Dans un entretien accordé à la presse lors du 1er congrès extraordinaire du RHM, devenu RPM, son président, Alexandre Barro Chambrier, s’est prononcé sans tabou sur l’avenir de son parti mais aussi sur la situation politique et socioéconomique du Gabon. Sans ambages, il estime qu’il faut rompre avec le système Bongo-PDG pour remettre le Gabon sur les rails.

Barro Chambrier, lors de l’entretien, le 6 avril 2019 à Libreville. © Gabonreview

 

Gabonreview : Pourquoi de tenir ce congrès maintenant ?

Alexandre Barro Chambrier : Nous sommes un parti qui a moins de 2ans d’existence légale. Nous avons eu à faire des choix stratégiques, notamment la participation à la présidentielle aux côtés du président Jean Ping, et la participation dans un cadre légalisé aux élections jumelés d’octobre 2018. Il était nécessaire pour notre parti de faire le point pour prendre de nouvelles orientations qui puissent conforter notre statut de parti de l’opposition à part entière et qui est engagé avec la rupture du système Bongo-PDG pour l’alternance et la libération de notre pays.

Quelle leçon tirez-vous de votre participation aux élections ?

Nous avons été aux élections pour permettre à notre parti de faire passer son message. Les élections sont une tribune exceptionnelle d’expression. Nous voulions également faire la preuve de ce que les institutions en charge des élections sous la férule du pouvoir actuel ne sont pas prêtes à faire le pas vers des élections transparentes. Il y a eu des achats de conscience, des bureaux de vote dominés essentiellement par les éléments du PDG et leurs associés. Nous avons assisté à une tentative pour le PDG de se donner une légitimité à bon compte. Cela a été favorisé par le fait que l’opposition n’était pas unie et par certaines faiblesses des acteurs de  l’opposition qui ont commis certaines erreurs. Notamment dans le choix des candidats et dans l’occupation du terrain et à cela s’ajoute la disproportion des moyens, puisque le PDG puise allègrement dans les caisses de l’Etat pour entretenir ses partis et les autres satellites alors que nous en sommes réduits à un financement très symbolique. Nous devons tout mettre en œuvre pour que les élections au Gabon se déroulent dans des conditions de parfaite transparence et d’équité. Ce n’est pas un rêve. Il est possible que le Gabon adhère aux meilleurs standards internationaux pour que le peuple puisse choisir librement ses représentants. Ce qui permettra à ceux qui seront désignés pour diriger le pays, d’avoir toute la légitimité sans laquelle ils ne peuvent pas entreprendre les réformes nécessaires pour le pays.

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Vous êtes presque sortis laminés de ces élections…

Les élections législatives et locales sont particulières dans la mesure où il y a un sentiment à tort qui est lié à la suite des élections présidentielles, puisque pour nous et pour la majorité des observateurs objectifs, les élections présidentielles de 2016 n’ont pas été gagnées par le PDG. Dès lors que la majorité qui s’est portée en faveur de Jean Ping n’est pas satisfaite, il y a nécessairement une frustration et une démobilisation par rapport aux autres élections. Et traditionnellement, après la présidentielle les législatives viennent pour donner une majorité à celui qui est censé avoir été désigné. Donc il y a eu, notamment dans les zones urbaines, des taux de participation très faibles. Nos résultats sont mitigés. Pour le moment, la moisson est maigre du fait de la fraude généralisés qu’il y a eu.

Votre parti a-t-il avenir ?

Nous avons 85 élus locaux, ce n’est pas négligeable, et 5 députés, moins ceux qui auraient dus gagner et qui ont été empêchés de gagner. Ils occupent l’espace géographique et sont des points d’appui. Je crois qu’il y a de l’espoir. Ce n’est pas le premier cas de parti qui s’expose à la compétition électorale avec des résultats mitigés mais qui dans un deuxième temps, risque de surprendre agréablement. Nous nous avons des convictions que ça donnera des résultats.

