À l’issue de la 36e Conférence ministérielle de la Francophonie qui s’est déroulée du 30 au 31 octobre à Monaco, le ministre gabonais des Affaires étrangères, Alain-Claude Bilie-By-Nze, a répondu à quelques questions afin de situer les enjeux de cette rencontre, tout en abordant les différentes articulations de ce rendez-vous ayant permis de désigner la République démocratique du Congo (RDC) pour l’organisation des Jeux de la Francophonie en 2021.

Le ministre gabonais des Affaires étrangères, Alain-Claude Bilie-By-Nze, à la tribune de la 36e Conférence ministérielle de la Francophonie, le 31 octobre 2019, à Monaco. © Min. Affaires étrangères

 

Gabonreview : Au sortir de cette 36e réunion ministérielle de la Francophonie, que retenir de ces travaux ?

Alain-Claude Bilie-By-Nze : C’est une Conférence ministérielle qui avait pour enjeux essentiels les projets de réforme portés par le Secrétaire général de la Francophonie, mais aussi de préparer le sommet des chefs d’État qui aura lieu à Tunis, l’année prochaine et qui sera l’occasion pour les États de se pencher sur l’avenir de l’institution. Au cours de cette conférence ministérielle, nous avons pu évoquer plusieurs sujets liés à la réforme de la Francophonie, à son mode de financement, à son budget, ainsi qu’aux enjeux auxquels elle est aujourd’hui confrontée. La Francophonie est une institution qui aura bientôt 50 ans. 50 ans, c’est la croisée des chemins. C’est aussi le moment de faire le bilan pour voir si elle a atteint ses objectifs ou pas, et voir s’il faut toiletter un certain nombre d’éléments. Le rapport très détaillé, très pragmatique, allais-je dire, présenté par Madame Moushikiwabo permet de comprendre que la Francophonie a encore de beaux jours devant elle, à condition qu’elle fasse des réformes nécessaires.

Au titre de ces réformes, on va retenir celles qui sont majeures. La première, celle pour alléger la cérémonie d’ouverture des instances de la Francophonie. Parfois, ce sont des cérémonies qui durent trois à quatre heures et qui prennent beaucoup de temps aux chefs d’État et de gouvernement. Il s’agit donc d’alléger ces cérémonies d’ouverture et de permettre aux chefs d’État de prendre le temps des rencontres bilatérales.

La seconde réforme importante c’est de faire en sorte que les représentants de la Francophonie auprès des États et organisations internationales puissent avoir un vrai statut de diplomates avec des capacités d’agir, de lever aussi des financements. La troisième réforme est aussi de faire en sorte que les États du sud, de l’Afrique principalement, ne soient plus pris en charge lors de leurs déplacements, mais que leurs gouvernements paient leurs billets et leur hébergement. Ce qui permettra à la Francophonie de dégager des ressources pour agir sur le terrain et financer des programmes dont les populations ont grandement besoin. Il y a une quatrième réforme très importante; c’est la participation de la Francophonie, de sa voix, au niveau des instances internationales. Que pense la Francophonie et comment la resserrer sur ses questions premières ?

Enfin, le Secrétaire général a demandé aux États, aux ministres, le mandat de continuer les réformes. Pour ce qui est du Gabon, nous lui avons accordé ce mandat à la condition que les chefs d’État et de gouvernement en soient régulièrement informés par nos représentants permanents.

Qu’en est-il de l’action de la Francophonie au Gabon ?

La Francophonie est installée au Gabon, d’ailleurs Libreville abrite le bureau régional de la Francophonie pour l’Afrique centrale et l’océan indien, mais les Gabonais ne le savent pas toujours. La Francophonie accompagne plusieurs initiatives, notamment dans le domaine de la promotion de la langue française, dans le domaine du Campus numérique et dans le domaine des Centres de lecture et d’animation culturelle. Il est vrai que ces efforts de la Francophonie ont rencontré des efforts du gouvernement gabonais et des autorités locales pour que chacun mette sa contribution. Malheureusement là-dessus, nous n’avons pas été très regardants.

La Francophonie agit et précisément, nous souhaitons que, qu’elle soit plus présente notamment dans le domaine du développement économique et social du pays en accompagnant, en finançant les petits projets comme elle le fait dans d’autres pays, dans le domaine de l’agriculture, de l’élevage, du numérique. La Francophonie a beaucoup de choses qu’elle peut faire et elle agit au Gabon. Ce n’est pas encore suffisant, mais c’est à nous de l’amener à agir davantage.

Et la situation d’Haïti, qu’en est-il de ce pays en proie à des crises répétitives ? Qu’en pense la Francophonie qui en a fait un point essentiel de la réunion ?

Vous savez que Haïti traverse des moments difficiles et cela fait presque plus de 20 ans que cela dure. Chaque fois qu’un président a été élu démocratiquement à Haïti, il y a eu des contestations et quand ce ne sont pas des contestations politiques, elles sont sociales liées parfois aux situations humanitaire et sanitaire et même de changement climatique que subit ce pays. Cette fois-ci, depuis plusieurs semaines, Haïti est secoué par une nouvelle crise et l’OIF a chargé notre compatriote, Flavien Enongoué, notre ambassadeur en France de conduire un Comité sur Haïti. C’est bien entendu la reconnaissance des efforts diplomatiques du Gabon, avec le chef de l’état, à sa tête. C’est aussi la reconnaissance du lien que le Gabon a avec Haïti depuis des générations. C’est le président Léon Mba qui, le premier, avait contacté les Haïtiens, ils sont venus au Gabon comme enseignants, médecins, ils ont travaillé chez nous. Le lien que nous avons avec Haïti est un lien particulier parce que le Gabon apporte un soutien distinctif en ce qui concerne la diaspora. Lors de la dernière conférence à Libreville sur les Afro-descendants, cette question a été posée très clairement  par le chef de l’État: la question d’un possible retour. Ce lien est important et nous allons accompagner en tant que gouvernement, les efforts qui sont faits par monsieur Flavien Enongoué à la tête du Comité restreint sur Haïti pour préconiser des solutions. En recevant le ministre haïtien des Affaires étrangères, il a souhaité que ce message soit passé au chef de l’État gabonais. Une fois que j’aurais transmis ce message, je pourrais ensuite indiquer ce que le Gabon entend faire, en dehors du Comité restreint qui est de l’ordre du multilatéral, pour soutenir et accompagner ce pays dans ses efforts.

Les prochains jeux de la Francophonie, en 2021, se tiendront en RDC. Qu’est-ce qui a prévalu pour le choix de ce pays de l’Afrique centrale ?

Ça a été un enjeu important. Un certain nombre d’États du nord qui sont de gros contributeurs de la Francophonie souhaitaient que ces jeux se déroulent dans les pays du nord. Les États africains et quelques autres pays du nord ont estimé que Kinshasa a fait de très gros efforts et que la République démocratique du Congo est aujourd’hui le premier pays de l’espace francophone et qu’il était important de lui accorder cette possibilité d’accueillir la jeunesse francophone. C’est une très bonne chose. Le Gabon a soutenu cette candidature qui a été heureusement validée. Nous félicitons à nouveau, nos frères de la RDC pour ces jeux en 2021 à Kinshasa en espérant que les Gabonais seront présents.

 
 

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