«Pour une fois les Gabonais peuvent être fiers de leur justice. (Une) justice qui résiste aux pressions du pouvoir», selon le mot de Ange Kevin Nzigou. Par décision rendue ce 12 août à Libreville, la Cour d’appel a rejeté la demande, introduite par la défense d’Ali Bongo, d’un retrait à cette juridiction du dossier relatif à la sollicitation d’une expertise médicale par le collectif Appel à agir. Sauf extraordinaire, l’audience de plaidoirie sur le fond aura lieu le 26 août.

Avec quelques soutiens et leurs avocats, une partie des membres de l’Appel à agir, le 23 juillet 2019 sur le perron du tribunal de Libreville. © Gabonreview

 

L’affaire opposant le collectif Appel à agir à Ali Bongo quant à la désignation d’un médecin-expert pour évaluer les aptitudes physiques et cognitives de celui-ci à assumer sa fonction de président du Gabon, s’achemine vers la tenue d’un procès.

La Cour d’appel judiciaire de Libreville vient, par décision rendue le 12 août, de débouter la requête d’annulation introduite par Ali Bongo à travers ses conseils. Du coup, sauf par miracle ou prouesse judicaire, l’affaire sera examinée au fond devant la Cour d’appel. L’audience de plaidoirie aura lieu le 26 août prochain.

Examinée le 29 juillet dernier, l’affaire avait été renvoyée suite à une requête d’annulation introduite par les conseils d’Ali Bongo. Dans les faits, au motif qu’il est président de la République, les avocats d’Ali Bongo avaient sollicité de la Cour de cassation le retrait du dossier à la Cour d’appel. Apres avoir statué conformément à la loi, celle-ci a rejeté la requête d’annulation, estimant qu’elle relève «d’une pure malice et était contraire à la loi», selon le mot Paulette Ayo Mba Akoli, présidente de la Cour d’appel de Libreville. Par la même occasion la Cour d’appel s’est déclarée compétente à juger de l’affaire. Elle a renvoyé les deux parties à comparaitre le 26 août.

Très rare pour ne pas être soulignée, la décision a été qualifiée de courageuse et d’historique par les membres de l’Appel à agir. «Ali Bongo avait voulu que ce procès n’ait jamais lieu. Il est allé jusqu’à saisir la Cour de cassation. Mais la décision de ce jour vient de démontrer qu’il ne faut jamais désespérer de rien. Les Gabonais désespèrent de leur justice et à raison. Les gabonais ont un triste souvenir de la présidente actuelle de la Cour d’appel. Ils étaient nombreux à nous dire que ça ne servait à rein de faire ce que nous faisions. Cette dame vient nous faire la démonstration qu’un être humain peut revenir à la raison à tout moment», a commenté Jean Gaspard Ntoutoume Ayi, membre du collectif des plaignants.

Même son de cloche pour Franck Ndjimbi : «C’est un message envoyé à tous ceux qui doutent, à tous ceux qui ne croient plus, à juste raison d’ailleurs, en la capacité de la justice gabonaise à dire le droit. On leur dira simplement qu’oser c’est suivre plutôt son intuition que sa conviction. Oser c’est aussi suivre son cœur que son cerveau. Donc nous avons osé. Nous avons essayé. Comme toujours, nous le disons : 100 fois sur le métier nous remettrons l’ouvrage. Nous essayerons de mettre les institutions face à leurs responsabilités. Aujourd’hui la président de la Cour d’appel a pris ses responsabilité. J’espère qu’elle ira au bout pour le triomphe du droit, de l’Etat de droit et le bien-être du Gabon».

Pour sa part Ange Kevin Nzigou, un autre membre du collectif, se dit optimise quant à la suite des évènements. «Il est rare qu’on se soumette au droit, qu’on respecte le droit au Gabon. La décision qui vient d’être rendue est exceptionnelle, en ce que pour une fois les Gabonais peuvent être fiers de leur justice. Ils peuvent pour une fois, être honorés par la justice qui résiste aux pressions du pouvoir. Si la président de la Cour n’est pas menacée, intimidée voire arrêtée entre temps, peut être que qu’on verra le bout de cette affaire».

Approché par Gabonreview, Me Bhongo Mavoungou, l’un des conseils d’Ali Bongo, a indiqué qu’il n’était pas opportun pour lui de se prononcer sur le coup. Il entend s’exprimer après concertation avec son client.

 
 

6 Commentaires

  1. Gayo dit :

    La foi des gabonais ne doit jamais faiblir. Refuser de continuer à presser et éprouver nos institutions c’est accepter la défaite devant l’arbitraire. S’il faut aller voter, nous allons voter malgré la fraude. Si vous subissez une injustice portez plainte malgré la corruption. Ce sont des devoirs. Tout oeuvre humaine est faillible, meme la fraude. Si ce n’est pas le cas, on ne dirait 99 jours pour le voleur. Il y a toujours 1 jour pour le propriétaire. Si on se laisse gagner par le désespoir ce 100ième jour aussi vous échappera.

    • Rhody Junior dit :

      Parfaitement frère Gayo, merci pour ce message réconfortant… Si toute oeuvre humaine est faillible c’est que la fraude et la corruption le sont aussi. Même si cette plainte n’aboutie pas au final, mais la pugnacité de nos frères et sœurs ainsi que c’est toutes petites victoires redonnent confiance dans le combat pour la liberté.

  2. Isabelle dit :

    Pourvu que cela ne soit pas une nouvelle manoeuvre du Quai d’Orsay. Il faut vraiment se méfier de cette nébuleuse (cette mafia) qu’est la francafrique.

  3. Ndong Alexis dit :

    Peut-être que sa mort sera annoncée avant le 26 août. Peut-être… Moi je ne crois pas du tout à cette justice, du moment où il y a beaucoup de gabonais qui croupissent en prison pour n’avoir absolument rien fait. Exemples: Bertrand ZIBI ou Landry Amiang, pour ne citer que ces deux personnes. La justice gabonaise est donc devenue impartiale quand il s’agit de BOA, mais pas avec les innocents prisonniers politiques ? Réfléchissez un peu, et dites vous bien qu’il y a ici anguille sous roche.

  4. Ipandy dit :

    Cette décision qualifié de courageuse, l’est grâce à la courageuse initiative du collectif appel à agir. Mon souhait et je pense celui de nombreux gabonais est que votre dynamique ne soit pas tué par les problème d’égo,la cupidité et tous ce qui a souvent tué les organisations qui, avant vous,ont voulu œuvré pour les gabonais sans voix. Je tiens à vous adresser mes félicitations pour cette première victoire.

  5. moundounga dit :

    Bjr Morceau choisi: “La décision qui vient d’être rendue est exceptionnelle, en ce que pour une fois les Gabonais peuvent être fiers de leur justice. Ils peuvent pour une fois, être honorés par la justice qui résiste aux pressions du pouvoir. Si la président de la Cour n’est pas menacée, intimidée voire arrêtée entre temps, peut être que qu’on verra le bout de cette affaire». Croisons les doigts !!!

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