Au-delà du rituel républicain ou de la preuve de vie, le discours du 31 décembre dernier revêtait des enjeux moins avouables.

Peut-on organiser la prestation de serment du gouvernement devant le président de la République, en présence de la Cour constitutionnelle à plus de 6 000 kilomètres de Libreville ? Ne serait-ce pas une façon de présenter notre pays comme une curiosité ? © Gabonreview/Shutterstock

 

On peut en prendre le pari : ce discours fera date. Pendant près de trois minutes, Ali Bongo s’est exprimé le 31 décembre dernier (lire «Je vais mieux» https://www.gabonreview.com/blog/discours-a-la-nation-ali-bongo-je-vais-mieux-et-me-prepare-a-vous-retrouver-tres-vite/ ). Au-delà du rituel républicain ou de la preuve de vie, sa sortie revêtait des enjeux moins avouables. L’essentiel de la stratégie du pouvoir en place repose sur elle. Loin de tout procès d’intention mais sans naïveté aucune, une analyse prospective s’impose.  Habitués des lambris et ors de la République, se nourrissant sur la bête, de nombreux détenteurs de l’autorité publique militent pour le risque zéro. Depuis un peu plus de deux mois maintenant, ils déploient des trésors d’ingéniosité, rivalisent de propositions, pour masquer la réalité. Entre mensonges et interprétations spécieuses des textes, ils entretiennent le flou artistique.

Quelque chose de pittoresque

Les semaines à venir s’annoncent chargées d’incertitudes. Avec l’élection du bureau de l’Assemblée nationale, le mandat des députés débutera le 11 janvier courant. Le 1er mars prochain, la première session parlementaire devrait normalement s’ouvrir. Se posera ensuite la double question de la démission du Premier ministre et de la nomination d’un nouveau gouvernement. En marge du débat sur la validité des actes pris dans les locaux d’une ambassade (lire «L’extraterritorialité selon Rossatanga-Rignault» https://www.gabonreview.com/blog/ali-bongo-au-maroc-lextraterritorialite-selon-rossatanga-rignault/ ), de nombreuses interrogations demeurent. Au vu des images présentées au soir de la Saint-Sylvestre, Ali Bongo est-il réellement en capacité de se concentrer sur le choix d’un Premier ministre et des ministres ? Au-delà, on peut s’interroger sur les conditions d’entrer en fonction du prochain gouvernement. Prévue à l’alinéa 4 de l’article 15 de la Constitution, la prestation de serment pourrait être difficile à organiser.

Dans les rangs du pouvoir, nombreux perçoivent ces réserves comme des pinailleries politiciennes. Or, comme dit un adage bien connu, le diable se cache dans les détails. Si le lieu n’influence nullement la validité d’une assermentation, le décorum compte. Peut-on organiser la prestation de serment du gouvernement devant le président de la République, en présence de la Cour constitutionnelle à plus de 6 000 kilomètres de Libreville ?  Combien coûterait une telle opération ? Ne serait-ce pas une façon de présenter notre pays comme une curiosité ? Entre les différents ministres, les juges constitutionnels et les officiers ministériels, comment serait ensuite présentée la situation réelle d’Ali Bongo ? N’y a-t-il pas risque d’assister à une multiplication des versions et vérités sur son état de santé ? Sauf si la Cour constitutionnelle venait à découvrir une nouvelle lacune à combler, ce scénario aurait quelque chose de pittoresque.

Respect des textes

Certes, le pouvoir n’a pas pour habitude de se fixer des limites. Mais, il faut une bonne dose d’irresponsabilité pour songer à déplacer et le gouvernement et la Cour constitutionnelle à Rabat. La confiance populaire, le respect des pairs et, la respectabilité d’une nation ne se décrètent pas. En politique comme en diplomatie, rien n’est dû. Tout se construit et s’entretient. Une fois de plus, la prospective s’impose. La gestion de la période actuelle doit gagner en transparence. Peu importent les arrière-pensées politiciennes, il faudra bien dire si l’empêchement du président de la République est temporaire ou définitif. Comme le suggère une partie de l’opposition, il faudra aussi apprécier si l’intérim temporaire (peut) excéder (les 60 jours prévus) (en cas de) vacance définitive (lire «44 partis proposent une transition de 2 ans» https://www.gabonreview.com/blog/indisponibilite-dali-bongo-44-partis-de-lopposition-proposent-une-transition-de-2-ans/ ). Pour leur fécondité, ces exercices doivent être menés dans le seul but de sortir le pays de l’impasse actuelle, loin de toute forme de pression.

Eu égard aux doutes suscités par le discours du 31 décembre dernier (lire «Un deepfake ?» https://www.gabonreview.com/blog/reapparition-dali-bongo-un-deepfake/  et «Réactions sur RFI» https://www.gabonreview.com/blog/discours-a-la-nation-dali-bongo-les-temps-forts-de-lappel-sur-lactualite/ ), le pouvoir doit revoir sa stratégie. Tout en laissant au Premier ministre la direction des opérations, il doit se soustraire de toute influence extérieure. Ne pouvant indéfiniment éluder les demandes d’expertise médicale, il doit s’astreindre au respect des textes. Après tout, l’article 92 de la loi organique sur la Cour constitutionnelle dispose : En cas de vacance de la présidence de la République pour quelque cause que ce soit ou d’empêchement définitif du président de la République, visés à l’article 13 de la Constitution, la Cour constitutionnelle, sur recours du gouvernement représenté par le Premier ministre, statue sans délai (…) (…) La Cour constitutionnelle peut, en tant que de besoin, faire appel à des médecins experts qui demeurent, en tout état de cause, liés par l’obligation du secret professionnel. À moins de poursuivre d’autres desseins, il est peut-être temps d’y songer.

