Dans une longue lettre adressée à la conférence épiscopale et au clergé du Gabon, Raymond Ndong Sima s’est interrogé sur le positionnement de l’Église dans la vie publique du pays. La quasi-totalité des préoccupations se fonde sur 2016, où l’Église a brillé par des positions très discutables durant la présidentielle. 

Raymond Ndong Sima, l’ancien Premier ministre et candidat à la présidentielle de 2016. © D.R.

 

En bon chrétien de l’Église catholique, apostolique et romaine, Raymond Ndong Sima s’est fendu d’une lettre poignante adressée à la conférence épiscopale et au clergé du Gabon. Une correspondance dans laquelle l’ancien Premier ministre s’interroge sur l’attentisme et le mutisme de l’église du Gabon face à la «dérive continue de la gestion de la vie publique».

Par exemple, Raymond Ndong Sima regrette que l’Église n’ait pas pris position en 2016, durant l’élection présidentielle, «sur une question basique comme l’enrôlement des électeurs et la participation des chrétiens au vote en vue de contribuer au choix des différents élus du pays, en conscience et sur la base des valeurs chrétiennes. Elle n’a pas combattu vigoureusement cette attitude de lâcheté de tant de chrétiens gabonais qui ont choisi de se laver les mains en s’abstenant de prendre part au débat et au choix des solutions permettant d’améliorer la gouvernance du pays. Elle n’a rien dit ou presque sur la corruption des électeurs et l’achat des consciences, pratiques auxquelles le parti au pouvoir depuis une si longue période avait systématiquement et ouvertement recours».

Durant cette période, une partie du clergé et de l’Église du Gabon a plutôt brillé par ses prises de position pour certains candidats, sans se donner la peine d’exposer les raisons de son choix. «Dans certains cas, votre soutien est notamment allé à un processus construit sur un mensonge éhonté, par exemple lors de la recherche d’un candidat unique de l’opposition. Vous avez aussi choisi de vous taire devant la violation grossière de la loi électorale (…) Cette violation a créé les conditions de la fraude électorale qui allait suivre», a déploré Raymond Ndong Sima.

Une posture teintée de cynisme

Une attitude aux antipodes de la conception de l’ancien candidat à la présidentielle de 2016, pour qui l’Église doit se «mobiliser le peuple des croyants pour participer à la construction d’une société plus juste et plus morale, à sa transformation, combattre pour sa bonification». Malheureusement, l’on assiste plutôt à «la transformation d’une partie du clergé en aumôniers domestiques de certains hommes et femmes, de certains partis politiques sans jamais justifier leur soutien leur choix autrement que la pure subjectivité».

Raymond Ndong Sima a également relevé que l’Église a pris le virage de la prise de position pour certains, «sans avoir écouté et confronté les arguments de toutes les parties». «C’est malheureusement ce qu’une partie du clergé du Gabon et sa hiérarchie a fait en 2016 et qui fonde sa part de responsabilité sur ce qui s’est passé dans notre pays cette année-là et par la suite. C’est cette posture, teintée de cynisme qu’elle continue, trois ans plus tard, à mon grand regret à assumer sans se remettre en cause», a-t-il déclaré.

L’ancien Premier ministre espère que l’Église du Gabon mettra à profit son jubilé pour ouvrir le débat de son positionnement dans la vie publique du pays. «Non pas à travers des homélies puisqu’elles ne se prêtent pas à la contradiction ; mais dans le cadre de discussions formelles qui donneront à tous, la possibilité d’argumenter et de construire une position forte, partagée par ses fidèles, d’une Eglise du Gabon résolument engagée vers l’épanouissement de tous dans l’équité et en vérité», a-t-il conclu.

 
 

6 Commentaires

  1. ADN dit :

    Il n’était pas à l;investiture d’Ali Bongo?

    • Gayo dit :

      Ndong Dima à raison certes mais c’est un véritable hypocrite et manipulateur, qui est très mal placé pour donner des leçons. Il reproche à l’église de rien dire sur la corruption des électeurs et l’achat de conscience par le PDG depuis des années, ça ne l’a pas empêché d’adhérer à ce même parti, de devenir son premier ministre sans mener une seule action pour moraliser la pratique politique du camp qui était devenu le sien. Les leçons de moral dans ce pays deviennent du vent parceque les gens qui les disent n’ont même pas la légitimité parcequ’ils oublient qu’ils ont eux même profité de ces pratiques. Le fait que certains comme RNS parlent comme oubliant leur passé montrent qu’il n’y a aucune sincérité dans leur discours et que derrière leur déguisement en agneau peut se cacher derrière des vrais monstres. Non pas qu’un ancien pédégiste ne peut pas changer et se mettre derrière le peuple. Mais quand le premier signe pour discerner les hypocrites profitosituationistes, ils suffit de voir comment ils regardent la paille qui est dans l’oeil d’autres citoyens en oubliant la poutre qui est dans leur oeil.

  2. Julien dit :

    Je préfère une tête bien faite qu’une tête bien pleine (Montaigne).

  3. Un proverbe dit : Si tu monte sur une échelle, ne te moque pas de ceux que tu dépasse la taille. parce que le jour où tu tomberas, tu retrouveras les mêmes.

  4. Ndong sima dit :

    Je relis presque amusé ces commentaires. Le résumé de ma lettre est d’abord très incomplet. Ensuite cette lettre s’adresse à la conférence épiscopale et au clergé dont les auteurs des commentaires ne font pas partie sinon ils l’auraient précisé.
    Quant au reste je rappelle le mépris que méritent des intervenants publics masqués qui se permettent des commentaires qu’ils n’ont même pas le courage de soutenir en s’identifiant
    Je m’étonne qu’un journal sérieux comme Gabon review relaie de telles postures

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