Distillées à longueur d’interviews à la commande, les certitudes du directeur de cabinet du président de la République ne laissent personne indifférent. Faut-il s’appuyer sur les relations familiales, au risque de tomber dans le mélange des genres ? Ne vaut-il pas mieux laisser au Premier ministre, au porte-parole du gouvernement ou à la présidente du Sénat le monopole de la parole publique ?

Se prévalant d’une proximité d’avec le président de la République, Brice Laccruche-Alihanga en oublie une donnée essentielle : son patron n’est plus intervenu publiquement depuis un peu plus de deux mois. Du coup, ses confidences sont prises pour des lubies. © YouTube

 

Depuis le déclenchement des ennuis de santé d’Ali Bongo, Brice Laccruche-Alihanga alimente la controverse. Les uns le présentent comme l’un des animateurs d’un fameux “triumvirat” censé expédier les affaires courantes (lire «Le regard de Bengono Nsi»). D’autres le décrivent comme un jeune loup à l’ambition dévorante. S’étant toujours illustré par un activisme débridé, le directeur de cabinet du président de la République s’efforce d’exister. À travers des articles de presse ou des interviews à la commande, il distille ses certitudes (lire «Chaque jour le président travaille»). Si une partie de l’opinion lui prête l’intention de devenir calife à la place du calife, une autre l’accuse de chercher à créer les conditions d’une dévolution monarchique du pouvoir. Dans tous les cas, il ne laisse personne indifférent.

Combinaison politicienne

Peu importent ses motivations, Brice Laccruche-Alihanga confond haute administration et politique. Il assimile les cabinets politiques aux institutions de la République. Se prévalant d’une proximité d’avec le président de la République, il en oublie une donnée essentielle : son patron n’est plus intervenu publiquement depuis un peu plus de deux mois. Du coup, ses confidences sont prises pour des lubies. Autrement dit, du fait des incertitudes sur la situation réelle de son mandant, son propos convainc peu. N’étant ni une garantie de transparence ni un gage de responsabilité, la proximité supposée ne saurait devenir un indicateur de sincérité. Bien au contraire. L’opacité savamment entretenue ne milite pas pour l’établissement d’un climat de confiance.

Distillées çà et là, les assurances sur le fonctionnement régulier de l’Etat rencontrent un écho peu favorable. Après deux mois de dissimulation, d’hésitations et de demi-vérités (lire «Le BDC contre la confiscation de l’information»), plus grand monde ne croit en la parole officielle. Acteur majeur, complice ou spectateur engagé ? Le directeur de cabinet d’Ali Bongo doit assumer sa part de responsabilité dans ce vaudeville. Surtout, depuis le 27 novembre dernier et le post de Sylvia Bongo, faisant état d’une convocation de certains membres du cabinet présidentiel à Rabat au Maroc (lire «Ali Bongo quitte Riyad»). Dans une affaire marquée par le primat du secret médical, cette annonce fut perçue comme une combinaison politicienne. De nombreux observateurs y virent un subterfuge visant à faciliter la sortie du territoire à Brice Laccruche-Alihanga, notamment. Malgré les faibles dénégations officieuses, ces soupçons demeurent. L’opinion peut-elle croire en la véracité de ses dires dans un tel contexte ? On peut en douter.

Respect de l’esprit de nos institutions

De toute évidence, Brice Laccruche-Alihanga surfe sur une légende : l’omnipotence du cabinet présidentiel. Malheureusement, en absence du président de la République, tout atteste de sa perte d’influence. Si personne ne saurait lui reprocher d’essayer d’exister, il paraît utile de lui rappeler l’esprit de nos institutions. Autrement dit, il est urgent de l’inviter à une meilleure prise en compte des dispositions constitutionnelles, notamment les articles 13 et 14. Plus précisément, il est nécessaire de l’appeler au respect des modalités de gestion de cette période particulière. Après tout, la vacance comme l’intérim sont clairement codifiés. Mieux, même si la suppléance n’est pas toujours bien définie, aucun texte ne mentionne le rôle du directeur de cabinet.

En s’exprimant hors de toute considération juridique ou institutionnelle, Brice Laccruche-Alihanga en rajoute à la cacophonie ambiante. En essayant à tout prix d’en imposer, il contribue à la transformation du jeu institutionnel en combat de coqs. En s’appuyant sur ses relations privées ou familiales, il entretient le mélange des genres. Au final, il se pose en acteur de la régression démocratique. Agit-il conformément à sa conception de l’Etat de droit ? Manifestement, il gagnerait à laisser au Premier ministre, au porte-parole du gouvernement ou à la présidente du Sénat le monopole de la parole publique. Et pour cause, de la place de choix subitement occupée par le vice-président de la République, Pierre-Claver Maganga-Moussavou, il peut tirer un enseignement : face aux dispositions constitutionnelles, les batailles d’égo finissent toujours par montrer leurs limites…

 
 

18 Commentaires

  1. Léon Nkogue dit :

    Ali Bongo est mort. Le reste, c’est pour gagner du temps. Sa famille et toute la bande ne s’y attendaient pas. Alors on veut gagner du temps pour réfléchir sur l’héritage. Le roi du Maroc à peur aussi pour ses intérêts au Gabon. La France, n’en parlons pas, idem… C’est la panique dans le navire du pirate Bongo.

