L’éviction d’Etienne Massard Kabinda marque un tournant dans la gestion de la période née des ennuis de santé d’Ali Bongo, le parallèle avec la chute d’André Mba Obame en 2009 n’étant nullement exagéré..

L’éviction d’Etienne Massard Kabinda ne saurait passer pour une péripétie. Elle marque un tournant dans la gestion de la période née des ennuis de santé d’Ali Bongo. Visiblement, les «conservateurs acharnés du pouvoir» dénoncés par le lieutenant Kelly Ondo Obiang, élaborent leur meccano. © DCP-Gabon

 

Les pièces du meccano se mettent en place. La stratégie se précise. Les événements accumulés tout au long du mois de janvier le laissent penser : à travers des nominations à l’authenticité douteuse, une petite caste essaie de prendre le pays de vitesse. Après Emmanuel Issoze-Ngondet, Etienne Massard Kabinda vient de l’apprendre à ses dépens. Quelques jours après l’ancien Premier ministre, le désormais ancien ministre de la Défense a été remercié, sans autre forme de procès (lire «Ossouka Raponda à la Défense»). Comme avant lui l’ancien ministre des Affaires étrangères, l’ancien tout-puissant secrétaire général de la présidence de la République a, sans ménagement, été prié d’aller voir ailleurs si l’herbe est plus verte. Eloquente à souhait, cette décision procède des intrigues politiciennes et manœuvres en cours dans certains cercles de pouvoir.

Un désordre indescriptible

Au-delà des destins individuels, l’avenir de notre démocratie se joue. Entre règlements de comptes et luttes de positionnement, l’ambiance n’est ni au travail ni à la réflexion d’ensemble. L’éviction d’Etienne Massard Kabinda marque un tournant dans la gestion de la période née des ennuis de santé d’Ali Bongo. Sans exagération aucune, elle nous ramène à juin 2009 et la chute d’André Mba Obame, alors tout-puissant ministre de l’Intérieur. Préfigure-t-elle une accélération de l’histoire ? Tout porte à le croire. Malgré les justifications officielles, la mise à l’écart de l’ancien ministre de la Défense suscite des réserves sur au moins deux points : la paternité de la décision et son timing. Réputé convalescent, un président de la République, peut-il procéder à des changements dans un ministère aussi sensible en étant lui-même hors du territoire national ? Nul ne peut l’admettre. Pourquoi ne pas l’avoir fait au moment de la composition du gouvernement ? Fallait-il absolument cacher des choses ? Pour quelles raisons ?

Le changement à la tête du ministère de la Défense est, manifestement, la conséquence du flottement institutionnel actuel. Soucieux de préserver leurs acquis, certains détenteurs de l’autorité publique ont accumulé les fautes politiques, entorses juridiques et erreurs de communication : absence de contacts officiels avec les gouvernements d’Arabie saoudite puis du Maroc, délocalisation de la présidence de la République à l’ambassade du Gabon à Rabat, manipulations de la Constitution, changement de Premier ministre et de gouvernement en absence de décrets dûment signés, nominations effectuées en dehors du Conseil des ministres, diffusion de vidéos à l’authenticité sujette à caution et organisation d’une prestation de serment non respectueuse des formes. Tout cela a donné naissance à un désordre indescriptible. Avec une maladresse proverbiale, la présidente de la Cour constitutionnelle a multiplié les interventions médiatiques, s’aventurant sur le terrain politique.

