Le nouveau Code de la Nationalité Gabonaise commence à faire des vagues. Et quand Alain-Claude Bilie-By-Nze vient à en parler, il ne murmure pas. Dans une tribune publiée ce dimanche 29 mars 2026, l’ancien Premier ministre démonte pièce par pièce le nouveau Code de la Nationalité Gabonaise, et accuse le régime de vouloir fragmenter la Nation, ethniciser la citoyenneté et transformer un droit fondamental en instrument de soumission. Des mots qui brûlent. Une charge qui amène à s’interroger.

Pour Bilie-By-Nze, le nouveau Code de la Nationalité Gabonaise ne réforme pas la Nation, il la fracture. © GabonReview

 

Il n’a pas usé de précautions oratoires. Alain-Claude Bilie-By-Nze, ancien Premier ministre et figure de l’opposition gabonaise, a publié ce dimanche 29 mars 2026 une tribune cinglante sur ses réseaux sociaux, ciblant directement le nouveau Code de la Nationalité Gabonaise promulgué par ordonnance le 26 février dernier. Un texte d’une rare violence politique, qui tranche avec le vocabulaire feutré habituel des tribunes institutionnelles, et qui sonne comme un acte de résistance assumé.

Le ton est donné dès l’ouverture : «Je le dis sans détour : ce texte est une monstruosité.» Pour l’ancien chef du gouvernement, l’ordonnance n°0004/PR/2026 ne relève pas de la réforme juridique. Elle procède d’une intention délibérée : «Ce texte n’a pas été conçu pour organiser la nationalité. Il a été pensé par des esprits obsédés par la volonté d’exclure, de fragmenter et de trier.» Une démarche qu’il qualifie sans ambages : «Il ne s’agit plus d’une réforme, c’est une rupture en même temps qu’une attaque directe contre notre vivre-ensemble

«Autochtonie» : quand un concept flou devient une bombe politique

C’est la notion d’«ascendance autochtone», pierre angulaire du nouveau code, qui cristallise sa critique la plus acérée. Bilie-By-Nze en dénonce le flou conceptuel avec des exemples concrets et profondément dérangeants : «Le Fang de Medouneu, localité dont le tracé frontalier avec la Guinée-Équatoriale date de la fin des années 60, est-il un autochtone ? Le Téké du Haut-Ogooué, dont le territoire appartenait au Congo voisin jusqu’à l’avant-veille des indépendances, est-il un autochtone ?» Et de pousser le raisonnement jusqu’à son terme le plus inquiétant : «Que dire des compatriotes bien gabonais, mais qui portent un nom à consonance étrangère ? Va-t-on ouvrir la chasse pour la pureté du nom, ouvrant ainsi la voie à la pureté du sang ?» La conclusion tombe, sèche et sans appel : «Nous savons tous où mènent les politiques fondées sur l’exclusion identitaire.»

L’ancien Premier ministre convoque ensuite l’histoire pour mieux poser la rupture. Il rappelle que le code précédent était «forgé par Léon Mba, porté par les Pères fondateurs et enrichi au fil du temps, notamment sous Omar Bongo et transmis comme un leg immatériel et spirituel», avant de dénoncer ce qu’il perçoit comme une transgression mémorielle : «Ce texte n’est pas une réforme, c’est une remise en cause presque blasphématoire de notre héritage national, une étape de plus dans un processus engagé depuis le 30 août 2023 : déconstruire méthodiquement ce qui fait la Nation gabonaise

«Présider la République, ce n’est pas présider la Nation»

La charge politique est frontale. Bilie-By-Nze rappelle une distinction fondamentale que le pouvoir semblerait avoir oubliée : «Présider la République, ce n’est pas présider la Nation. La Nation est au-dessus des contingences politiques. Elle est au-dessus des mandats. Elle est au-dessus des hommes.» Et d’ajouter, visant sans le nommer le chef de l’État : «Aucun pouvoir, encore moins issu des armes, n’a le droit de redéfinir à la hussarde l’identité collective d’un peuple. Car les régimes passent, la Nation demeure.»

Bilie-By-Nze conclut sur un avertissement solennel, convoquant Sophocle, «Les dieux rendent fous ceux qu’ils veulent perdre», avant d’adresser un appel direct aux Gabonais : «Nous appelons les patriotes de tous bords à faire échec à ce texte mortifère. Parce que le Gabon n’appartient à personne. Parce que la République ne se confisque pas. Touche pas à ma Nation ! Touche pas à ma nationalité !»

Une tribune qui, à n’en pas douter, ne restera pas sans réponse.

 
GR
 

4 Commentaires

  1. Yann Levy Boussougou-Bouassa dit :

    Il a parfaitement raison.

  2. Il a raison qur quoi? au regard de cet article, comme toujours les analyses de l’ancien PM sont toujours portées au pinacle, que denonce t-il vraiment dans le code de la nationalité? la notion d’authoctonie? il faut lire quelques fois les codes de nationalités d’autres pays vous allez comprendre que ce qui est proposé au Gabon actuellement n’a rien de séparation ou de division du peuple, dirriger la république n’est pas dirrigée la nation sauf qu’il n’y a pas de république sans nation l’un étant l’émanation de l’autre. on ne critique pas tout juste parcequ’on veut se faire entendre il faut critiquer pour se faire comprendre.

    • Egniga dit :

      La Nation est une et indivisible.
      Il ne peut y avoir dans son sein des citoyens de plusieurs catégories,
      il ne peut y avoir que le citoyen gabonais avec tous les droits et devoirs qu’impliquent cette nationalité.
      Nous devons suivre des principe des droits et non importé les vues xénophobes d’autres pays.
      Les mêmes droits et devoirs pour tous les gabonais, l’origine ne comptant pas.
      Et la perte de nationalité devrait être du domaine de la justice et de non de l’administration.

  3. Yann Lévy Boussougou-Bouassa dit :

    @Alum Ndong Minko,

    On peut surtout convoquer l’histoire (vu qu’on peut avoir du recul) et voir si cette façon d’organiser la société en hiérarchisant les citoyens est à féliciter. Au hasard, je cite les USA avant la reconnaissance des droits civiques aux afro-américains, l’Afrique du Sud du temps de l’apartheid, le Rwanda de Juvenal Abyarimana et la Côte d’Ivoire du début des années 2000 et de l’ivoirité triomphante. Je ne crois pas que le monde civilisé, aujourd’hui, encense ces modèles. Et c’est tant mieux.

    Camarade, cette manière de faire, outre le fait d’exposer l’immensité de la bêtise humaine, sa laideur, porte les germes de la tragédie. Des phrases comme « plus jamais ça » au moment des commémorations, je n’en veux point pour mon pays.

    Amicalement

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