Les médias internationaux (Jeune Afrique, La Tribune de Genève, Le Monde) se sont saisis de la situation que vivent, d’une manière générale, les ambassades du Gabon : arriérés de salaires pour les personnels locaux, non-paiement des loyers et de l’assurance-maladie des diplomates, expulsion des enfants de diplomates des écoles pour non-paiement de leurs frais de scolarité, manque de véhicules de commandement pour des chefs de mission diplomatique – la liste des récriminations est longue.  Le Gabon, ce petit pays qui avait tout d’un grand en raison de sa grande implication diplomatique, voit sa diplomatie s’éteindre à petits feux ! 

«Il faut sortir 11,8 milliards de francs pour régler tous ces problèmes d’intendance et de salaires impayés. On ne saurait rester sans réaction face à la descente aux enfers de l’image du Gabon». © Gabonreview/Shutterstock

 

11,8 milliards de francs ! C’est ce qu’il faut débloquer pour relancer la diplomatie gabonaise ! 11,8 milliards de francs que devrait trouver le nouveau chef de la diplomatie dont l’arrivée est saluée par tous, que ce soit dans les services extérieurs ou dans les services centraux.

Le 12 janvier dernier, il y a tout juste un mois, s’installait à Batterie IV (Libreville) l’ex-ambassadeur du Gabon au Maroc, au poste de ministre des Affaires étrangères, de la Coopération, de la Francophonie, de l’Intégration régionale et des Gabonais de l’étranger. «L’arrivée d’Abdu Razzaq Guy Kambogo devrait augurer d’une ère nouvelle pour la diplomatie gabonaise et ses représentants à l’étranger», espèrent de nombreux hauts fonctionnaires en poste dans les services centraux et des diplomates en poste dans les services extérieurs. Considérant comme un échec le passage à Batterie IV de deux diplomates de carrière, Emmanuel Issozé Ngondet et Nelson Messone, et d’un ancien Inspecteur général des missions diplomatiques et postes consulaires, Régis Immongault (avec la parenthèse Moubélet Boubéya), ces hauts fonctionnaires veulent croire que le nouveau chef de la diplomatie gabonaise est l’homme de la situation.

Il aurait, selon eux, l’avantage de sortir directement d’une ambassade (où il a donné une bonne image du Gabon et jouissait d’une bonne réputation) et d’être un excellent négociateur ayant permis des échanges économiques réguliers entre Libreville et Rabat. Pour eux, il est à même de convaincre le ministère du Budget de «délier un peu les cordons la bourse» pour redorer l’image du Gabon à l’étranger, trop écornée ces derniers temps et qui fait malencontreusement la rubrique des faits divers.

Abdu Razzaq Kambogo doit se montrer persuasif

Car, pour eux, «le principal problème est le manque de ressources financières». «Il faut, pense-t-on, trouver 11,8 milliards de francs pour régler les problèmes qui bloquent aujourd’hui le fonctionnement des missions diplomatiques gabonaises». Contrainte à une cure d’austérité sans précédent, et ne figurant plus parmi les priorités du gouvernement, la diplomatie gabonaise voit son image dégringoler sur la scène internationale. De ce fait, des Etats comme la Suisse souhaiteraient que l’ambassade du Gabon ferme ses portes, même s’il n’y a pas de rupture des relations diplomatiques entre les deux pays. Dans le même temps, des organisations internationales conditionneraient le renforcement de leur coopération avec Libreville au paiement des dettes vis-à-vis des ressortissants des pays dans lesquels elles sont installées.

Abdu Razzaq Guy Kambogo devrait, pour tirer les chancelleries gabonaises de la mauvaise passe qui perdure, être persuasif pour amener le ministère du Budget et des Comptes publics à mobiliser les 11,8 milliards de francs nécessaires à la relance de la diplomatie gabonaise. C’est, selon les experts financiers de l’Impasse Jean-Michel Ayouné (siège du ministère des Affaires étrangères dans le quartier Batterie IV à Libreville) la somme qu’il faut pour régler, aujourd’hui, l’ensemble des problèmes auxquels font face la trentaine d’ambassades et de consulats du Gabon, à commencer par le paiement des frais de retour au bercail des «plénipotentiaires» appelés, depuis plus d’un an, à faire valoir leurs droits à la retraite, à l’instar d’Emile Kakala Ngoussi (Tunisie), Charles Essonghé (Italie), Paul Patrick Biffot (Cameroun), René Makongo (Congo), Janvier Allogho (Guinée-Equatoriale) ou Corentin Hervo Akendengué (Nigéria), ainsi que ceux atteints par la limite d’âge mais qui n’ont pas été mis à la retraite, à l’instar de Moussa Pambou (Algérie).

Redorer l’image du Gabon

Ayant servi dans les services extérieurs, un haut fonctionnaire du ministère en poste à la Centrale estime qu’il «faut que la voix du Gabon redevienne audible et crédible, et elle ne peut le redevenir que si sa diplomatie se relève. Aussi, si ses quatre prédécesseurs ont donné, à chaque instant, l’impression que leur marge de manœuvre était étroite, Abdu Razzaq Guy Kambogo, lui, devrait renverser cette «tendance» en résorbant le (lourd) déficit du dispositif diplomatique gabonais». Avec son image d’élève sérieux et appliqué et de diplomate très habile, «il devrait faire bouger les lignes», dit-on ici à Batterie IV. «On devrait ainsi voir les services extérieurs par exemple, miroir de la diplomatie gabonaise, passer graduellement d’une attitude minimisant les conséquences du laisser-aller à une attitude soulignant la nécessité de redorer son blason», espère un ancien chef d’une mission diplomatique gabonaise en Asie. «Car, ajoute le plénipotentiaire à la retraite, ce qui est en cause ici, c’est l’image d’un pays qui a choisi, il y a une cinquantaine d’années, d’être un acteur non négligeable de la scène diplomatique et internationale». «Il faut sortir 11,8 milliards de francs pour régler tous ces problèmes d’intendance et de salaires impayés ; on ne saurait rester sans réaction face à la descente aux enfers de l’image du Gabon, et cela doit être compris par le ministère du Budget qui donne le sentiment de tout bloquer», suggère l’ancien ambassadeur du Gabon.

La reprise en main de la diplomatie devrait aussi se confirmer par la mise en place d’une nouvelle architecture diplomatique en ne gardant des ambassades que là où cela s’avère nécessaire. Elle passe aussi par la nomination de nouveaux ambassadeurs en lieu et place de ceux qui vont à la retraite, ainsi que de ceux dont les résultats paraissent notoirement en-deçà des espoirs placés en eux. Des ambassadeurs à la fois très politiques et très techniques. Des «technocrates politiques» pour emprunter le mot de l’ancien Secrétaire général de l’OUA, Edem Kodjo, parce que, «que ce soit dans le multilatéral à Bruxelles et à Genève, ou dans le bilatéral, à Rome, à Tunis, à Abuja, Brazzaville, Malabo et Yaoundé, il faut des hommes chevronnés rompus à la tâche, et non pas seulement des jeunes choisis pour leur parenté et leurs alliances» avec des «barons».

 
 

1 Commentaire

  1. diogene dit :

    «faut que la voix du Gabon redevienne audible et crédible, et elle ne peut le redevenir que si sa diplomatie se relève.”

    La voix du Gabon est à Rabat en chaise roulante et se bave dessus…

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