Là où certains plaident pour un de pacte de l’oubli, ces demandes doivent songer à la création d’un mécanisme de mise à disposition d’informations sur les exactions dissimulées tout en insistant sur la responsabilisation des parties. Quand d’autres militent pour une amnésie collective, elles doivent chercher à restaurer la dignité des victimes tout en leur offrant des garanties de non-répétition.

Tous les appels à la réconciliation nationale font la promotion d’une amnistie préjudiciable au vivre-ensemble. © Gabonreview/Shutterstock

 

C’est une des antiennes les plus entonnées depuis la présidentielle d’août 2016. À chaque difficulté éprouvée par le corps social, il se trouve un politique pour la ressortir. Après la proposition de loi d’amnistie formulée par Emmanuel Issoze-Ngondet (lire «Ils n’en veulent pas»), après les suggestions de Louis-Gaston Mayila et ses alliés de «l’opposition modérée» (lire «Appel à la réconciliation»), après les préconisations de Paul Mba Abessole et les «Notables de la République» (lire «Pour une réconciliation»), c’est maintenant au tour des religieux d’appeler à la réconciliation nationale (lire «Appel au pardon»). Ayant systématiquement fait long feu, ces initiatives se rejoignent sur un point : la nécessité de décrisper le climat socio-politique ou, tout au moins, de créer les conditions de pourparlers au sein de la classe politique. C’est dire si elles ont un air de déjà entendu. C’est aussi dire si elles rappellent «l’Appel à la paix des braves», lancé au lendemain de la présidentielle contestée de décembre 1993.

Ne pas subir le passé

Au regard des expériences du passé, ces initiatives peuvent légitimement être balayées d’un revers de main. Mais, elles posent un problème de fond. Malgré les quolibets de la société civile, en dépit de l’exaspération manifestée par l’opposition, nonobstant l’indifférence du pouvoir, la demande de réconciliation nationale fait encore sens. Cependant, pour plus de crédibilité, elle doit tenir compte des fondamentaux éprouvés sous d’autres cieux. Là où certains plaident pour un pacte de l’oubli, elle doit préconiser un pacte de la mémoire. Quand d’autres militent pour une amnésie collective, elle doit défendre l’expression de la vérité. Autrement dit, elle doit songer à la création d’un mécanisme de mise à disposition d’informations sur les exactions dissimulées tout en insistant sur la responsabilisation des parties. Elle doit, tout à la fois, chercher à restaurer la dignité des victimes tout en leur offrant des garanties de non-répétition. Pour tout dire, elle doit s’inscrire dans la quête d’une vision globale et prospective de la société. Autrement, elle ferait l’impasse sur la construction de l’Etat de droit et de la démocratie.

À ce jour, tous les appels à la réconciliation nationale se ramènent à une volonté de parvenir à la cohésion sociale au prix de l’impunité. En d’autres termes, ces requêtes font la promotion d’une amnistie préjudiciable au vivre-ensemble. Or, pour mieux envisager l’avenir, les sociétés traumatisées ont le devoir de revisiter leur passé. Mieux, elles doivent s’accorder sur un récit national éloigné des considérations politiciennes. En dénonçant «(les) idéologies mensongères qui maintiennent nos concitoyens dans des niveaux d’irresponsabilité, d’aveuglement et de manque de discernement (…)», les religieux n’ont pas dit autre chose. Sans s’en rendre compte, ils ont acté la nécessité de ne pas subir le passé. Involontairement, ils ont reconnu l’obligation pour chacun de répondre de ses actes.

Processus historique

Comme d’autres avant eux, les religieux ont mal cerné les notions de «pardon» et «réconciliation nationale». En se contentant de mettre à l’index «l’injure, la violence verbale, la méchanceté gratuite, l’intolérance, la désinformation et les propos qui véhiculent la haine et la division», ils ont enjambé les violations des droits de l’homme, minimisant ainsi la responsabilité des institutions dans les dérives observées. Au-delà, ils ont omis une réalité : si les négociations débouchent souvent sur des compromis, leurs résultats résistent rarement à l’épreuve du temps. On l’a vu avec les «Accords de Paris», les «Accords d’Arambo», le «Dialogue d’Angondjé» (lire «L’opposition dénonce le tripatouillage des Actes du Dialogue») et, dans une certaine mesure, la Conférence nationale. La «réconciliation nationale» peut-elle être envisagée comme suggérée par Basile Mvé Engone, Augustin Bouengone, Michel Francis Mbadinga et Ismaël Oceni Ossa ? On ne peut le soutenir…

Déjà, moins d’une semaine après la remise de leur mémorandum, quatre faits ont semé le doute sur la volonté du pouvoir d’en finir avec ce climat de tension socio-politique : suspension du premier président de la cour d’appel de Libreville par le secrétaire général de la Chancellerie, interdiction de sortie du territoire national infligée au vice-président du parti Les Démocrates et, last but not least, suspension de l’accréditation du correspondant de Radio France international (RFI) et de votre web magazine. Peu importent les motivations de ces décisions, un rappel s’impose : la réconciliation nationale ne se décrète pas. Au Gabon comme ailleurs, elle sera le résultat d’un processus historique et de concessions mutuelles.

 
 

10 Commentaires

  1. Ossouka dit :

    La réconciliation nationale ne peut pas se faire sans avoir au préalable réglé le contentieux présidentiel de 2016. Jean Ping est le président élu du Gabon. Qu’on l’installe comme président élu. Puis suivra la réconciliation nationale.

