Évincé après un désaveu politique lié au rejet du budget primitif 2026, le maire de Libreville, Pierre Matthieu Obame Etoughe, a officiellement démissionné ce jeudi 23 avril, à l’occasion d’une session extraordinaire du Conseil municipal. Dans la foulée, à travers une Session spéciale annoncée par le gouverneur de l’Estuaire, Marie Françoise Dikoumba, le nouvel édile de la capitale a été élu. L’ancien membre du Parti démocratique gabonais (PDG), Eugène Mba, aujourd’hui sous la bannière de l’Union démocratique des Bâtisseurs (UDB), a fait son retour, 5 ans après une démission controversée.

Marie Françoise Dikoumba et Pierre Mathieu Obame Etoughe lors de la session extraordinaire du Conseil municipal, le 23 avril 2026, à Libreville. © GabonReview

 

Ce long jeudi 23 avril a été la journée d’un nouveau chamboulement à la tête du bureau de la mairie de Libreville. Le maire de Libreville, Pierre Matthieu Obame Etoughe, a officiellement annoncé sa démission lors d’une session extraordinaire du Conseil municipal qu’il a lui-même convoquée. Une décision bien loin de constituer un coup de théâtre, du fait que depuis plusieurs jours, son départ apparaissait comme inéluctable au regard de son isolement politique grandissant.

Bourrasque appuyée par les Conseillers municipaux, membres de son propre parti (UDB)

Moments épars de la journée du 23 avril 2026, marquée par le Conseil municipal extraordinaire de Libreville. © GabonReview

A la suite de la bourrasque appuyée par les Conseillers municipaux de Libreville, membres de son propre parti, l’Union démocratique des Bâtisseurs (UDB), l’édile a donc fini par rendre son tablier. Une sortie ayant ouvert la voie à la désignation de son successeur : l’ancien premier magistrat de la ville, Eugène Mba. A travers une Session spéciale, et en candidat unique présenté par le parti au pouvoir, il a été élu à 98,68%. Soit 149 voix pour et 2 bulletins nuls.

Ce chambardement intervient dans un contexte de crise ouverte à l’Hôtel de Ville, marquée par le rejet retentissant du budget primitif 2026. Juste après sa démission et pour que la mairie retrouve très rapidement sa sérénité, un vote de remplacement a été organisé sous la houlette du gouverneur de l’Estuaire, Marie-Françoise Dikoumba. Scrutin interne au cours duquel Eugène Mba a été désigné nouveau maire de Libreville. À noter que les cinq adjoints de son prédécesseur ont, eux aussi, dû quitté leurs fonctions, à l’exception d’un.

En attendant le vote final des adjoints au maire de la Commune de Libreville, qui s’est poursuivi tard dans la soirée, le bureau du Conseil municipal devrait se composer, sans surprise ainsi qu’il suit :

– Maire central : Eugène Mba

– 1er Maire-adjoint : Jean Jacques Kangue,

– 2e Maire-adjoint : Juste Roméo Mouyopa

– 3e Maire-adjoint : Issa SalamSalatou

– 4e Maire-adjoint : Natacha Mengue Mbeng

– 5e Maire-adjoint : Thierry Akendengue N’Kolo

Désaveu politique d’envergure

Pour rappel des faits, le point de rupture ayant conduit à la démission d’Obame Etoughe remonte au 9 avril 2026. Ce jour-là, le Conseil municipal a infligé un camouflet historique à l’exécutif municipal, en rejetant massivement le projet de budget, avec 142 voix contre sur 145 conseillers présents.

Au-delà des chiffres, c’est la nature même des critiques qui a fragilisé la position du maire. Le document budgétaire a été jugé «irréaliste» et «non sincère» par plusieurs élus dénonçant notamment une hausse jugée excessive des dépenses du cabinet du maire. Des dépenses estimées à environ 3 milliards de francs CFA. Mais aussi, la dénonciation des incohérences dans les prévisions, avec certaines recettes importantes, comme celles issues de l’Inspection générale municipale, inexplicablement absentes ; un déséquilibre global ne reflétant pas les priorités sociales et les exigences de gestion locale.

