Plusieurs mois après, et alors même que le principal intéressé est de retour de son exil, la question de la légalité de la perquisition effectuée en novembre 2024 au domicile d’Hervé Patrick Opiangah (HPO) a récemment été soulevée à nouveau. Un élément a été placé au centre du débat juridique : une quittance du Trésor public datée du 3 décembre 2024. Si certains affirment que ce document officiel atteste de l’enregistrement et de la consignation régulière de l’intégralité des biens et fonds mis sous scellés, fournissant la preuve formelle de la transparence de la procédure, les soutiens de l’homme d’affaires assurent quant à eux qu’une simple quittance du Trésor public ne saurait être la preuve ultime de la conformité d’une procédure qu’ils ont toujours dénoncée pour son irrégularité.

Plus d’un an après la perquisition et la saisie des biens au domicile d’Hervé Patrick Opiangah, certains brandissent une quittance du Trésor public comme l’ultime preuve de la légalité de cette descente de la police. © gabon2025.com

 

La saisie des biens de l’homme d’affaires Hervé Patrick Opiangah (HPO), en novembre 2024, continue de diviser l’opinion publique et les milieux judiciaires. Au centre du débat : la quittance du Trésor public n°1260503, datée du 3 décembre 2024, qui atteste du dépôt des fonds et objets saisis. Pour certains, ce document constitue la preuve irréfutable de la régularité de la procédure. Pour d’autres, il n’est qu’un «cache-misère» destiné à masquer des violations majeures du droit.

Les défenseurs du procureur évoquent la preuve par la traçabilité

Le journaliste Clay Martial Obame Akwé, ancien patron de médias publics, s’est rangé parmi les défenseurs du procureur de la République, Bruno Obiang Mvè. Pour lui, la quittance du Trésor public est une pièce administrative incontestable qui met fin aux spéculations. «Le tumulte médiatique est souvent plus rapide que la vérité», écrit-il dans une chronique, dénonçant les accusations «aussi virulentes qu’infondées» contre le magistrat.

Il présente cette quittance comme «une pièce administrative incontestable qui vient aujourd’hui faire taire le vacarme». Selon lui, le document atteste du dépôt de 179 645 449 francs CFA, comprenant notamment 155 millions en numéraire, 29 700 euros, ainsi que d’autres devises étrangères.

Les biens de valeur consignés incluraient sept montres de marque Breitling, une montre Rolex, une montre Andewars Piguet, une montre Corum, quatre bracelets Breitling, trois bagues et quatre chevalières. Pour Obame Akwé, cette traçabilité démontre «un respect scrupuleux des règles de procédure» et illustre la probité des magistrats gabonais sous la Ve République. «La justice ne se nourrit ni des rumeurs ni des réseaux sociaux, mais des faits, des pièces et des procédures. Et lorsque la preuve parle, le vacarme s’incline», conclut-il.

Les soutiens d’HPO démontent une défense «spécieuse»

À l’opposé, les soutiens d’Hervé Patrick Opiangah rejettent catégoriquement l’argument de la quittance comme preuve ultime. Pour eux, ce document ne saurait effacer les irrégularités qui ont entaché la procédure. «Une justification pour le moins acrobatique, dont la vacuité n’a d’égale que la précipitation», dénoncent-ils, rappelant qu’«un reçu du Trésor public ne réécrit pas le Code pénal». Ils soulignent par ailleurs qu’aucun mandat, jugement ou ordonnance n’a précédé le transfert des biens.

Comme depuis le début de cette affaire qui alimente la chronique, avocats et soutiens de l’homme d’affaires pointent à nouveau une perquisition menée «sans mandat, en violation de l’article 55 du Code de procédure pénale», sans procès-verbal dressé séance tenante, et sans présentation des scellés au magistrat instructeur.

La contradiction est jugée flagrante : les biens auraient été saisis le 20 novembre 2024, mais déposés au Trésor seulement le 3 décembre, soit deux semaines plus tard. «Que s’est-il réellement passé entre le 20 novembre et le 3 décembre ?» interrogent-ils.

Dans une ordonnance, la magistrate instructrice aurait elle-même confirmé l’irrégularité : «Les objets de la cause n’ont jamais été présentés devant nous», aurait-elle écrit, selon les conseils d’HPO.

Pour les soutiens d’HPO, «on ne légalise pas l’illégalité par un dépôt au Trésor». Aussi, estiment-ils que cette défense «indigne d’un magistrat de la Ve République» porte atteinte à la crédibilité de la justice gabonaise.

Une bataille d’interprétations

Au-delà des chiffres et des scellés, l’affaire HPO révèle une fracture profonde dans l’interprétation des procédures judiciaires. D’un côté, la quittance est brandie comme gage de transparence et de rigueur. De l’autre, elle est dénoncée comme une manœuvre pour masquer des entorses au droit.

Entre «la preuve qui parle» et «l’argumentation spécieuse», l’opinion publique reste partagée. Mais une certitude s’impose : cette affaire met en lumière l’exigence de transparence et de probité que la Ve République entend imposer à ses institutions judiciaires. Au risque elle-même de se dédire.

 
GR
 

1 Commentaire

  1. Jean Jacques dit :

    Le pays est déjà à un niveau de la CRIMINALITÉ judiciaire et le pire un certain journaliste viennent de defendre les magistrats corrompus,

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