Peut-on vous attendre à la présidentielle 2023 ?

Je ne me lève pas tous les matins en pensant à 2023. Pour l’instant mon travail, c’est de mettre mon parti en ordre de bataille, faire en sorte que nous ayons une ligne claire, une offre politique qui soit la plus attractive possible et des ressources humaines dans tout l’espace. Le moment venu nous apprécierons. Mais il est clair que nous n’avons pas vocation à nous endormir sur nos lauriers. Notre participation aux législatives et locales traduit une ambition qui est à mon avis normal pour un parti politique tel que le nôtre, de la prise du pouvoir. Donc on ne s’interdit absolument rien. Mais Dieu seul sait où les uns et les autres seront en 2023. Nous sommes dans un pays où il faut poser les jalons en regardant bien les contours de la forêt parce que la route est très longue.

Depuis 1993 l’opposition conteste les élections. Qu’est-ce qui vous dit que 2023 sera la bonne ?

Dans toute bataille il faut considérer que c’est la persévérance, tirer parti de ses erreurs, la lucidité, la force de conviction qui fait pencher la balance. Il y a autour de nous des exemples. Regardez l’Algérie où il y a beaucoup d’analogie. Un pouvoir qui s’est maintenu par la force. Un pays pétrolier avec une utilisation de la rente pétrolière pour se maintenir coûte que coûte au pouvoir et à un moment donné le peuple se mobilise pour dire ça ne peut plus continuer. Nous suivons ce processus qui est un processus normal : l’aspiration au bien être par plus de démocratie qui est consubstantielle au développement. Si nous ne choisissons pas nos hommes politiques sur des critères objectifs, nous ne pourrons pas sortir notre pays de l’impasse dans laquelle il se trouve. Les Gabonais ressentent chaque jour une baisse de leur pouvoir d’achat, les défaillances du système de santé. En 2016, on a cassé le thermomètre pour faire face à la réalité mais ça ne veut pas dire que la fièvre va retomber. Nous avons dans notre parti la conviction intime que le moment venu, nous aurons l’occasion de rassembler toutes les forces d’où qu’elles viennent. Au sein du PDG progressivement les murs se lézardent.

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Les appels au rassemblement cachent souvent des guerres de leadership à travers la création des coalitions de l’opposition. Comment allez-vous gérer vos divergences ?

Nous avons des divergences parce que lorsqu’on est en situation d’échec de prise de pouvoir, il est normal qu’il y ait de remise en cause. L’aspect égo est la face cachée des choses. Ces différentes stratégies de regroupement sont le fruit d’une tentative de se réorganiser et chacun essaie de rassembler une partie des forces. Moi je ne suis pas inquiet de cela. Il y a eu des hésitations sur la participation aux élections et je crois que le problème part de là. Il faut tirer les leçons du passé pour avancer mais pour moi, ce qu’il y a de plus important ce sont les Gabonais qui sont un peuple mur. En 2016 nous avons répondu à leurs attentes pour avoir un candidat unique et c’est cela qui a fait le ciment autour du président Jean Ping. Je suis persuadé que ce sont les Gabonais qui font la différence, parce qu’ils ont le pouvoir de décider qui le moment venu, sera plus à même de défendre les couleurs du pays au plus haut niveau de l’Etat. Les Gabonais attendent des hommes politiques qu’ils fassent des propositions audacieuses conformes à leurs aspirations. La sanction des hommes politiques ce sont les votants. Nous devons donc continuer à travailler pour convaincre d’avantage et au fur et à mesure que nous nous rapprocherons des échéances, il y aura une prise de conscience de la nécessité de s’unir. Tous ceux qui voudront jouer un jeu personnel seront réduits à faire des scores symboliques. Nous discutons beaucoup entre hommes politiques et il y a une prise de conscience pour le rassemblement. Notamment chez le président Ping qui a une responsabilité immense du fait de sa position centrale, chez le président Nzouba sur la nécessité de rassembler. Je ne parlerai pas du président Myboto vous connaissez toute la considération et le respect que j’ai pour cet homme d’Etat, avec beaucoup d’autres leaders qui ont pris part à l’ouverture du congrès.

