Affaire Averda : quand le Gabon blanchit Matha et paye la facture de 24 milliards CFA
Depuis le 2 avril 2025, le tribunal de première instance de Libreville avait donc prononcé un non-lieu en faveur de Lambert-Noël Matha, ancien ministre de l’Intérieur poursuivi pour corruption dans le dossier Averda. Une décision qui blanchit l’homme, mais qui contraste avec la lourde condamnation infligée à l’État gabonais par la CCI de Paris, tenu de verser 37 millions d’euros (environ 24,27 milliards de francs CFA) à l’entreprise libanaise. Entre acquittement individuel et sanction collective, l’affaire illustre les dérives d’une gouvernance en crise au moment des faits.

Matha sauvé par un non-lieu, Averda en attente de ses 24 milliards CFA : la justice nationale absout, l’arbitrage international sanctionne. © GabonReview
L’ironie d’un calendrier. Le 2 avril 2025, Lambert-Noël Matha a bénéficié d’un non-lieu du tribunal de première instance de Libreville – exactement deux ans après le début de ses déboires judiciaires. L’annonce, révélée par le quotidien L’Union le lundi 29 septembre 2025, scelle la fin des poursuites contre l’ex-ministre de l’Intérieur. Paradoxe cruel : tandis que l’ancien «Monsieur Élections» est blanchi, l’État gabonais demeure, lui, fermement condamné à Paris à verser 37 millions d’euros (plus de 24 milliards de F.CFA) à la société libanaise Averda.
Portrait d’un accusé blanchi et anatomie d’un fiasco contractuel
Longtemps homme de l’ombre, Lambert-Noël Matha fut l’un des architectes de la machine électorale gabonaise, avant de devenir ministre sous Ali Bongo. Sa chute, au lendemain du 30 août 2023, l’a transformé en symbole des dérives d’un régime finissant. Le non-lieu prononcé en sa faveur reconnaît l’insuffisance d’éléments probants. Il ne dissipe toutefois ni les soupçons qui ont enflé dans l’opinion, ni les interrogations sur la chaîne de décision publique.
Au cœur du dossier : un contrat de quatre ans (2015-2019) confiant à Averda la collecte des ordures à Libreville, pour un budget promis d’environ 950 millions F.CFA par mois, assorti de missions élargies (balayage, plages, caniveaux). Impayés récurrents, interruptions de service et quartiers asphyxiés par les immondices ont rythmé l’exécution du contrat, jusqu’à la rupture unilatérale par l’État en 2019, déclenchant une bataille arbitrale perdue à l’international.
Faute d’exécuter la sentence rendu par la Chambre de commerce internationale (CCI) de Paris le 23 août 2023, l’État gabonais s’est exposé à des mesures conservatoires, dont la menace sur le prestigieux hôtel particulier Pozzo di Borgo. En 2024, un versement de 1,5 milliard de F.CFA sur une dette locale estimée à 16 milliards a permis une reprise partielle, sans régler le passif. Depuis le départ d’Averda, la multiplication de prestataires de fortune n’a pas restauré la régularité du service : l’insalubrité reste chronique et ses externalités sanitaires (maladies infectieuses et gastro-intestinales) réelles pour les populations.
Symptômes d’une gouvernance défaillante et questions ouvertes
L’affaire Averda met en exergue une culture de l’exception où la dérogation supplante la planification : marchés de gré à gré, pilotage à vue, clauses contractuelles mal maîtrisées et contrôle technique insuffisant. Le résultat est double : une justice interne qui innocente faute de preuves tangibles et une justice arbitrale qui condamne faute d’État-contrat fiable.
Les chantiers annoncés par les nouvelles autorités gabonaises – assainissement de la commande publique, encadrement des procédures, renforcement des capacités – n’auront d’impact que s’ils s’attaquent aux causes : traçabilité, redevabilité et professionnalisation des acheteurs publics.
Non-lieu pour l’individu, condamnation pour l’État : qui répond de l’erreur de gouvernance et qui en paie la facture ? Quelles garanties éviteront qu’un «cas Averda» se répète ? L’héritage est lourd : dettes à solder, services essentiels à rétablir, confiance à reconstruire. À présent, la vraie épreuve n’est plus judiciaire. Elle est budgétaire, sanitaire et institutionnelle.













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