Quatre ministères, plusieurs ministres en fonction, une douzaine de hauts fonctionnaires et même l’autorité judiciaire… Le «Kévagate» dresse une inédite vue en coupe d’un vaste réseau de corruption. Tout en pointant les dérives d’une gouvernance politique peu orthodoxe, il relance le débat sur la vacance du pouvoir.

Le «Kévagate» pointe les dérives d’une gouvernance peu orthodoxe, marquée par la course à l’argent facile, le culte de la dissimulation et une certaine tendance à la manipulation politicienne. © ilragazzodellegn

 

À première vue, les acteurs de ce navet de série B sont tous des personnalités propres sur elles-mêmes, au-dessus de tout soupçon. Dans l’histoire de la lutte contre l’exploitation illégale des ressources naturelles, dans celle du transport maritime ou du commerce international à partir du Gabon, le «Kévagate» fera certainement date. Sera-t-il une étape marquante dans la marche vers une gouvernance plus vertueuse ? Seul l’avenir le dira. Pour l’heure, ce scandale agite les plus hautes sphères de l’État. Comme jamais auparavant, plusieurs administrations et de nombreux détenteurs de l’autorité publique sont concernés par la même affaire. Dans ce scandale aux effluves pestilentiels, pas moins de quatre départements ministériels sont mis en cause. Même si de nombreux points restent à clarifier, le gouvernement a, d’ores et déjà, demandé aux ministres impliqués d’en «tirer toutes les conséquences». Quand bien même, leur culpabilité reste à prouver douze hauts fonctionnaires ont été suspendus de leurs fonctions «à titre conservatoire» (lire «Les premières têtes sont tombées»).

Un certain dilettantisme

Par-delà le show médiatique, il faut se pencher sur la procédure. Ces 353 containers avaient-ils été mis sous scellés ? La force publique avait-elle été réquisitionnée pour assurer la sécurité des biens saisis ? Le lieu de stockage avait-il été choisi en connaissance de cause ? Le procès-verbal de circonstance avait-il été dressé ? Est-il disponible ? Dans une large mesure, la lisibilité de cette affaire dépend aussi des réponses à ces questions. À y regarder de près, l’autorité judiciaire n’est pas toujours exempte de tout reproche. Quelque part, elle a accusé de graves dysfonctionnements, révélateurs d’un certain dilettantisme. En tout état de cause, le «Kévagate» pointe les dérives d’une gouvernance peu orthodoxe, marquée par la course à l’argent facile, le culte de la dissimulation et une certaine tendance à la manipulation politicienne. Entre des administrations gangrenées par la corruption et une justice au service d’obscurs intérêts personnels, les conditions pour de petits arrangements entre amis sont réunies.

Dans ce scandale à tiroirs, de nombreux ténors du régime pourraient laisser sinon leur peau, du moins leur crédibilité : un proche parmi les proches d’Ali Bongo, en tout cas un des rares à être à ses côtés depuis le ministère de la Défense ; un ministre en fonction depuis maintenant 10 ans ; deux autres reconnus pour leur zèle et ; un dernier réputé proche de l’omnipotent directeur de cabinet du président de la République. Au-delà des évidences, ce casting incite à ne pas considérer le «Kévagate» comme une simple affaire de corruption. Il invite plutôt à y voir l’amorce d’une opération d’épuration politicienne ou tout au moins le début d’un règlement de comptes. Un ministre en fonction, peut-il s’autoriser à répondre publiquement et par voie épistolaire au gouvernement ? Le ministre des Forêts y a répondu par l’affirmative. Mieux, il est passé à l’acte (lire «Guy Bertrand Mapangou ne se sent pas concerné»). Du coup, une question s’impose d’elle-même : y a-t-il encore un pilote dans l’avion Gabon ?

Un capharnaüm entretenu

Les rebondissements du «Kévagate» éclairent d’un jour nouveau le débat sur l’identité du réel détenteur du pouvoir exécutif. Formulée de différentes manières, la même question revient : Ali Bongo est-il encore en capacité d’assumer les charges de président de la République ? Certains vanteront son «exceptionnelle capacité de récupération». Ils évoqueront les audiences accordées à diverses personnalités nationales ou étrangères. Mais les agissements de son premier cercle prêteront toujours à interprétation. D’autres auront le loisir d’annoncer un Conseil des ministres ou de prédire un remaniement imminent. Mais, ce capharnaüm entretenu par ses proches sèmera toujours le doute dans les esprits.

Incidemment, le débat sur la vacance du pouvoir vient de connaitre un nouveau rebond. Les mises en scène de ces derniers jours ont violemment percuté les révélations sibyllines du «Kévagate». Avec la foi du charbonnier, certains s’efforcent malgré tout d’éluder cette question. Seulement, les pratiques en vigueur indiquent autre chose. Au nombre de celles-ci, la quête d’argent facile et les luttes de positionnement. À Ali Bongo de sonner la fin de la récréation…

 
 

3 Commentaires

  1. Mimbo dit :

    Quel est ce pays où les affaires liées aux crimes rituels et aux détournements des deniers publics se solde toujours par des dossiers vides,et même l’assassinat dans les années 70 de Germain Mba ?
    Une seule question,que dire de la fin d’un tel système?

  2. Hô Chi Minh dit :

    Il n’est pas exclus de penser qu’ après tout cela(la fin du système) un juge se réveille un matin et trouve devant son portillon un carton ayant des documents pour noyer ceux qui ont fait du mal au pays et à la société par des actes délictueux.

  3. FINE BOUCHE dit :

    Ah ces petites phrases qui en disent long. “Un non évenement….” lorsqu’il s’agit de la sante d’Ali BONGO et “ne pas se sentir concerné” lorsque en tant que Ministère de tutelle votre responsablilité est engagée dans la fraude nationale du Kévazingo.

    Allo non mais Allo Ali tu réponds quoi?

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