Genève, le Gabon répond de ses fantômes, et ils sont bien vivants. Réuni du 13 avril au 1er mai 2026, le Comité des Nations unies contre la torture (CAT) a examiné le bilan gabonais sur la base d’un rapport alternatif conjoint de l’OMCT et de trois ONG partenaires gabonais, documentant torture en détention, arrestations arbitraires et impunité persistante. Verdict des experts onusiens : les pratiques perdurent, changement de régime ou pas.

Entre 400 % et 700 % de surpopulation carcérale à la prison centrale de Libreville. Et, «On est encore en train de subir des cas de torture et même des gens qui perdent la vie», dixit ïcha Claudine Tsoumbou, au micro de RFI. © illustration IA / GabonReview

 

Le Gabon est en ce moment même sur le banc d’examen à Genève. Pas au sens judiciaire, mais dans l’enceinte onusienne où les États rendent compte de leur bilan en matière de prévention de la torture, la délégation gabonaise fait face à un dossier que l’on croyait volontiers daté. L’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), le Centre d’Étude et d’Appui au Développement local (CEAD), organisation de la société civile gabonaise œuvrant pour la lutte contre la pauvreté et la protection des droits de l’homme au Gabon, SOS-Prisonniers Gabon et le Réseau Foi Culture et Éducation ont soumis au Comité un shadow report : le contre-récit officieux que les ONG opposent au rapport gouvernemental. Il est lu. Il pèse. Et cette fois, il est corroboré par les experts onusiens eux-mêmes.

Commissariats, prisons et centres fantômes

Le tableau dressé est sombre, et il ne se limite pas au passé. Coups, détention prolongée au secret, coercition pour obtenir des aveux : les témoignages recueillis auprès d’anciens détenus, d’avocats et d’acteurs de la société civile décrivent des pratiques facilitées par deux failles structurelles tenaces : accès limité à un avocat en début de garde à vue, contrôle judiciaire insuffisant.

Devant le Comité, les experts onusiens ont rappelé une surpopulation carcérale comprise entre 400 % et 700 % à la prison centrale de Libreville, où certains détenus attendent leur procès depuis dix à douze ans. Ils ont également pointé des lieux de détention non reconnus officiellement, dont la Direction générale des contre-ingérences et de la sécurité militaire, et une «impunité généralisée». Aïcha Claudine Tsoumbou, présidente de l’association Réconciliation, présente à Genève pour témoigner, l’a dit sans détour au micro de RFI : «On est encore en train de subir des cas de torture et même des gens qui perdent la vie

L’ère Oligui dans le dossier

Ce qui rend ce rapport particulièrement sensible, c’est qu’il ne se résume plus à l’inventaire des turpitudes du régime Bongo. Les pratiques dénoncées perdurent, selon les ONG et les experts du CAT, malgré le changement de régime d’août 2023.

L’affaire Sylvia et Noureddin Bongo a matérialisé l’équation : les deux anciens détenus affirment avoir été torturés durant leurs vingt mois d’emprisonnement post-coup d’État. Un magistrat du pôle crimes contre l’humanité de Paris a ouvert une enquête. Le gouvernement gabonais a qualifié ces accusations de «diffamatoires» et menacé de suspendre les médias qui les relayaient. Réponse qui, dans les chancelleries et les couloirs onusiens, ne passe jamais inaperçue.

Le rapport ne ferme cependant pas toutes les portes. Il appelle les autorités gabonaises à réviser le Code pénal, à activer enfin le Mécanisme National de Prévention de la Torture, prévu par la loi n°023/2024 mais toujours inopérant, et à ouvrir les lieux de détention aux ONG. «La période de réformes politiques en cours offre une opportunité cruciale», écrivent ses auteurs. Le Comité rendra ses observations finales dans les prochaines semaines. Ce sera le vrai verdict.

 
GR
 

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