En procédant à des mouvements en profondeur au sein de services spéciaux, le régime a implicitement remis en cause la capacité du chef suprême des forces de défense et de sécurité à remplir convenablement sa charge.

En chargeant la bande à Brice Laccruche-Alihanga de nombreux maux, en l’accusant d’avoir détenu la totalité du pouvoir exécutif pendant une année, le régime a ravivé le débat sur la vacance du pouvoir. © Facebook

 

Secoué de l’intérieur, le régime est passé à la contre-offensive. Depuis quelques jours, le pays bruit des rumeurs les plus folles. Si de nombreuses personnalités ont été interpellées, d’autres sont régulièrement présentées comme des prévenus en sursis. Officiellement, il s’agit d’une opération de lutte contre la corruption et le blanchiment. Dans les chaumières, on parle plutôt de haute trahison ou de complot contre la sûreté de l’Etat. Comme souvent en pareilles circonstances, les services spéciaux de la présidence de la République, la direction générale de Contre-ingérence et de la sécurité militaire et la direction générale des Recherches jouent les premiers rôles. Si le parquet s’est exprimé au début, il s’est tu depuis. Pendant ce temps, la Cour des comptes, la Commission nationale de lutte contre l’enrichissement illicite (CNLCEI) et l’Agence nationale d’investigation financière (Anif) brillent par le silence.

Un vide pénalisant au sommet de l’Etat,

A tous égards, le régime demeure fidèle à lui-même. Jour après jour, l’épouse et le fils du président de la République semblent gagner en influence. Régulièrement, ils sont présentés comme les vrais détenteurs du pouvoir exécutif. Si elle est avérée, cette situation n’est pas de nature à rassurer sur la situation au sommet de l’Etat. Bien au contraire. La propagande officielle aura beau vanter un Ali Bongo en phase de récupération voire de rémission complète. Elle pourra même parler d’un homme «aux commandes du pays», allant «très très bien». Mais, les accusations portées contre l’Association des jeunes émergents volontaires (Ajev) ruinent définitivement ces assertions. Plus grave, en affirmant ne pas connaitre les raisons de l’interpellation d’Ike Ngouni, Jessye Ella Ekogha a involontairement crédibilisé les rumeurs de complot contre la sûreté de l’Etat.

Si le président de la République jouissait de toutes ses capacités physiques et cognitives, son porte-parole aurait-il été impliqué dans une affaire aussi sombre ? On peut en douter. Du coup, chacun est fondé à s’interroger sur les capacités physiques et cognitives d’Ali Bongo. Pressées par les forces sociales, principalement le collectif Appel à agir, les institutions peuvent-elles continuer à faire «comme avant» ? En bute aux doutes de l’opinion publique, elles doivent admettre cette vérité crue et brutale : si elles traduisent de graves dysfonctionnements, les accusations portées contre l’Ajev signalent un vide pénalisant, une absence handicapante au sommet de l’Etat.

Inquiétudes sur les aptitudes du président de la République

Après tout, dans un passé très proche, le fondateur de l’Ajev était à la fois directeur de cabinet du président de la République et directeur de cabinet du président du Parti démocratique gabonais (PDG). De par cet inédit cumul, il était le plus proche collaborateur d’Ali Bongo. S’il était convaincu de la capacité de son mentor à diriger, aurait-il songé à échafauder de tels scénarii ?  Même s’il est désormais présenté comme un félon, on peine à l’imaginer. S’il croyait en une rémission complète dans les tout prochains, aurait-il cherché à devenir calife à la place du calife ? Quand bien même il est maintenant décrit comme un jeune loup aux dents longues, on ne peut l’envisager. En chargeant la bande à Brice Laccruche-Alihanga de nombreux maux, en l’accusant d’avoir détenu la totalité du pouvoir exécutif pendant une année, le régime a ravivé le débat sur la vacance du pouvoir.

Pourtant les institutions font comme si elles n’avaient pas compris le message, comme si les  événements de ces derniers jours n’avaient pas redonné du sens à la demande d’expertise médicale. Aurait-on procédé à des mouvements en profondeur au sein de services spéciaux s’il s’était agi d’une simple opération de lutte contre la corruption ? Quel lien entre la gestion de certains établissements publics et le Conseil national de sécurité ? Ne fallait-il pas s’intéresser en priorité à la chaîne de la dépense publique ? En éjectant des services spéciaux les officiers réputés proches de l’Ajev, les donneurs d’ordre ont déplacé le débat sur le terrain de la sécurité intérieure, accréditant la thèse du coup d’Etat. De manière implicite, ils ont pointé les faiblesses de l’appareil sécuritaire, remettant en cause la capacité du chef suprême des forces de défense et de sécurité à remplir convenablement sa charge. Pour ainsi dire, ils ont laissé transparaître leurs inquiétudes sur les aptitudes du président de la République, validant par la même la demande d’expertise médicale. Ne pas y donner suite reviendrait à exposer le pays aux aventures de toutes sortes.

 

 
 

2 Commentaires

  1. Serge Makaya dit :

    Posez-vous déjà la question de savoir ce que fait le roitelet du Maroc au Gabon, et nous ne sommes pas au courant. Pourquoi ne se montre t’il pas avec BOA ? Réponse: parce que BOA est bien MORT depuis octobre dernier 2018. Le Gabon est dirigé par le Quai d’Orsay et le Maroc. Laissez tomber Sylvia Bongo et Nourredine. Ce sont aussi des marionnettes. CQFD.

  2. Serge dit :

    Roxane Bouenguidi tu sais poser les bonnes questions !!! j’aime ta plume !!!

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