Ce rejet, qualifié d’«historique», a été interprété comme un désaveu politique d’envergure, d’autant plus marquant qu’il a rassemblé des élus issus de différentes sensibilités, y compris de la majorité municipale. En choisissant donc de se retirer, Pierre Matthieu Obame Etoughe a entériné une crise qui dépassait le simple cadre budgétaire pour révéler des tensions plus profondes autour de la gouvernance municipale.

Arbitrage politique au sommet de l’État

La formation d’une nouvelle équipe dirigeante à l’Hôtel de Ville de Libreville ouvre une nouvelle séquence politique dans la capitale gabonaise. L’élection d’Eugène Mba devrait être déterminante pour restaurer la stabilité institutionnelle et relancer le fonctionnement de la capitale gabonaise. Y parviendra-t-il ? Ça reste à voir d’autant plus qu’élu maire de Libreville, le 29 décembre 2020, sous les couleurs du Parti démocratique gabonais, son mandat avait tourné court.  Il n’avait exercé la fonction que six mois avant de rendre le tablier.

On se souviendra que sa démission, annoncée le 17 juin 2021, avait été motivée officiellement, avait-il fait savoir, par des raisons personnelles et des «épreuves psychologiques» notamment, dans un contexte d’accusations de malversations financières qu’il avait vigoureusement réfutées.

Après son élection, les observateurs estiment que «sa désignation ne relève ni du hasard ni d’un simple jeu démocratique local, mais d’un arbitrage politique au sommet de l’État, révélateur des rapports de force qui structurent aujourd’hui le pouvoir municipal».

 

 
GR
 

1 Commentaire

  1. Dzime Ngogo Nathan dit :

    44.0000.0000.0000 FCFA de dettes cumulées! 3000 faux diplômes pour quel effectif total?!

    Et si on éclairait la plèbe que nous sommes sur la structure de cette dette et leur plan d’apurement?

    Je suppose sans en connaître le fond, que cela concerne:

    1- des travaux (surement surfacturés avec rétro-commissions), réalisés par des tierces parties, mais non encore soldés;

    2- l’aquisition de biens (au bénéfice de X, et sans appel d’offre bien sûr), non encore payés;

    3- des émoluments (dus ou indus) au bénéfice du personnel municipal, à ce jour non payés;

    4- des sommes dues aux tiers, suite à des procès perdus (par exemple, summum du burelesque, quand la Mairie déguerpit des squatters de la voie publique ou autres parcelles communales, et que ces tiers lui portent plainte pour déguerpissement « abusif »; et que par des subterfuges judiciaires elle perd lesdits procès… et que les sommes dues en dédomages et intérêts s’accumulent);

    5- non régularisation des contributions financières dans des organismes supra-nationaux tels les Associations des Maires francophones…

    Bref j’ai brossé un tableau non exhaustif des possibles pans de ce gouffre. Il est important de rappeler à toute fin utile, que l’argent des Mairies étant l’argent du Contribuable (même la quote-part versée par l’Etat central), ce Contribuable du quartier « Venez-Voir » a besoin de comprendre à quelle fin ces ponctions effectuées sur son portefeuille, sont destinées.

    Je considère tout ceci comme un héritage des Anti-patriotes qui furent balayés le 30-08-2023. La question est: que fera le nouvel Idylle, de cet héritage sinistre?
    Le perpétuer par peur de faire des vagues et voir sa tête rouler comme celle de l’autre, vaincu par les immobilistes-nombrilistes; ou va-t-il, comme le veulent les nouvelles Autorités, s’attaquer de front à cette cohorte de fossoyeurs, et fonder une nouvelle gestion assainie, proactive et résiliente pour le rayonnement de notre belle Capitale?

    Patriotiquement Vôtre!

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