  2. CHRISTINE Madeleine dit :

    Après chaque hold-up électoral, le régime satanique des Bongo (appuyé par le Quai d’Orsay) a toujours voulu une réconciliation nationale. Et elle s’est souvent faite.

    Mais le dernier hold-up, terminé dans le SANG, avec la bénédiction du Quai d’Orsay, nous pousse à refuser désormais toute forme de réconciliation nationale.

    Une seule condition est requise: revenir au contentieux de 2016, et remettre au gagnant (Jean Ping) les clés du Bord de Mer. Il n’y a pas d’autres propositions que celle la.

  3. patricia dit :

    Merci Mme Boueguedi. La qualite de votre plume est la hauteur de son contenu. Votre article m’a fait du bien car vous avez mis des mots justes et pertinents sur mes emotions inexprimables.

  4. Lucas dit :

    Il ne peut y avoir de véritable réconciliation nationale sans au préalable certaines conditions, par devoir de mémoire après l’assaut du QG de monsieur Jean Ping ce clergé qui appelle à la réconciliation nationale aujourd’hui n’avait pas rempli son devoir de vérité envers le peuple et envers Dieu mais s’était plutôt empressé à aller à un monologue sans véritable camp adverse car les deux forces majeures durant les élections étaient le camp de Ping et celui de Ali Bongo.
    Pour qu’il y ait réconciliation nationale la majorité doit reconnaître les tueries et demander pardon aux victimes ainsi qu’aux familles afin que celles – ci puissent faire leurs deuils, construire un mausolée avec une stèle ayant les noms de tous les martyrs tombés en 2016 pour que plus jamais cela ne se reproduise dans ce pays, la liberté des exilés politiques à revenir chez eux, la libérations des prisonniers politiques sans condition.
    Ceci à mon avis est une base de bonne foi pour un appel à réconciliation nationale, nous sommes tous Gabonais et le Gabon a besoin de tous ses enfants pour être en paix et pouvoir se développer.

  5. Mezzah dit :

    Au regard de l’état de dégradation avancée dans lequel se trouve le Gabon, la réconciliation de tous ses enfants n’est pas une option mais une obligation afin d’assurer le mieux vivre ensemble pour les générations futures.
    Seulement la réconciliation ne se décrète pas, il faut poser les bases nécessaires à l’édifice de cette énorme oeuvre.
    1- le pouvoir actuel qui n’est pas reconnu par le plus grand nombre doit déposer les armes
    2- la justice doit être rendue pour que ceux qui ont tué, volé, mis le pays à terre soient punis
    3- un hommage national doit être célébré pour tous ceux qui sont morts en voulant défendre le pays qu’ils n’ont pas choisi.

    je suis certain de n’avoir pas énuméré toutes les conditions, à chacun d’apporter sa contribution.

  6. Pascaline dit :

    Une réconciliation nationale qui est comme si tu donnais un os à un chien pour qu’il se calme ? Non, merci!

    Seule condition:remettre le pouvoir au gagnant de la présidentielle. Après, nous allons nous réconcilier.

    NB: il y a eu TROP de réconciliations pièges. Nous n’en voulons plus.

  7. SERGE MAKAYA dit :

    Gabonreview, vous êtes ma seule “plate forme” où je peux m’exprimer. Alors, quand je fais passer un message particulier à un gabonais, merci de le publier si possible. Mes comptes (facebook et Twitter) ont été fermés. Je sais que le pouvoir me cherche.

    Ancien du B2

    • Serge Makaya dit :

      Merci beaucoup à gabonreview!!!
      Nous devons continuer à nous battre pour libérer notre pays du joug BONGOISTE – PDGISTE – AJEVISTE – FRANCAFRIQUE. 59 ans de dictatures, c’est TROP. Il faut que cela cesse maintenant.

      Même ceux qui sont au PDG, à un moment, il faut vous poser la question de savoir pourquoi notre pays beaucoup plus riche que d’autres pays africains ne s’en sort pas du tout. L’une des réponses est que nos richesses sont gérés par des étrangers. Omar Bongo n’était pas un vrai gabonais. Idem pour son fils adoptif BOA qui est MORT depuis octobre dernier. Voilà maintenant qu’on nous envoie un marseillais. Sans oublier le britannique qui gère maintenant notre forêt. Tout cela est inadmissible.

      IL NOUS FAUT AU PLUS VITE LIBÉRER LE GABON DE SA SERVITUDE. Vive Jean Ping, notre président élu. Vive le Gabon libre (pour bientôt, nous l’espérons)…

  8. Fiacre dit :

    Combien y aura t’il de réconciliations nationales ? Il n’y a que ça avec le régime usurpateur, depuis 1960. Régime soutenu par le Quai d’Orsay. Cessez de vous foutre du peuple gabonais.

    Vous voulez la réconciliation nationale ? Remettez-nous d’abord les clés du Bord de Mer. Puis la réconciliation suivra. Sans cela, il n’y aura pas de réconciliation de façade.

    Vive Jean Ping, le président élu du Gabon.

  9. Kiram dit :

    Il n’y aura pas de reconciliation sans justice.il faut commencer par mettre en prison ces franc-macons qu’on nomme pompeusement ” les religieux”:c’est un cancer incurable dont on doit à tout prix se debarasser.le 31 aout 2016, les pd-emergents sont allés trop loin,ils ne meritent aucun pardon. Les responbles doivent simplement payer le prix de leur mechanceté. Vous avez perdu les elections, vous avez assassiné les gens gratuitement comme des moutons et c’est vous qui venez crier à la reconcialiation, non!non et non.

Poster un commentaire


 

 
 

RECEVEZ LE BULLETIN D’INFOS MATINALES DE GABONREVIEW