Le Réseau des femmes «Lève-toi» (REFLET) a présenté, le vendredi 24 avril 2026 à Libreville, son rapport de plaidoyer pour l’amélioration de la prise en charge des victimes de violences basées sur le genre (VBG). Élaboré avec l’appui du cabinet juridique Élam dans le cadre du projet ACT VBG, et soutenu par l’Union européenne et l’ambassade de France, le document plaide pour des dispositifs de protection plus efficaces, accessibles et réellement opérationnels.

Cliché souvenir des participants à la présentation du rapport de plaidoyer ACT VBG, le 24 avril 2026 à Libreville. © GabonReview

 

Derrière les ambitions révélées par le plaidoyer Stop-VBG, vendredi 24 avril dernier à Libreville, le constat est sans appel. Et pour cause, les acteurs impliqués dénoncent une application encore lacunaire du Code pénal révisé, notamment la loi 006/2021 relative à la stratégie «Gabon Égalité». Des avancées existent, reconnaissent-ils, mais leur traduction concrète sur le terrain reste insuffisante. Dans sens, lors du lancement du rapport, la vice-présidente du réseau REFLET, Mekina Edith Liliane, a rappelé l’essence de la démarche : «promouvoir une prise en charge effective des victimes». Elle a insisté sur la nécessité d’une coordination réelle entre autorités publiques, ONG et services sociaux. «Sans synergie entre les acteurs, les dispositifs existants ne peuvent produire les résultats attendus», a-t-elle souligné.

Instantanés de la rencontre. © GabonReview

Même tonalité du côté des partenaires techniques. Le chef d’équipe coopération de la délégation de l’Union européenne, Luca Rondi, a réaffirmé l’engagement de l’UE dans la lutte contre les VBG et l’autonomisation des femmes, considérant le plaidoyer comme «un levier essentiel pour faire évoluer les politiques publiques et leur mise en œuvre».

Dans le détail, le rapport met en exergue plusieurs failles structurelles : protection incomplète, notamment hors du cadre familial ; procédures judiciaires longues et coûteuses ; lenteurs accrues lorsque des agents des forces de sécurité sont impliqués ; et coordination institutionnelle encore faible. À cela s’ajoutent des coûts prohibitifs pour les victimes : entre 25 000 et 45 000 FCFA pour un certificat médical, et jusqu’à 40 000 FCFA pour les frais d’huissier. «Ces charges découragent de nombreuses victimes à engager des poursuites», a relevé Nelly Houtsa, consultante au cabinet Élam.

Selon la consultante, si la loi 006/2021 est saluée comme une avancée notable, sa vulgarisation demeure limitée. «Des efforts ont été consentis avec la mise en place du Centre Gabon Égalité, du numéro vert et des points focaux genre dans les commissariats et tribunaux. Mais ces dispositifs restent sous-exploités faute de coordination formalisée», a-t-elle précisé.

Des recommandations prioritaires

Le rapport recommande ainsi un renforcement des synergies entre les acteurs, mais aussi une augmentation des ressources financières allouées aux structures de prise en charge, afin de couvrir efficacement les besoins psychologiques, sanitaires, juridiques et sécuritaires des victimes.

A côté de ça, le plaidoyer insiste sur la nécessité de rendre opérationnels les services chargés d’en assurer le suivi, notamment par la désignation de personnel dédié et l’octroi de moyens matériels adéquats.

Au-delà des constats, ce rapport pose une question centrale : comment transformer un arsenal juridique jugé pertinent en un véritable bouclier pour les victimes ? Car entre textes et réalités, c’est désormais sur le terrain de l’application que se joue la crédibilité de la lutte contre les violences basées sur le genre au Gabon.

Thécia Nyomba

 
GR
 

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