 
 

19 Commentaires

  1. Bonne chance à la future équipe gouvernementale qui ira faire allégeance à un cadavre à Rabat. Les martyrs du 31 Août 2016 vous tiendront compagnie dans l’avion présidentiel. Continuez à jouer avec le feu….

  2. SERGE MAKAYA dit :

    Tout le monde sait que cet USURPATEUR et ASSASSIN est bien MORT. Et on continue à faire SEMBLANT qu’il est vivant. C’est pourtant une OCCASION en OR pour le Gabon pour pouvoir repartir sur de nouvelles bases beaucoup plus solides.

    Un conseil à tous les hommes et femmes politiques de ce pays. Ne confier plus JAMAIS la nation à une seule personne. Il y a des SOLUTIONS pour cela.

  3. Koek lun dit :

    Ce sera un cas à étudier de toute les façons en droit plus tard

    • bill ngana dit :

      En Australie, les enseignants de l’Université de Melbourne prennent un réel plaisir à faire scruter la vie politique gabonaise par leurs étudiants et à en tirer de réelles leçons de gouvernance.

  4. AIRBORNE dit :

    vraiment , faire votre deplacement pour Rabat pour la ceremonie de prestation de serment à BOA loin des regards de la population gabonais qui ne vous a pas mandaté d’aller faire cette ceremonie en terre etrangere. Ne revenez plus au Gabon reste avec votre dieu BOA, car au retour non seulement votre avions sera bombarder à l’approche , mais derrière vous la population va marcher vers la palais du bord de mer pour installer Ping en votre absence puisque BOA a pris pour résidence Rabat pour diriger le peuple gabonais. Essayez voir , déplacez vous tous pour le Maroc, derrière les choses vont vite changés. Quand un fauteuil présidentiel est vide il faut l’occuper par tout les moyens.

  5. QI dit :

    Le premier ministre va prêter serment devannt…le premier ministre. Le Gabon est une entreprise familiale des Bongo. Un Bongo mort ou extrêmement diminué est plus apte que tout autre gabonais.

  6. FINE BOUCHE dit :

    Combien de temps Ali Bongo tiendra-t-il assis, droit dans ses pantoufles pendant cette prestation du gouvernement. Sera-t-elle filmée, floutée, dissimulée au grand public et les participants iront-ils jusqu’au boutisme dans la complicité de cette forfaiture et pour mettre en décrépitude ce qui reste de la nation Gabon ?

  7. Jorhusse dit :

    Adolf Mossessé, je te dis amen. oui amen selon toi ton vœu et non selon le vœu du Seigneur. Dieu est grand et il fait grâce à qui il veut. Seigneur, puisse le feu consumer tout ce qui ne confesse pas ton nom. Dieu de bonté et de gloire.

  8. sergio dit :

    Ce flou artistique artistique demeurerra jusqu’en 2023 si le peuple gabonais ne prend pas ses responsabilités.

  9. SERGE MAKAYA dit :

    QUE CHERCHE CE POUVOIR USURPATEUR-ASSASSIN EN FAISANT CES VIDÉOS ? C’est de nous mener en bateau. ALI BONGO EST BIEN MORT.

    Dans cette 3ème vidéo (son ridicule discours à la nation), il fait savoir “qu’il sera bientôt de retour”. Et le régime USURPATEUR-ASSASSIN nous montre un BOA vraiment affaibli physiquement. C’est une façon de nous préparer à l’annonce OFFICIELLE de sa mort.

    Ce régime POURRI ne dort pas. Il prépare déjà le futur président (de la famille Bongo ou du clan Bongo). Et si le peuple gabonais ne se réveille pas à temps, il sera bien déçu.

    Si on nous a montré un BOA VRAIMENT affaibli, et faisant savoir qu’il sera bientôt de retour, cela veut tout simplement dire que la prochaine annonce “officielle” sera l’annonce de son “décès” ‘IL EST DÉJÀ MORT DEPUIS OCTOBRE).

    Vous n’êtes pas obligés de me croire. Mais je connais bien ce régime POURRI Bongoistes-PDGistes-Emergents-Françafrique-Maroc. Car tout est lié.

    ENCORE UNE FOIS, J’EXHORTE LE PEUPLE GABONAIS A SE RÉVEILLER. FAIS-LE AU MOINS POUR TES ENFANTS POUR QU’ILS NE CONNAISSENT PAS LA MISÈRE QUE NOUS AVONS CONNUS AVEC LE CLAN BONGO.

  10. Kabore Michel dit :

    Les Bongo vous ont parce que vous êtes un peuple indolent, peureux. Mdr !

  11. bassomba dit :

    Vous n’avez qu’un nom à la bouche:Bongo. Vous avez à faire à tout un système dont Bongo n’est que l’émanation! Vous savez à combien de millions sont payés les Généraux, Colonels etc de nos forces armées? Vous croyez qu’ils prendraient le risque? Puisque je sais que vous ne comptez plus que sur eux, car nous mêmes c’est devant l’ordi

    • Mboung dit :

      Cette maladie consistant à inventer des histoires et à travestir la réalité afin d’exister à tout prix fait ses ravages non seulement chez les politiques et même chez certains séides. La tentation est très grande. La déchéance ultérieure aussi…

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