Un calendrier pour transmettre : Yéyé créations remet les prénoms gabonais à l’honneur
Dans l’univers délicat de la création gabonaise, certaines idées naissent d’un besoin intime avant de devenir des objets culturels. C’est précisément le chemin emprunté par Pascale Ayitebe Ivanga, connue sous le nom de Yéyé créations, avec «Le calendrier gabonais», une œuvre à la fois esthétique, identitaire et profondément symbolique.

Le Calendrier gabonais de Yéyé création. © GabonReview
Linguiste et ingénieure documentaliste de formation, créatrice et cadre dans l’administration gabonaise, Pascale Ayitebe Ivanga est une femme aux multiples facettes. Derrière Yéyé créations, elle développe un univers où se croisent papeterie, bijoux inspirés des masques traditionnels du Gabon et créations en raphia, une matière qui lui a d’ailleurs inspiré le célèbre sapin de Noël en raphia gabonais. Mais au-delà de la matière, c’est dans la transmission culturelle que la créatrice trouve sa véritable inspiration. «J’ai des passions comme beaucoup de personnes et c’est plus dans le domaine de la création que je m’exprime», confie-t-elle.
Une idée née du quotidien et des familles

Le Calendrier gabonais, en accordéon, de Yéyé création. © GabonReview
« Le calendrier gabonais » s’inscrit justement dans cette démarche : un objet conçu pour transmettre, partager et faire vivre les langues du pays à travers les prénoms. L’idée du calendrier n’est pas venue d’un simple exercice créatif. Elle s’est imposée naturellement, nourrie par l’expérience personnelle de la créatrice. Elle a toujours accordé une grande importance à l’identité culturelle dans le choix des prénoms. «J’ai eu à cœur de vulgariser ma culture. J’ai moi-même, dans ma pratique familiale, utilisé les prénoms gabonais pour mes enfants et les enfants dans ma famille», explique-t-elle.
Au fil du temps, les sollicitations se multiplient. Des proches, des connaissances, mais aussi des amis vivant à l’étranger lui demandent régulièrement de proposer des prénoms ancrés dans les cultures gabonaises. «Avec ces sollicitations, je me suis demandé comment je pouvais faire partager à d’autres personnes cette volonté de vulgariser les prénoms locaux», explique-t-elle. C’est ainsi qu’émerge l’idée d’un calendrier : un support accessible, pratique et capable de circuler facilement. Fidèle à son univers créatif, Yéyé créations ne voulait pas d’un calendrier ordinaire. «Je voulais quelque chose de très fonctionnel et je ne voulais pas un calendrier traditionnel mais un calendrier esthétiquement abouti et attrayant», indique-t-elle.
Plus de 365 prénoms sur un ‘accordéon’
Résultat ? Un format original en accordéon, présenté dans un écrin. Un objet qui tient autant du design que de la papeterie. «J’ai une papeterie, donc le travail sur le papier et sur la matière était très important. Je voulais que ce soit comme un présent à offrir», confie-t-elle. «Le calendrier gabonais» devient ainsi un objet que l’on garde, que l’on expose ou que l’on offre. Au cœur de celui-ci, se trouve une richesse linguistique remarquable. L’ouvrage recense pour cette première édition, plus de 365 prénoms, un choix volontaire qui inclut également les prénoms réservés aux jumeaux, une particularité importante dans la culture gabonaise.
Les prénoms proviennent de seize langues du pays, au nombre desquelles l’apindji, le benga, l’ishira, le fang, le kota, le lumbu, le mahongwe, le ndumu, le nzébi, l’obamba, l’omyene, le punu, le sékiani, le téké, le tsogo et le vili. Certaines langues sont associées par mois en raison de leur proximité sémantique. «Il n’y a pas eu de préférence sur le choix des prénoms. Ce sont des langues qui étaient plus accessibles pour moi grâce à la disponibilité des locuteurs et parce qu’un travail existait déjà que j’ai simplement complété», fait-elle savoir soulignant notamment le travail de l’ethnologue et missionnaire André Raponda Walker sur les noms propres du Gabon.
Un cadeau à offrir
Chaque mois du calendrier est consacré à une langue ou à un groupe de langues. Les prénoms y sont présentés par ordre alphabétique, accompagnés de leur signification, permettant aux parents de choisir en connaissance de cause. Au-delà du simple répertoire de prénoms, le calendrier révèle toute la poésie des langues du pays. «Il y a tellement de poésie dans nos langues. C’est à nous de valoriser notre culture», estime la patronne de Yéyé créations qui rappelle que dans la culture gabonaise, un prénom n’est jamais neutre : il porte une mémoire, une histoire, une circonstance. «Il y a autant de circonstances et de possibilités de donner des prénoms à nos enfants qui racontent une histoire», note-t-elle.
Son travail, se veut également un pont avec la diaspora gabonaise. «Au niveau des diasporas, j’espère qu’ils vont trouver des prénoms qui vont les aider à se singulariser», souligne-t-elle. Derrière ce calendrier se trouve l’univers singulier de Yéyé créations, fondé par Pascale Ayitebe Ivanga. La marque explore plusieurs domaines : la papeterie artistique, les bijoux inspirés des masques : valoriser le patrimoine culturel gabonais. Le calendrier est aujourd’hui disponible à l’atelier Yéyé créations à l’Avenue de Cointet, au Concept Store Soho à l’immeuble Rénovation, ainsi que chez Marie-Folie.
«J’espère que ce calendrier va être bien accueilli et que les gens vont de plus en plus recourir à leurs cultures pour pouvoir nommer différemment leurs enfants», souhaite Yéyé créations car pour elle, chaque prénom est bien plus qu’un mot : c’est une histoire, une identité et un héritage.













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