Il y a un an jour pour jour, le 12 avril 2025, le Gabon tournait une page de son histoire politique. Après la déchéance d’Ali Bongo et dans un climat d’attente presque suspendue, les urnes consacraient une nouvelle étape du processus de transition engagé depuis le 30 août 2023. Pour les uns, ce fut l’acte fondateur d’une refondation nationale. Pour les autres, le début d’une promesse encore trop lente à se traduire dans le quotidien.

Instantané de la journée du 12 avril 2025 au Gabon. © D.R.

 

Un an après le 12 avril 2025, date de la présidentielle post-coup d’Etat et post-transition, le Gabon se retrouve à la croisée des interprétations. Le scrutin de 2025, officiellement inscrit dans le prolongement des réformes institutionnelles de 2024, reste associé à l’idée d’un retour à l’ordre démocratique apaisé après plusieurs cycles électoraux marqués par des tensions, notamment en 2009, 2016 et 2023, où Ali Bongo était le principal challenger de l’ensemble des opposants.

Adhésion à un projet de reconstruction

L’idée de voter Brice Clotaire Oligui Nguema, présenté comme le libérateur du pays et figure centrale des événements du 30 août 2023, avait alors été perçue par une très large partie des citoyens comme la validation d’une direction nouvelle. Non pas seulement un choix de personne, mais l’adhésion à un projet de reconstruction institutionnelle et sociale.

Le 12 avril 2025 apparaissait ainsi comme l’aboutissement d’un enchaînement : transition politique, refonte constitutionnelle, consolidation électorale. Une séquence que les soutiens du président Oligui Nguema décrivent encore aujourd’hui comme «le socle d’un nouveau contrat social». Pour les autorités et leurs relais politiques, l’année écoulée s’inscrit dans une dynamique de transformation progressive. L’argument, presque récurrent, peut se résumer en une phrase : un pays ne se refonde pas en douze mois.

Pour eux, le 12 avril 2025 n’était pas une fin, mais un point de départ. Les chantiers prioritaires sont régulièrement rappelés. «Nous avons ouvert une trajectoire, elle demande du temps», répètent plusieurs responsables proches du pouvoir, qui insistent sur la nécessité de «consolider plutôt que précipiter». Dans cette optique, la stabilité politique actuelle est souvent présentée comme une victoire en soi, presque un préalable indispensable à toute transformation structurelle. Mais dans les rues, le ton devient de plus en plus nuancé. Si beaucoup reconnaissent une accalmie politique inédite, les attentes sociales demeurent fortes et parfois pressantes.

Désillusion ?

Le coût de la vie, l’accès à l’emploi, la qualité des services publics et les inégalités territoriales restent au cœur des préoccupations. Pour une partie de la population, l’horizon du changement semble encore trop lointain. C’est dans ce contexte que se cristallise d’ailleurs le discours de l’opposition, résumés dans une formule d’Alain-Claude Billie-By-Nze : «le peuple n’y croit plus». Une expression contestée par les proches du pouvoir, mais révélatrice d’une forme de désillusion chez certains citoyens qui estiment que les effets concrets tardent à se faire sentir. Les critiques ne remettent pas nécessairement en cause la légitimité du processus électoral de 2025, mais interrogent sa traduction sociale.

Pour eux, le risque est celui d’un décalage croissant entre le récit politique et la réalité quotidienne. Ils pointent notamment la lenteur de certains projets structurants et la persistance de difficultés économiques dans les foyers. Le 12 avril 2025 ne serait pas seulement un tournant historique, mais aussi le test de la capacité du pouvoir à transformer une dynamique politique en résultats tangibles. Comme si l’année écoulée aura confirmé l’écart entre le temps institutionnel et le temps social. Sans doute, le véritable héritage du 12 avril 2025 : non pas une conclusion, mais une tension durable entre espoir politique et exigence sociale. Une tension qui, un an après, continue de définir le moment gabonais.

 
GR
 

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