Dans sa Grande Interview accordée à L’Union le 4 mai 2026, le président de la République a livré sur la question de la dette publique et des négociations avec le FMI, ses propos les plus structurants. Loin de la posture défensive attendue, Brice Clotaire Oligui Nguema a retourné la narrative, transformant ce qui aurait pu être un aveu de faiblesse en affirmation de souveraineté budgétaire.

Oligui Nguema aux journalistes du quotidien national : «Je ne signerai jamais un accord qui demande aux Gabonais de se serrer la ceinture pendant que les gaspillages continuent.» © L’Union

 

Le sujet était incontournable. La dette publique gabonaise avoisine 80 % du PIB. Les négociations avec le Fonds Monétaire International (FMI) s’éternisent. Et dans l’opinion, une certitude s’est installée : c’est le FMI qui impose, Libreville qui subit. Oligui Nguema a choisi de briser ce récit, avec des chiffres, des mots précis et une franchise qui n’autorise aucune ambiguïté.

La première déclaration est à elle seule une rupture de ton. «Lors de leur dernier passage à Libreville, j’ai personnellement demandé que nous procédions à un audit complet et rigoureux de la dette publique gabonaise.» Ce n’est pas le FMI qui a exigé cet audit, c’est le chef de l’État gabonais qui l’a réclamé. «C’est précisément pour cela que j’ai voulu cet audit : pour partir sur une base incontestable.» La transparence, insiste le président, «n’est pas une concession que je fais au FMI, c’est une exigence que je m’impose à moi-même

L’héritage chiffré d’un État en faillite

Le tableau de départ est vertigineux. «Quand nous sommes arrivés aux responsabilités, nous avons trouvé un État qui devait à tout le monde : aux fonctionnaires, aux entreprises, aux fournisseurs, aux bailleurs internationaux.» Plus de 3 142 milliards de francs CFA ont dû être mobilisés depuis le 30 août 2023, non pour investir, mais pour honorer les engagements hérités. «C’est un fardeau colossal que nous n’avons pas créé, mais que nous assumons pleinement

Pourtant, les signaux commencent à se retourner. Le spread des obligations souveraines gabonaises est passé de 854 à 771 points de base, indicateur discret mais éloquent de la confiance progressive que les marchés financiers accordent à la trajectoire engagée. «Et cette confiance, nous la consolidons chaque jour par nos actes», souligne le président Oligui.

Quatre principes, une ligne rouge

Sur le programme FMI proprement dit, Oligui Nguema est d’une clarté absolue : «Solliciter un programme, ce n’est pas un aveu de faiblesse. C’est un acte de maturité économique.» Le Gabon a officiellement demandé un programme en mars. Les discussions se poursuivent. Mais la souveraineté n’est pas à négocier. «Notre démarche est souveraine et encadrée par quatre principes clairs» : sanctuarisation des projets validés par le peuple ; protection des ménages les plus vulnérables ; élimination des dépenses improductives ; gestion responsable de la dette.

Et si ces principes venaient à être compromis ? La réponse est sans appel, et constitue sans doute la formule la plus tranchante de toute l’interview : «Je ne signerai jamais un accord qui demande aux Gabonais de se serrer la ceinture pendant que les gaspillages continuent.» Une ligne rouge. Publique. Assumée.

Brice Clotaire Oligui Nguema conclut sur une vision qui récuse le fatalisme financier : «La dette n’est pas une fatalité quand on a du pétrole, du manganèse, du bois, une forêt valorisable sur les marchés carbone, et un peuple jeune et travailleur.» Le problème du Gabon, dit-il, n’a jamais été un manque de ressources. «C’était le manque de gouvernance.» Temps passé. Acte de foi. Ou pari à tenir.

 
GR
 

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