Un remake de 2009

Dans ce contexte, l’éviction d’Etienne Massard Kabinda ne saurait passer pour une péripétie. D’abord en raison de sa proximité supposée d’avec Ali Bongo, puis de son caractère bien trempé. Peu importe ses états de service, l’homme cumule deux particularités : nommé ministre, secrétaire général de la présidence de la République, en charge de la Défense nationale, au sortir de la présidentielle d’août 2016, il est aussi le seul avoir occupé les fonctions de ministre des Affaires présidentielles. Avant lui, personne n’avait été la cause de tels arrangements politico-administratifs. Personne n’était autant apparu comme un rouage essentiel dans les relations entre la présidence de la République et le gouvernement. Tout à la fois membre de la parentèle élargie d’Ali Bongo, de son cabinet, de l’administration de la présidence de la République, de l’administration centrale et du gouvernement, l’ancien ministre de la Défense était au cœur du réacteur nucléaire. Comme on l’a vu durant la présidentielle de 2016, sa fidélité à Ali Bongo se veut à toute épreuve, quitte froisser les siens (lire «Querelle intra-ethnique autour de l’intronisation Jean Ping»).

Les conséquences de sa mise à l’écart seront forcément politiques. Elles sont à rechercher dans la stratégie de ces «conservateurs acharnés du pouvoir» dénoncés par le lieutenant Kelly Ondo Obiang (lire «Déclaration militaire sur Radio Gabon»). Au vu de l’activisme de la Cour constitutionnelle, de la complicité coupable du Premier ministre, de l’indolence du Parlement et du recours systématique aux forces armées, la république est sous la menace. Comment enrayer cette mécanique infernale ? Rose Christiane Ossouka Raponda pourra-t-elle s’opposer à un usage inconsidéré de la force ? On peut en douter. En mettant les fortes têtes hors d’état de nuire, les forces tapies dans l’ombre ont annoncé la couleur : produire un remake de 2009.

 
 

7 Commentaires

  1. nyama dit :

    Cette analyse est pertinente, le gabon est en danger et dans les mains des gangsters pour préserver le pouvoir à tout prix et par tous les moyens au pire enjamber les morts.

    Le peuple doit s’unir et les médias dénoncer cette gouvernance.

  2. Makinda dit :

    Félicitations à gabonreview pour cette analyse objective de cet article.
    D’après un pédegiste, on soupçonne le MOGABO d’avoir empoisonné ALI Bongo pour s’emparer du pouvoir.

  3. itsiembou dit :

    Il reste BILLE BI NZE

  4. Merriane dit :

    Ils sont nombreux comme Massard. Des blancs ou metises aux origines douteuses (venus d’ailleurs) qui, par un jeu de cuisse d’une sœur deviennent gabonais et occupent des hautes fonctions dans notre administration. Je connais cette famille qui éprouvait des difficultés énormes pour parler notre français facile. De plus, de quelle province sont-ils?. Ils parlent quelle langue vernaculaire. Je sais seleument qu’ils ne sont pas du G9(chez moi) et du G1 ou encore du G8, les provinces dans lesquelles avoir un métis dans la famille est synonyme de bonheur. On ne peut tolérer autant des venus d’ailleurs autour de notre président devenue leur esclave et incapable de mener à terme un seul de ses projets. Non. Trop c’est trop. Concernant les autres attendons de voir clair. Les MOGABOÏSTES ne pigent pas l’éviction de leur président(Emmanuel Issoze-Ngondet), refusent de collaborer avec Nkoghé Bekalé. Dans ce 3M et Nkoghé, continuez votre nettoyage, allez jusqu’à la présidence. Gabonaise de mon État cette situation me dérange.

  5. Ikobey dit :

    Enfin, voilà une mesure qui s’imposait ! Dans la situation actuelle, il fallait un homme de confiance .
    Massard Kabinda se la pétait un peu trop.

  6. Okumba karamoko dit :

    La molécule du poison atomique du Gabon est très concentrée dans le mensonge. Attention on risque d’exploser sous peu.

  7. Jones dit :

    Combien de conseils de ministres n’ont ils pas été organisés à raison d’un conseil par semaine ? Pourquoi après avoir confié certaines prérogatives au premier ministre et au vice président les conseils de ministres ne se tiennent tjrs pas ?
    J’ai besoin d’éclaircissement je vous en prie.

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