Si certains ont déversé des tombereaux d’injures sur le premier secrétaire de DN, il faut aller au-delà des évidences. Implicitement, l’homme a publiquement exprimé ses doutes sur la capacité du président de la République à achever son mandat.

Ndemezo’o Obiang. © Gabonactu

 

René Ndemezo’o Obiang s’est exprimé. Au cours des journées de réflexion de son parti, il a évoqué bien des choses. Se disant préoccupé par la situation née des ennuis de santé d’Ali Bongo, il a avancé ses idées. Affirmant vouloir éviter des élections «mal organisées (…) préparées dans la hâte et la précipitation», il s’est dit favorable à la désignation d’un intérimaire jusqu’à la fin du mandat en cours. Si certains ont déversé des tombereaux d’injures sur sa personne, il faut aller au-delà des évidences. Vieux baroudeur de la vie publique nationale, le premier secrétaire de Démocratie Nouvelle (DN) est un homme politique madré. Manœuvrier hors pair, c’est un homme retors. Quand il s’exprime, c’est souvent pour envoyer des messages subliminaux. S’il propose un intérim au-delà des limites fixées par la Constitution, c’est en toute connaissance de cause. N’en déplaise à ses contempteurs, il vient de lever un lièvre.

Une solution politique librement négociée et acceptée

Si au plan juridique, la proposition de René Ndemezo’o Obiang peut prêter à sourire, au plan politique elle est lourde de sens. La loi n’étant pas rétroactive, aucune modification constitutionnelle ne peut conduire à enjamber l’article 13 de la Constitution. Les seules dispositions opposables, en cas d’intérim,  sont celles en vigueur le 27 septembre 2016, date de la prestation de serment d’Ali Bongo. En d’autres termes, seul un intérim assuré par le président du Sénat, pour une période pouvant varier de 30 à 60 jours, est envisageable juridiquement. Ni le président de l’Assemblée nationale, ni le Premier ministre, surtout pas le secrétaire général de la présidence de la République ou le directeur de cabinet du président de la République ne peuvent se poser en recours. Si une révision constitutionnelle venait à décider de la réduction de la durée du mandat, viendrait-il à l’idée de quiconque de suggérer l’interruption du mandat en cours ? Nul ne peut le soutenir. On l’a vu au Sénégal : malgré le passage au quinquennat en 2001, Abdoulaye Wade était bien allé au terme de son septennat.   

A moins de militer pour les bricolages juridiques, personne ne peut envisager un intérim dépassant les 60 jours. Sauf, bien entendu, si une solution politique est librement négociée puis acceptée. Ayant régulièrement exprimé leurs réserves sur le cadre juridique et institutionnel, les forces sociales peuvent très bien adhérer à une telle option.  

Appliquer les dispositions juridiques sur l’empêchement définitif

Les railleries n’ont jamais contribué à élucider une pensée ou à en mesurer la portée. Le propos de René Ndemezo’o Obiang mérite d’être analysée avec froideur. Dans le fond, le Premier ministre secrétaire de DN a lancé un ballon d’essai. Partisan d’une solution politique, il a voulu ouvrir le débat. Implicitement il a éclairé d’un jour nouveau la polémique sur les réelles capacités cognitives d’Ali Bongo. Autrement dit, il a publiquement exprimé ses doutes sur la capacité du président de la République à achever son mandat. Il s’est tout autant inquiété de l’activisme de personnes ne disposant ni de la qualité ni de l’aptitude légale pour diriger le pays. Son propos est, à tout point de vue, un double aveu. Après tout, le président du Conseil économique social et environnementale (CESE) fut reçu à la présidence de la République, le 26 mars dernier. S’il parle d’intérim c’est sans doute en raison de sa propre expérience, de son ressenti et de son idée de la réalité de l’état de santé du président de la République.

Jusqu’ici, toutes les personnes ayant rencontré Ali Bongo se murent dans un mutisme éloquent. Pourquoi devrait-on faire une lecture au premier degré de la sortie de René Ndemezo’o Obiang ? Au lieu de se confondre, selon leurs intérêts, en imprécations ou admonestations, observateurs, leaders d’opinion et dirigeants d’institutions gagneraient à appliquer les dispositions juridiques sur l’empêchement définitif, particulièrement l’article 92 de la loi organique sur la Cour constitutionnelle. Faire toute la lumière sur les capacités physiques et cognitives d’Ali Bongo ? La République, la démocratie et le Gabon n’ont rien à y perdre. Bien au contraire, ils ont tout à y gagner.

 

 
 

3 Commentaires

  1. Hô Chi Minh dit :

    Notre problème à nous(gabonais) c’est la facilité à laquelle nous exprimons l’état de notre coeur face aux faits .Quoi qu’il en soit ,Ndemezo regarde le long terme ,c’est là bas réside son intérêt plus avec le pdg d’où l’idée de crée une coalition à lui afin de pouvoir négocier au lendemain du deuxième tour.IL sait également que la coalition de Jean Ping pourrait imploser si il ne parvient pas à reconsidérer certaines de ses attitudes (août 2016).
    À côté de la réalité sur l’état de santé d’Ali Bongo ,ça devrait être l’autre vision du camarade Ndemezo (de retour d’Albanie ).

  2. Paul Bismuth dit :

    Seul des intérêts particuliers empêchent que ne soit constaté un empêchement définitif. De toute manière toute l’histoire politique de ce pays n’a jamais été que la recherche et la conservation des intérêts égoïstes au détriment de ceux de la masse.

  3. JAMES DE MAKOKOU dit :

    Voici un opportuniste professionnel, il arrive toujours à se maintenir.. et là il a essayé de dire haut ce que tout le monde pense si bas.. la vacance du pouvoir va se prononcer et il essai voir des strategies qui peuvent se mettrent en place.. et voir la modification de la constitution, sauf qu’il n’est pas juriste malgre ses années au pouvoir a ne rien faire.. car ce type a participé a plusieurs gouvernement depuis qu’il est rentré de France donc des années 65-70 a ce jour ..Mais il y est que pour son vendre, et même autour de lui , il ne fait plus confiance..donc il est devenu un electron a la dérive..ce Mr par contre a rencontré Ali et il sait pas mal de chose sur lui a savoir si c’est le sosie ou pas.. c’est comme BEN.. mais ici son intervention est courageux, faut le dire car il sait que le Biafrai n’est pas apte a finir ce mandat.. et d’ailleurs depuis on ne voit pas ses parents dites proche.. sa mere adoptive porté disparue, meme le general Asselé lui aussi n’est pllus visible..personne ne veut rien dire en dehors de Julien Nkoghe, et la il vient de recevoir les Maire trié sur le tas car croyez-moi c’est pas tous les maires qui ont été reçue.
    Bref just wait and see
    Mais ou sont des Patriotes.. Mr RENE en est un car il a fait comprendre des choses par cette sortie mediatique.
    BRAVO MR RENE

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