Complot, cachot et trahison : Ike Ngouoni brise le silence
Dans une interview accordée à Jeune Afrique le 21 avril 2026, l’ancien porte-parole de la présidence gabonaise lève le voile sur son arrestation, ses années de détention et les coulisses du pouvoir sous Ali Bongo Ondimba. Un témoignage d’une densité rare, où la lucidité le dispute à l’amertume contenue.

«On sait que vous n’avez rien fait, mais vous savez que c’est politique. Vous savez que ça vient d’en haut», dixit Ike Ngouoni. © Jeune Afrique
Cinq ans de prison. Cinq ans pour avoir refusé de jouer le rôle qu’on lui destinait. Ike Ngouoni Aïla Oyouomi, ancien porte-parole de la présidence de la République, n’a pas attendu longtemps après sa libération, en avril 2024, pour reprendre la parole. Et il l’a fait avec la sobriété méthodique d’un homme qui a eu le temps, derrière les barreaux, de comprendre exactement ce qui lui était arrivé.
Le verdict qu’il rend sur sa propre arrestation, en novembre 2019, est sans appel : «Rien d’autre qu’un complot, une machination politique… uniquement.» Il se décrit comme un «dégât collatéral» dans la guerre souterraine qui visait à évincer Brice Laccruche Alihanga, alors tout-puissant directeur de cabinet du président Ali Bongo. Ngouoni, qui avait été rattaché à ce cabinet, était, dans cette logique implacable, une cible naturelle.
La mécanique du broyage
Ce qui frappe dans son récit, c’est la précision clinique avec laquelle il décrit la mécanique judiciaire mise en branle contre lui. Conduit au Camp Roux «directement au mitard» le jour de son arrestation, caché à ses avocats pendant trois jours, il est ensuite présenté à un juge d’instruction sans débat contradictoire : «La messe est déjà dite, tout est déjà signé.» La pression des enquêteurs était univoque : «Chargez, chargez, chargez Brice Lacruche, sauvez-vous.» Il dit même avoir entendu, de la bouche du magistrat instructeur : «On sait que vous n’avez rien fait, mais vous savez que c’est politique, vous savez que ça vient d’en haut.» Ike Ngouoni a refusé. Il a pris huit ans.
Trahisons en haut lieu
Sur la trahison dont il se dit victime, il fait preuve d’une retenue presque élégante. Il ne dédouane pas le président : «Ça n’aurait pas pu être décidé sans son aval.» Mais il décrit surtout la manipulation froide de la première dame, Sylvia Bongo, qui l’avait convoqué pour lui réclamer les codes des réseaux sociaux présidentiels, une manœuvre destinée, dit-il, à «te conforter pour que tu ne vois pas le coup venir».
Quant au fils, Noureddine Bongo, dont la déclaration «Je ne me suis jamais senti gabonais», avait fait scandale, Ngouoni Aïla Oyouomi se montre cinglant sans excès : «Noureddine, qu’est-ce qu’ils connaissaient du Gabon ? La Sablière et le Palais.»
Depuis le 30 août 2023, Ike Ngouoni a tourné la page. «Le coup d’État, pour le coup, m’a libéré», dit-il avec une ironie à peine voilée. Il a fondé le cabinet de conseil AÏLA, structure son parti politique «Les Engagés» et semble habité par une sérénité qu’il résume d’une formule presque mystique : «Tout ce que Dieu fait est bon.» De l’ancien ‘’apparatchik’’ du régime Bongo, il ne reste rien, sinon un témoin, calme et dévastateur.












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