Dégoûtée, Matamba Kombila est sortie de ses gonds pour faire entendre la voix des sans voix. Ces sourds muets ont participé en 2017 au tournage du documentaire “Sens Dessus Dessous” mais ne sont toujours pas rémunérés à cause des engagements non tenus par l’Institut gabonais de l’image et du son (IGIS) et le ministère de la Communication.

© D.R.

 

Mini-série de neuf courts-métrages de neuf minutes chacun, “Sens Dessus Dessous” a été tourné de février à novembre 2017. C’est l’histoire de quatre enfants sourds et muets. Frustrés par leur difficulté à communiquer avec leurs familles, ils décident d’inventer une machine qui leur permettra de briser les barrières de la langue et les préjugés auxquels ils sont confrontés au quotidien. Cette frustration virtuelle, pourrait être transposée dans leur vie réelle mais pour une toute autre raison. Depuis la fin du tournage, les quatre sourds muets de l’Eneda et 54 autres acteurs ne sont pas entrés en possession de leur dû. Ce qui est à l’origine du coup de gueule de la réalisatrice de la mini-série, Matamba Kombila.

Matamba Kombila, scénariste, réalisateur et producteur, notamment du film “Sens Dessus Dessous”, en co-production avec l’Igis. © Gabonreview/capture d’écran

 «Cette fin 2018 est amère pour moi car pour la 2e année consécutive, et ce en dépit de mes efforts, vous n’avez toujours pas été rémunérés pour votre travail sur la production de “Sens Dessus Dessous”, qui avait débuté en Février 2017 et s’est terminée en Novembre 2017 avec le tournage des plans de coupe», a écrit la réalisatrice gabonaise. Selon le contrat qui la lie à son co-producteur, l’Institut Gabonais de l’Image et du Son (IGIS), il avait été convenu avec son producteur exécutif, le directeur général sortant, que l’IGIS prendrait en charge tous les cachets des comédiens et techniciens. Mais rien n’a été fait. «Nous avions réglé les plus petits cachets à l’époque, surtout ceux des jeunes indépendants et aux revenus très aléatoires. Depuis, personne n’a été payé. Ces 3 derniers mois, je fais les démarches auprès de l’IGIS et de son ministère de tutelle, la Communication, pour que la situation soit assainie», dit-elle, regrettant qu’aucune démarche n’a abouti.

Pourtant, assure-t-elle, les messages du conseiller en communication du ministre de la Communication et de la directrice générale actuelle de l’IGIS étaient optimistes. «Nous percevons la redevance, nous essayerons de l’utiliser pour ceci», disait l’un des conseillers, «faites un échéancier, nous ferons l’effort de régler», disait l’autre. «Oui nous ferons l’effort pour régler une tranche d’ici la fin de l’année», promettaient-ils avant le désaveu il y a près d’une semaine de la DG intérimaire de l’IGIS qui a déclaré : «rien en vue, même pas à l’horizon». Une révélation qui est tombée comme un coup de massue sur la tête de Matamba Kombila alors que l’année 2018 s’achève. Elle ne comprend d’ailleurs rien à un tel scénario.

 «On me dit que c’est normal, que c’est comme ça que ça se passe au Gabon, que des centaines de personnes sont dans cette situation. Rien. Pas de salaires. Respect du droit du travail, des droits humain de base, des contrats engagés, du travail effectué, de l’effort de formation et d’intégration de la jeunesse, etc. Rien. Résigné(e)s, ils/elles ne font rien pour revendiquer leurs droits. Pas de protestation, pas de manifestation, pas même un mouvement social pour exprimer son ras-le-bol des abus quotidien d’un état où la kleptocratie qui règne, dans le déni des droits les plus basiques de ses citoyens», s’est-elle désolée.

Abasourdie, Matamba ne comprend pas que certains organismes étatiques se plaisent à tuer les talents au lieu de les sortir de l’ornière.

 «Je suis triste et j’ai mal au cœur, pour vous tous qui avez travaillé dur et avez cru en ce projet unique. Les films sont finis et ils sont beaux. Je préfère ne pas les présenter au Gabon tant que cette situation n’a pas été réglée, même si leur visionnage vous procurerait une grande fierté», dit-elle dégoûtée.

Il reste un peu plus de 10 millions de francs CFA à payer à 58 personnes. Un des partenaires de la production souhaite faire une première au mois de Mars 2019 à Libreville, mais rien ne rassure la réalisatrice. «Souhaitons que la situation soit réglée d’ici là. Que l’année 2019 soit meilleure pour nous tous, que nous ayons de nouvelles productions cinématographiques, et que toutes les personnes qui travaillent avec passion pour créer voient le fruit de leur travail récompensé», espère-t-elle.

Auteur : Alix-Ida Mussavu

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1 Commentaire

  1. Ikobey dit :

    Est-ce bien étonnant ? de plus en plus, il faut se faire payer d’avance.

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