Si on reconnaît à Dynamique unitaire le droit au contrôle citoyen de l’action publique, on ne peut lui cacher la vérité sur l’état de santé d’Ali Bongo. Pourquoi cette centrale syndicale doit-elle se contenter de demi-vérités ? Pourquoi certains citoyens ont le droit de savoir et d’autres non ?

Jean-Remy Yama sur le plateau de TV5 Monde (archive). «Quand les forces sociales en appellent à une expertise médicale, les institutions demeurent fidèles à la doxa dominante. Pour elles, cette demande ne fait pas sens». © YouTube

 

Quelle lecture l’histoire fera-t-elle de la dernière sortie du président de la Dynamique unitaire (lire «Ali-Bongo est mort»)?Sera-t-elle considérée comme un dérapage verbal, un propos inopportun ou une simple péripétie ? Au-delà des mots, elle pourrait très bien être ramenée à sa vraie dimension : une contribution comme un autre à la recherche de la vérité sur l’état de santé du président de la République. Comme les initiatives du groupe des 10, elle pourrait faire date. Doit-elle, pour autant, ouvrir la voie à des représailles (lire «Descente nocturne et musclée au domicile de Jean-Rémy Yama») ? On ne saurait le soutenir. Certes, les informations sur la santé doivent être protégées voire sanctuarisées. En ces temps de dérèglement des codes et repères, elles peuvent être utilisées à mauvais escient.  En ces moments d’incertitude, elles peuvent servir de prétexte aux dérives de toutes sortes.

Sujet majeur de la vie publique

Pour autant, ces réserves ne sauraient éluder le fond du débat : la capacité du président de la République à remplir les devoirs de sa charge. Sujet majeur de la vie publique, la santé d’Ali Bongo cristallise les passions. Quand les forces sociales en appellent à une expertise médicale, les institutions demeurent fidèles à la doxa dominante. Pour elles, cette demande ne fait pas sens (lire «Rejet de la demande d’un bilan de santé d’Ali Bongo»). Invariablement, elles servent le même argument : Ali Bongo est encore le maître du jeu institutionnel (lire «Boukoubi à cœur ouvert»). Si elles feignent de s’accommoder des demandes de l’opinion, elles jugent la vacance du pouvoir hors de propos. Sans jamais songer aux répercussions sur la marche du pays, elles assènent la même certitude: la santé relève de la vie privée. Or, un président de la République doit des comptes. Mieux, il a l’obligation d’offrir à ses compatriotes les moyens de décider en connaissance de cause.

En effet, la transparence permet de bâtir des relations saines et constructives quand le secret cultive le soupçon. Peut-on fonder l’action publique sur l’opacité et la méfiance ? Depuis bientôt trois (3) décennies, le Gabon essaie de bâtir une relation de confiance entre gouvernants et gouvernés. Le rôle central du citoyen dans le jeu politique a ainsi été consacré. Il en va de même pour les corps intermédiaires, présentés comme des vigies de la démocratie. Si l’on reconnaît à Dynamique unitaire le droit au contrôle citoyen de l’action publique, on ne peut lui cacher la vérité sur l’état de santé d’Ali Bongo. Pourquoi doit-elle se contenter de demi-vérités ? Pourquoi certains citoyens ont-ils le droit de savoir et d’autres non ? En vertu du secret médical ? Si la demande d’accès au parcours de soins avait été formulée, cette réserve serait recevable. Or, rien de tel n’a été envisagé.

Résultante des manigances du pouvoir

Dans toutes leurs déclarations, Jean-Rémy Yama et les siens se sont contentés d’en appeler à la manifestation de la vérité (lire «Dynamique unitaire enfonce le clou»). Jamais, ils n’ont évoqué la publication du bulletin de santé d’Ali Bongo. Bien au contraire, ils ont invité les institutions à une attitude plus républicaine et moins partisane. En pure perte !  En s’enfermant dans le mutisme, les institutions ont alimenté la suspicion. En jouant la montre, elles ont laissé s’installer la chienlit institutionnelle. Sans s’en rendre compte, elles ont accrédité les thèses de toutes sortes, y compris les plus alarmistes. Exigeant du reste de la population une foi aveugle, elles ont naïvement cru taire le débat sur les réelles capacités d’Ali Bongo.

Et pourtant, les agissements de certains acteurs de la majorité incitent à la perplexité. Entre la subite agitation du secrétaire général Parti démocratique gabonais (PDG) et l’activisme débridé du directeur de cabinet du président de la République, tout laisse croire en une imminente accélération de l’histoire. Logiquement, d’aucuns parlent désormais d’«intérim maquillé» ou de «pré-campagne présidentielle». Or, cette éventualité dépend de la satisfaction d’un préalable constitutionnel : la constatation de la vacance du pouvoir. Pour ainsi dire, l’«intime conviction» de Jean-Rémy Yama est la résultante d’une analyse des faits, le contrecoup des manigances du pouvoir en place. A-t-il eu tort de le faire savoir de manière aussi bruyante ? Aux tenants de la thèse opposée, il a, en tout cas, lancé un double défi : lui apporter les preuves de leurs dires ou revenir à un fonctionnement plus orthodoxe de l’appareil d’État. Comme un retour de manivelle…

 
 

4 Commentaires

  1. Manono dit :

    NOUS VOULONS LA VÉRITÉ ARRÊTEZ DE NOUS MENTIR, NOUS NE SOMMES PAS DES IDIOTS. OU EST ALI ? QUI GÈRE LA GABON ? JEAN RÉMY A RAISON C’EST LA QUESTION QUE TOUS LES GABONAIS SE POSENT. II A JUSTE ÉTÉ LE PORTE PAROLE. OU EST ALI ? OU EST ALI ? OU EST ALI ?

  2. api dit :

    C’est juste une affaire de quelques semaines, la vacance de pouvoir arrive et elle est même bien devant Nous.
    Ce cinéma prend fin là, dans 2 à 3 semaines donc c’est pas la peine de déranger Mr Yama.
    BOA est mort ./

  3. KIEM dit :

    Que M. Mboumbou arrange une rencontre entre M. Leyama etM. Bongo, à la suite de cette entrevue, il décidera ou non d’engager des poursuites judiciaires.

  4. onero dit :

    Pourquoi ce gouvernement ne se gene pas sur leur comportement ?
    Sanchez a dit dans un premier temps qu’Ali est mort . Ensuite dit que ce n’est pas en déplaçant un mort que vous allez le ressusciter
    Pourquoi ne pas porter plainte a Sanchez ?
    Arrêtons un moment d’être ridicule

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