Les chants d’autocélébration, entonnés par le cabinet présidentiel et le PDG, ressemblent à des exercices de forfanterie.

En s’essayant à dresser le bilan de la décennie échue, les soutiens d’Ali Bongo ont occulté des éléments d’analyse. © D.R

 

Pour la deuxième fois en une décennie, Ali Bongo est confronté à son bilan. A la veille de la présidentielle de 2016, il s’était refusé à l’exercice. Offrant au “Plan stratégique Gabon émergent” un enterrement sans fleur ni couronne, il s’était spontanément mué en chantre du “Programme pour l’égalité des chances“. Célébrant ses dix années de magistrature le 16 octobre courant, il s’est, cette fois-ci, livré à un plaidoyer pro domo chez nos confrères de L’Union. S’est ensuivie une collection de panégyriques émanant de sa famille politique. De son cabinet au Parti démocratique gabonais (PDG), chacun y est allé de son concert de louanges. Pourtant, la réalité aurait dû inciter à moins d’exubérance.

Crise de régime à l’horizon

Malgré la langue de bois des partenaires au développement, le Gabon n’a jamais autant manqué de respiration. En dépit des agrégats lancés à l’emporte-pièce, la machine semble grippée. Tous les voyants sont au rouge. Agnosies volontaires mises à part, les partisans d’Ali Bongo parviennent au même constat. En témoigne, leur allergie au débat contradictoire. Entonnés ces temps-ci, leurs chants d’autocélébration ressemblent à des exercices de forfanterie. Décalés, ils procèdent d’une suspension consentie d’incrédulité. Et pour cause : au-delà des discours, la gouvernance d’Ali Bongo n’a jamais été porteuse d’imagination réformatrice. Chaque jour un peu plus, elle s’est éloignée de l’esprit de nos institutions, rompant avec les principes démocratiques. Sous-tendue par la seule volonté de verrouiller le jeu politique, elle a conduit à un rétrécissement des espaces de liberté. A la fin des fins, elle s’est soldée par une désarticulation de l’Etat, désormais en voie de déliquescence.

Pour autant, dressant  le bilan de son mentor, le directeur de cabinet d’Ali Bongo lui a su gré d’avoir engagé “la réforme de l’Etat “. Venant de l’homme, une telle appréciation ne surprend guère. Tout à la fois contrôleur général d’Etat, chef de l’administration centrale, chargé de la suppléance et de la mobilisation, Brice Laccruche-Alihanga s’est progressivement arrogé les pouvoirs dévolus au secrétaire général du gouvernement, au Premier ministre, au vice-président de la République et même au… secrétaire général du PDG. Sa seule omnipotence traduit de graves dysfonctionnements institutionnels. Elle souligne un dérèglement total de l’appareil d’Etat. Désormais, ni les dispositions constitutionnelles régissant les relations entre le président de la République et le reste de la société, ni le statut de la Fonction publique, ni les modalités d’exercice de la tutelle d’Etat sur les établissements publics, ni les textes-fondateurs du parti au pouvoir n’ont force exécutoire. C’est dire si on baigne dans une inédite tambouille politico-administrative. C’est aussi dire si le consensus institutionnel a été brisé. C’est surtout dire si une crise de régime pointe à l’horizon.

Politique de l’autruche

Depuis 2009, le délit d’opinion a été remis au goût du jour. Si les sympathisants et militants de l’opposition ont systématiquement été jetés hors de l’appareil d’Etat, les cadres de l’administration centrale ou des établissements publics ont été sommés de faire allégeance au PDG. Depuis trois ans, cette opération de nettoyage idéologique s’est muée en Nuit de longs couteaux : prétextant une volonté de “régénération” et de “revitalisation“, le pouvoir a entrepris de broyer la majorité de ses soutiens. Ces derniers jours encore, des très proches d’Ali Bongo ont fait les frais de ces règlements de comptes politiciens, sur fond de lutte pour les privilèges. Peu importent les raisons avancées, les 10 dernières années auront été marquées par une hérétique gestion des ressources humaines. On a ainsi assisté à d’incessants changements aux fonctions les plus sensibles : cinq premiers ministres, trois présidents de l’Assemblée nationale, cinq directeurs de cabinet, sept ministres des Affaires étrangères, six ministres de la Défense nationale, six ministres de l’Economie, 10 ministres des Forêts…. Si ce n’est pas de l’instabilité, ça y ressemble étrangement. Des réformes efficaces peuvent-elles aboutir dans un tel contexte ? On peut en douter. Surtout, au regard des fréquentes modifications de la nomenclature gouvernementale.

En s’essayant à dresser le bilan de la décennie échue, les soutiens d’Ali Bongo ont occulté ces éléments d’analyse. Leurs satisfécits découlent, de ce fait, d’une logique d’enfermement. Pourtant, au lendemain du décès d’Omar Bongo Ondimba, le PDG avait déjà brillé par la même attitude. En 2016, il avait, une fois de plus, opté pour la politique de l’autruche. A chaque fois, son candidat fut ensuite contraint d’user de méthodes peu orthodoxes pour s’imposer. Parfois, il vaut mieux regarder la vérité en face pour mieux aborder l’avenir. Avis…

 
 

2 Commentaires

  1. Nicolas Ango dit :

    En effet la cour présidentielle, ne rend pas service à son patron. Ce dernier, si c’est bien lui, a reconnu récemment les manquements et errements de son administration, en un mot son échec. Mais les pdgistes, ajevistes et acolytes le contredisent, en affirmant le contraire au peuple. Le pauvre, déjà qu’il n’était pas futé, pensait vraiment avoir réussi, au point de penser à une cabale contre lui et nb de sentir injustement mal-aimé. Cette cour aveuglée par les ors et lambris est tout aussi condamnable, sinon plus, en ceci qu’elle cache la vérité à son chef et snobé le peuple en même temps qu’elle s’en met plein les fouines. Leur échec est tellement patant qu’il ne faut pas chercher bien loin la preuve : la “Marina” sur la baie des Rois, toute le monde, étranger comme Gabonais peut s’en rendre compte. Alors arrêtez avec votre autosatisfaction et votre autosuffisance, ça vous honoré pas.

  2. FINE BOUCHE dit :

    Il y a eu tellement de fois ou le chef de cet Etat a reconnu les manquements et les errements. Ni sa politique ne change ni la qualité de ses ministres et de son entourage

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