Comment se positionne votre parti aujourd’hui ?

Notre position est dans l’opposition. Une opposition au système qui est très claire. Pour moi il faut bouter le problème du Gabon, c’est-à-dire le système Bongo-PDG. Ils prennent des décisions, nous réagissons par rapport à leur opportunité ou inopportunité. Mais ce que nous devons faire, c’est mettre sur la table des propositions de politique générale alternatives. Et c’est ce sur quoi a travaillé notre congrès. Dans le domaine institutionnel, il faut mettre en œuvre des réformes pour que les institutions en charge des élections soient impartiales. Ce n’est pas seulement un problème organisationnel ou de changement de nom. Tant que nous ne mettrons pas nos magistrats en situation de dire le droit, nous aurons des problèmes dans la justice. Et j’encourage nos magistrats à dire le droit et à faire sortir nos prisonniers politiques. Le plus tôt sera le mieux. Aussi, il faut au Gabon revenir à la limitation de deux mandats. Lorsque quelqu’un saura qu’il ne peut pas dépasser cet horizon, il fera attention aux actes qu’il posera au plus haut sommet de l’Etat. Ainsi, si le président de la République échoue, le système électoral doit être en mesure de le faire partir comme c’est le cas avec l’occupant actuel qui a également d’autres problèmes indépendants de sa volonté. Et cela aggrave encore la situation de gérer le pays. Le problème du Gabon, il faut y trouver des remèdes politiques mais il est avant tout économique. J’ai été au FMI pendant 8 ans, j’ai représenté 24 pays au Conseil d’administration. Je sais exactement ce que nous devons faire pour changer la situation du Gabon. Avec moi, beaucoup d’autres cadres du parti ont l’expérience pour mettre une offre économique et sociale pour inverser les choses. Il faut éviter ces relations incestueuses entre le monde politique et le monde économique. Nous travaillons dans le cadre de ces mesures et nous avons un projet que nous pouvons mettre en œuvre à tout moment.

Depuis votre sorti de décembre, on ne vous a pas beaucoup entendu sur la santé d’Ali Bongo et la vacance du pouvoir…

Nous sommes des gens responsables et sérieux. Lorsqu’on est au sommet de l’Etat, on a le devoir d’être transparent sur les questions de santé. Nous avons déploré une communication mauvaise sur la santé du chef de l’Etat qui a fait un accident vasculaire cérébral. À partir de là, il est simple de se soumettre à des examens parce que lorsque vous êtes candidat à la présidence de la République, vous êtes censé être en bonne santé. Et pour gérer le Gabon il faut être en pleine capacité. Nous avons eu une longue absence sans d’explications claires, sans qu’on ait pu voir le chef de l’exécutif au contact des uns et des autres pour lever les doutes. Nous avions demandé une mission de médecins pour rassurer ou pour décider de la possibilité de déclencher l’article 13 de notre Constitution. Et dans le système actuel, c’est encore une preuve que les choses ne fonctionnent pas, il n’y a pas eu de réaction alors qu’une telle question aurait dû être prise au sérieux. Ceux qui ont la responsabilité, notamment le gouvernement, de saisir la Cour constitutionnelle auraient dû faire leur travail. Nous ne sommes pas dans un pays qui fonctionne normalement. Le système politique est politisé à outrance pour permettre à un clan de rester au pouvoir. Nous ne pouvons pas accepter cette médiocrité. La démarche de nos jeunes compatriotes visant à demander des comptes est une démarche qui est légitime. Je crois qu’il est bon que le peuple gabonais soit rassuré quant aux capacités d’Ali Bongo à diriger notre pays. Déjà en période normale c’est difficile, à plus forte raison s’il arrivait qu’il soit diminué.

