États membres, dont le Gabon, sont appelés à réagir promptement pour régler leurs cotisations.

Le bâtiment du Secrétariat des Nations Unies, à New York. © ONU Photo/Manuel Elías
Présenté le 17 octobre dernier, à New York, le budget des Nations Unies est révisé de 3,238 milliards de dollars pour 2026. En baisse de 15,1 % par rapport aux crédits approuvés pour 2025, celui-ci reflète une situation budgétaire critique. La proposition initiale pour 2026 s’élevait à 3,715 milliards de dollars, mais les retards de paiement et les arriérés accumulés ont contraint l’ONU à revoir ses ambitions à la baisse.
Une crise de liquidités qui s’aggrave
À la fin de 2024, les arriérés de paiement atteignaient 760 millions de dollars. À cela s’ajoute l’obligation de restituer 300 millions de dollars aux États membres début 2026, soit près de 10 % des liquidités disponibles. Guterres prévient : «Tout retard dans le recouvrement des créances en début d’année nous obligera à réduire encore davantage les dépenses… et à envisager potentiellement de restituer 600 millions de dollars en 2027, soit environ 20 % du budget».
Le déficit de 135 millions de dollars enregistré au début de 2025 n’a fait qu’aggraver la situation. Fin septembre, seuls 66,2 % des contributions annuelles avaient été collectés, contre 78,1 % à la même période en 2024. À cette date, 136 des 193 États membres avaient versé leur part, mais plusieurs contributeurs majeurs – dont les États-Unis, la Chine, la Russie et le Mexique – n’avaient pas encore honoré leurs engagements.
Des coupes ciblées, des priorités maintenues

Le Secrétaire général António Guterres informant la Cinquième Commission du projet de budget programme pour 2026. © UN Photo/Evan Schneider
Le budget révisé prévoit également une réduction drastique des effectifs : de 13 809 postes dans la proposition initiale, le nombre tombe à 11 594, soit une baisse de 18,8 % par rapport à 2025. Les coupes concernent principalement les fonctions administratives, tandis que les programmes au service direct des États membres – notamment les pays les moins avancés et les petits États insulaires – sont préservés.
Malgré les restrictions, l’ONU maintient ses priorités : les 37 missions politiques spéciales continueront leurs activités, le système des coordonnateurs résidents bénéficiera de 53 millions de dollars, et le Fonds pour la consolidation de la paix sera doté de 50 millions de dollars. Le Haut-Commissariat aux droits de l’homme (HCDH) prévoit l’agrandissement de ses bureaux régionaux à Addis-Abeba, Bangkok, Beyrouth, Dakar, Panama, Pretoria et Vienne.
Vers une réforme structurelle
Ce budget s’inscrit dans le cadre de l’Initiative ONU80, un vaste programme de réforme visant à rendre le Secrétariat plus agile et rentable. Parmi les mesures envisagées : la centralisation de la paie au sein d’une équipe mondiale, la relocalisation de certaines fonctions vers des lieux moins coûteux, et la création de plateformes administratives communes à New York et Bangkok.
La Cinquième Commission entamera dans les prochaines semaines l’examen détaillé du budget avec les chefs de département et les responsables de programme. Son rapport et ses recommandations seront soumis à l’Assemblée générale plénière, avec une approbation finale attendue pour fin décembre.
Guterres a également évoqué un rapport proposant de suspendre les remboursements de crédits en cas de déficit de liquidités menaçant l’exécution du budget. «Les membres n’ont pas pris de décision et l’examen du rapport a été reporté à cette session. L’absence d’accord sur la gestion de la détérioration de la situation de liquidité pourrait compromettre des éléments essentiels de notre programme de travail», a-t-il averti.













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