  2. Alihanga dit :

    Alihanga a dit dans son interview que c’est la presidence quiva relayer les instructions d’Ali Bongo. Une façon de dire que l’executifs prendra desormais les ordres auprès de lui. Ainsi on append que c’est Alihanga qui assure l’interim officieux d’Ali Bongo.

    • bill ngana dit :

      Le Gabon, mon pays, n’a pas besoin de Président de la République “officieux”. Les textes sont clairs ; il faut simplement les appliquer. Que tous ceux qui ont un projet pour le Gabon, le soumettent à la critique des Gabonais. Vouloir une plus longue durée de l’absence du PR, c’est simplement chercher à se faire du magot. Sur le dos des Gabonais. C’est pourquoi, personnellement, je demande à la génération aux commandes de notre pays, de faire à tout prix la démonstration de son honnêteté.

  3. Hors mis Mbourantso, deux autres personnes doivent être mis hors d’état de nuire; il s’agit de Frédéric Bongo et de Laccruche Alihanga.
    Qu’on se le dise, Lambert MAttha ne pèse pas devant Frédéric Bongo qui s’est octroyé tous les pouvoirs du Ministère de l’intérieur.Il ne sert plus à rien de demander une autorisation de manifester ; même avec l’accord de Lambert Mattha, aucune manifestation de l’opposition ne se tiendra au Gabon car Frédéric Bongo s’est transformé en Président par intérim pouvant mettre aux arrêts tout ministre contrevenant. Pour la petite histoire, qui a ordonné la mise en garde à vue de Bilié Bi Nzé ?
    Alihanga détient le cordon de tous les détournements massifs des deniers public vers l’ étranger.

  4. yiantchié dit :

    Tombouctou fait le parapluie de Nourreddine El Omar? ou bien il pointera ossi ché ya mado?

    Omar ssassou a un œil vigilant sur les faits et gestes de son patrimoine.

    oyo oyooooo

  5. Ikobey dit :

    Depuis la maladie du Président, les rumeurs les plus folles ont couru et courent toujours .
    C’est le “on nous cache tout, on nous dit rien!”. Certains se réjouissent de cette ambiance complotiste , à qui profite le “crime” aussi bien dans l’opposition que parmi les proches du gouvernement ?
    A cette hystérie, Brice Laccruche Alihanga dit en termes simples et précis l’état de santé du Président.
    On peut regretter que d’autres ne l’aient pas annoncé avant, mais à qui la faute ? C’est bien parce qu’il dit la vérité que certains voudraient lui couper la langue.

  6. Benoite dit :

    Je valide le contenu de cet article de Gabon Review qui vient rappeler à chacun son rôle en cette période trouble.
    Oui, Action et parole reviennent au Senat, institution jouant le rôle des deux chambres et composés d’élus ainsi qu’au Gouvernement.
    Le directeur de cabinet ne peut pas s’exprimer au nom de la PR alors qu’il y a un Secrétaire général de la PR et un porte parole.
    Chers jeunes, apprenez d’abord à connaître l’organisation et le fonctionnement des Institutions de votre pays. Le Gabon est un État de Droit et non un club de copains.
    Mme la Présidente du Sénat, M. le Premier Ministre, prennes vos Responsabilités .

  7. Melchisédech dit :

    J’ai fait un constat tout simple quel est le rôle d’un DC de chef d’Etat ? En Europe ou au États Unis et même dans certains pays africains, le DC d’un chef d’État est quelqu’un de discret et effacé personne ne voit sinon beaucoup ne connaissent presque pas le DC de macron mais ici dans notre pays le Gabon nous avons même l’impression que le DC devient même plus populaire que son Chef

  8. Félix AYENET dit :

    Il y a trop de confusions, Laissons le temps au temps…

  9. Francis dit :

    article propre et dosé!

    un DC envahissant qui gesticule de partout! Il est sorti de son rôle! il se prend pour le 1er Ministre et porte parole du Gouvernement. c’est dommage… en voulant aller dans tous les sens, il suscite le rejet des Gabonais et même de la majorité.

    les Ministres et le Gouvernement en général (expérimentés qu’ils sont dans la politique et les affaires d’Etat) le laisse faire car de leurs expériences ils sont convaincus qu’il va se briser la tête seul!!!!

  10. Fine bouche dit :

    Il a l exemple d Accrombessi mais il pense que son sa couleur de peau va lui donner une valeur ajoutée et est une garantie de credibilte. Mme Milebou ne comptez pas sur elle ils ne sont pas aux postes qu’ ils occupent faire ce que la loi les institutions attendent d eux mais ce que leur mentor leurs ordonné. Ils sont nommés par décret ou affinités

  11. SERGE MAKAYA dit :

    En tout cas, le MAROC n’a rien a voir dans notre pays, SVP… J’ai travaillé au B2, et je sais comment cela fonctionne. Le Maroc, la France, les Émergents, les bongoistes et les PDGISTES qu’ils LIBÈRENT LE GABON SVP… POUR TOUJOURS…

  12. Mboung dit :

    Vous savez, quand vous commencez à mentir il devient très difficile de faire marche arrière.(y a qu’ à bien observer certains ici) On est même tenté de mentir davantage. C’est un peu comme contracter un crédit pour en rembourser un précédent…Pfff !! juste pitoyable !!!!

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