Michel Menga a été aperçu au congrès. Quelle est votre appréciation de sa présence ?

Il est évident qu’il n’est plus avec nous depuis un moment. En tant que président du parti, nous avons dû gérer cette dernière période avec ceux qui sont restés fidèles. C’est un congrès ouvert à tout le monde. Il est venu, vous avez vu la tonalité de notre message, de nos orientations. Mais je considère qu’il ne faut pas regarder l’écume des choses. Ma conception de la vie politique est que chacun est libre. Il a fait ses choix que nous n’approuvons pas. On ne peut pas être dans l’opposition et en même temps dans l’opposition.  Le congrès va permettre de revoir notre ligne politique. Tout a été fait pour nous déstabiliser. Le sujet dont on parle n’est pas anodin. Même nos militants ont pu être troublés par certaines attitudes de l’un des nôtres. A l’ouverture de notre congrès, les choses étaient claires. Les gens vont constater que nous sommes des gens sérieux avec des convictions saines.

© Gabonreview

Michel Menga se positionne toujours comme membre fondateur du RHM. Mais on parle de changement de statuts, logo et dénomination. Si cette réforme est arrêtée, pourrait-il toujours s’en prévaloir ?

Je suis un démocrate. Après ce que nous avons vécu au PDG, nous avons créé un parti qui puisse respecter les droits du militant et des citoyens. Il y a des règles à respecter et il y aura une ligne à suivre. C’est à lui de voir s’il se retrouve dans les objectifs fixés. Je n’ai pas un problème personnel avec un aîné qui est un frère. Mais l’amitié c’est une chose, la politique c’est autre chose. Je crois que nous sommes assez grands et je ne doute pas qu’il saura lui-même tiré les conséquences de nos actes respectifs sans que nous ayons à jouer au western. Mais l’essentiel ce n’est pas Barro Chambrier ou Menga. L’essentiel ce sont les militants qui se donnent corps et âmes, les prisonniers politiques toujours détenus, la décrépitude qui frappe notre pays, la dégénérescence des mœurs, l’urgence d’avoir des gens crédibles qui puissent prendre les choses en main, que nous soyons vrais. L’essentiel c’est que les Gabonais soient fiers de leur pays, de leur classe dirigeante. Les questions de personnes se règlent toujours.

La 13e législature a bien débuté. Quel est votre regard en tant qu’ancien député ?

L’Assemblée nationale n’évolue pas beaucoup. La majorité actuelle s’est octroyée la plupart des postes. Nous avons du mal à constituer un groupe parlementaire avec l’Union nationale et ça été fait à dessein. Mais nos amis qui sont là-bas font un travail courageux. Je me félicite des prises de position de notre groupe UN-RHM au moment de la présentation du discours de politique générale du Premier ministre. C’est le lieu de les féliciter pour leur opposition claire nette et précise. Il y a des contributions sur des dossiers menés par le gouvernement pas toujours bien préparé. On est dans le domaine de l’improvisation et d’une majorité automatique. Nous ne sommes pas représentés comme il se doit, mais ils sont là et font leur travail. Aujourd’hui on craint que le PDG utilise sa majorité pour encore changer la Constitution. Pour éviter cela, nous aurions dû aller en rang serré aux législatives. J’en suis convaincu. Même si nous n’avions pas gagné, nous aurions eu suffisamment de force pour les empêcher de triturer sans cesse cette Constitution. Une Constitution on ne la change pas au gré des intérêts pour se maintenir au pouvoir. Le Gabon a besoin de tourner la page de ce système, d’une Assemblée qui est vassalisée pour qu’on voie l’avenir avec plus d’optimiste, et apporter des solutions aux problèmes concrets tel que créer des emplois pour les jeunes qui sont sacrifiés.

 
 

1 Commentaire

  1. Jeff pipo dit :

    Ali gourverne, les institutions fonctionnent normalement pourquoi à chaque fois soulever cette question inutile ? Ali se remet tout doucement

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