En 2020, se tiendra à l’ONU, l’élection des membres non permanents du Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations-Unies (ONU). Candidate pour le compte de l’Europe de l’Est, l’Estonie sillonne les pays africains en vue de solliciter leur l’appui. Présent à Libreville du 12 au 14 février pour rencontrer les autorités gabonaises, Daniel Schaer, ministre des Affaires étrangères de l’Estonie évoque dans cette interview accordée à Gabonreview, les engagements de son pays et le type de relations qu’il entend nouer avec l’Afrique.

Daniel Schaer, Ambassadeur, ministre des Affaires étrangères d’Estonie, le 13 février 2019, à Libreville. © Gabonreview

 

Gabonreview : Vous effectuez une tournée africaine pour solliciter l’appui des pays africains à votre candidature au Conseil de sécurité des Nations-Unies. Ces pays sont-ils réceptifs à votre sollicitation ?

Daniel Schaer : Nous sommes dans une phase de découverte de l’Afrique en même temps que l’Afrique nous découvre. C’est une opportunité importante pour nous tous, parce que nous n’avons pas de liens historiques. Nous pensons que tous les pays sont intéressés par le numérique aujourd’hui. Nous venons pour écouter ce que les Africains peuvent nous dire. Ce qu’ils veulent et comment on peut travailler ensemble. Et nous avons fait la promesse que si nous sommes élus au Conseil de sécurité de l’ONU, nous allons travailler pour que les pays africains soient impactés par ce secteur intéressant qu’est le numérique aujourd’hui.

Pourquoi l’Estonie souhaite-t-elle briguer un siège au Conseil de sécurité de l’ONU. Est-ce pour s’ouvrir au monde ou pour réaffirmer votre indépendance vis-à-vis de votre grand voisin la Russie ?

En 1991, nous avons restauré notre indépendance. Nous avons mis beaucoup de temps pour devenir membre de l’Union européenne et après, membre de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN). En 2005, nous avons entrepris d’élargir nos contacts dans le monde. Nous nous sommes présentés au Conseil de sécurité de l’ONU. Nous avons également fait beaucoup d’autres groupes tels que le conseil de droits de l’homme à l’ONU. C’est en 2006 que nous avons vraiment commencé la campagne pour le Conseil de sécurité de l’ONU.

Si nous voulons briguer ce siège, c’est d’abord pour tisser des relations avec de nouveaux amis. C’est également une opportunité de découvrir le monde. De l’autre côté, l’Estonie n’a jamais brigué le siège au Conseil de sécurité de l’ONU. Nous pensons que tous les pays membres de l’ONU devraient effectivement avoir cette opportunité de se présenter et briguer ce siège. C’est non seulement un droit, mais une obligation pour notre pays.

Nous devons participer à la prise des décisions pour nous, nos amis et pour les autres. On peut également représenter les petits pays du monde et être sûr de partager les mêmes informations. Il y a un sujet qui n’est pas assez évoqué dans le monde comme la cybersécurité. Or, ce sujet occupe une place importante dans les questions de sécurité internationale aujourd’hui. Il existe un risque réel d’attaque des infrastructures et même des États susceptibles d’entrainer la mort de plusieurs centaines des personnes dans le monde. Pour nous, ce sont entre autres, les sujets qui devraient être abordés au conseil de sécurité de l’ONU, si nous sommes élus.

L’Estonie est opposée à quel pays à cette élection et combien de voix comptez-vous avoir en Afrique pour maximiser vos chances ?

Nous sommes opposés à la Roumanie pour le compte de l’Afrique de l’Est. Il nous faut avoir 2/3 des voix sur 293 votants. L’Afrique étant la région la plus importante avec 54 voix, il nous faut finalement avoir au moins 51 voix pour gagner et je pense que nous sommes en bonne voie.

L’Estonie n’est pas assez connue en Afrique, notamment par la jeunesse africaine. Que peut faire votre gouvernement pour que le génie estonien soit bien connu ?

Nous revenons de l’Éthiopie au sommet de l’Union africaine, avec la présidente, où nous avons eu un échange avec la présidente de l’Éthiopie. Elle a dit à notre présidente qu’elle est un modèle pour les plus jeunes de son pays. Ce que nous pouvons faire ensemble avec l’Afrique, ce n’est pas leur imposer ou montrer quoi que ce soit, ou encore donner des leçons sur ce qui est bien ou pas pour elle. Mais d’œuvrer afin de renforcer les acquis des pays africains.  Nous voulons simplement partager notre expérience, montrer comment nous avons travaillé et je pense plusieurs pays peuvent s’en inspirer.

Nous voulons également aider les dirigeants africains à livrer les bons messages à la jeunesse africaine sur les opportunités qui existent dans le monde aujourd’hui. Parce que ces opportunités existent réellement, en dépit des difficultés. Les jeunes Africains ont le droit de croire en leurs rêves, rechercher les opportunités qui s’offrent à eux, affirmer leur identité, parce que sans cette identité vous n’existez pas.

L’Afrique a un potentiel énorme et même les entreprises l’ont compris, contrairement au marché européen qui est saturé. Cela passe par l’éducation et la vulgarisation de la bonne information. C’est à ce niveau où le numérique peut jouer un rôle important. Et tout le monde peut accéder à ces opportunités aujourd’hui, grâce aux outils du numérique parce que le monde est désormais ouvert.

Nous envisageons également de signer des accords de libre-échange avec l’Afrique.  C’est ce que nous avons fait en tant que petit pays en Europe. Nous avons créé une zone de libre-échange avec nos voisins immédiats que sont la Finlande et la Suède. C’est tout cela qu’il faut mettre en place, parce que je vois que les échanges commerciaux entre pays africains sont insignifiants.

C’est vraiment l’une des meilleures solutions : travailler avec ses voisins immédiats, oeuvrer pour la construction des infrastructures, assurer les libertés des personnes et des biens et le reste viendra seul. Parce qu’à travers la liberté, nous pouvons avoir les opportunités d’emplois et donc avoir ce genre de partenariat en Afrique, c’est très important.

Propos recueillis par Jean-Thimothé Kanganga

 
 

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