PNCD 2026-2030 : un plan de 28 000 milliards sans financeurs, des cibles impossibles et des questions
Estampillé «version préliminaire», le Plan national de croissance et de développement circule depuis plusieurs semaines sur les réseaux sociaux gabonais, suscitant curiosité et commentaires. À la lecture du document de 130 pages, le tableau est contrasté : un diagnostic économique d’une franchise inédite pour un texte d’État, des projets concrets nommés et chiffrés, mais des objectifs qui défient souvent les lois de l’économie, et un financement qui ressemble encore à un vœu.

Si le PNCD 2026-2030 dit la vérité sur l’économie gabonaise, il est moins convaincant quand il annonce la transformer. © GabonReview
Il faut commencer par ce qui mérite d’être salué. Le Plan national de croissance et de développement (PNCD) 2026-2030 n’est pas le catalogue de bonnes intentions auquel les Gabonais ont été habitués depuis le Plan stratégique Gabon émergent. Son diagnostic économique frappe par sa franchise. Il reconnaît, chiffres à l’appui, que malgré des milliards investis depuis 2010, la consommation des ménages a stagné pendant une décennie entière, passant de 2 616 à 2 615 milliards de francs CFA entre 2017 et 2024. Une décennie d’investissements publics pour ‘’un franc’’ de progression. Le constat est courageux. Il est utile. Il tranche avec la langue de bois habituelle.
Le document va plus loin encore : il mesure ce que les économistes appellent l’ICOR, un indicateur d’efficacité des investissements. Au Gabon, il faut actuellement dépenser 9,3 francs d’investissement pour produire 1 franc de croissance supplémentaire, quand les pays comparables y parviennent avec 4 francs. Autrement dit, l’argent public est dépensé, mais il produit de moins en moins. Le reconnaître officiellement est, en soi, un acte de lucidité politique remarquable.
Le plan nomme aussi des projets concrets : tronçons routiers avec leurs kilomètres précis, barrages avec leurs mégawatts, lignes ferroviaires avec leurs tracés détaillés. C’est un progrès méthodologique réel sur ses prédécesseurs.
Mais c’est là que s’arrête l’éloge.
L’arithmétique résiste
L’objectif affiché en tête du document (une croissance à deux chiffres d’ici 2030) est reconnu comme «exceptionnel et rare» par le document lui-même. Seule la Chine, avec 1,3 milliard d’habitants, un marché intérieur colossal et une politique monétaire souveraine, a réussi pareille performance sur la durée. Le Gabon compte 2,5 millions d’habitants, dépend du franc CFA et d’une politique monétaire fixée à Yaoundé par la BEAC. La comparaison ne tient pas.
Le scénario jugé «réaliste» (6,5 % de croissance annuelle) est lui-même très ambitieux pour une économie qui peine à dépasser 2 % depuis dix ans. Y parvenir exigerait de multiplier quasiment par quatre l’efficacité des investissements publics en cinq ans, de doubler les recettes fiscales hors-pétrole et de porter le taux d’exécution du budget d’investissement de 50 à 90 %. Chacun de ces objectifs pris isolément relèverait de la prouesse. Les trois simultanément ? L’équation cède.
Un financement sans financeurs identifiés. Des cibles sociales qui ne trompent personne
L’enveloppe totale requise dépasse 27 900 milliards de francs CFA sur cinq ans. Pour boucler ce budget tout en réduisant la dette publique et le déficit (deux autres objectifs du plan), il faudrait mobiliser des investissements privés et étrangers d’une ampleur inédite dans l’histoire économique du pays. Le document l’espère. Il ne l’explique pas. Les projets ferroviaires, à eux seuls, représentent des milliards de dollars, sans lettre d’intention publiée, sans garantie engagée, sans investisseur identifié à ce stade.
Réduire la pauvreté de 35 à 15 % en cinq ans. Porter la scolarisation secondaire de 68 à 98 %. Gagner quatre ans d’espérance de vie en un quinquennat. Ces objectifs ne sont pas des ambitions politiques : ce sont des ornements rhétoriques que l’histoire du développement mondial contredit unanimement. Aucun pays n’a réalisé pareils bonds sociaux en si peu de temps, hors reconstruction post-conflit.
Ce qu’il faut en retenir
Le PNCD vaut moins comme feuille de route exécutable que comme document de plaidoyer international. Sa rigueur analytique facilitera la levée de fonds auprès des bailleurs multilatéraux (Banque mondiale, BAD, Union européenne, fonds climatiques) qui travaillent précisément dans ce langage. Ses tableaux macroéconomiques constituent, par ailleurs, la meilleure photographie publique de l’économie gabonaise disponible à ce jour : une ressource précieuse pour chercheurs, journalistes et décideurs.
Mais la question que ce cinquième plan en quinze ans ne résout pas, reste la seule qui vaille vraiment : quel mécanisme concret garantit que son exécution sera différente des précédents ? Le Plan stratégique Gabon Émergent (2010-2025), le Plan de Relance Économique (2017-2021), le Plan d’Accélération de la Transformation (2021-2023), Plan National de Développement pour la Transition (2024-2026) tous sérieux sur le papier, tous décevants dans les faits, posaient la même promesse. Sans réponse crédible à cette question, le PNCD 2026-2030, version préliminaire ou définitive, risque de rejoindre ces archives nationales où s’accumulent, impeccablement reliés, les rêves non tenus du Gabon.













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