Face aux lycéens, l’usage intempestif de la force ravive le ressentiment populaire vis-à-vis des forces de sécurité, soulignant l’urgence de rompre avec cette conception rétrograde du maintien de l’ordre.

Répression ou dispersion d’une marche d’élèves au PK8, l’ancien Premier ministre Raymond Ndong Sima (en médaillon), parle de deux «policiers en civil [ayant] fait usage de leurs armes de poing à plusieurs reprises». © Montage Gabonreview

 

Des lycéens fuyant pour échapper aux tirs de grenades lacrymogènes ? Ces images n’honorent nullement notre pays. En absence de faits répréhensibles, elles ne se justifient pas. Loin de le calmer, cet usage intempestif de la force peut catalyser la radicalisation du mouvement. Malgré elle, l’ensemble de la société pourrait se retrouver dans un engrenage de manifestations de rue et répressions policières. Tout cela ravive le ressentiment populaire, contribuant à enraciner la défiance populaire vis-à-vis des forces de l’ordre. Au risque d’accentuer la déchirure du tissu social, il faut en finir avec ces pratiques surannées. Il y a urgence à rompre avec cette conception rétrograde du maintien de l’ordre.

Lutte contre le grand banditisme ou maintien de l’ordre ?

Comme l’a écrit à maintes reprises Gabonreview, le maintien de l’ordre ne peut servir de prétexte à la restriction des droits et libertés. Garant de la protection des personnes et des biens, le gouvernement ne peut couvrir certains dérapages. Nullement synonyme de répression, le maintien de la paix civile suppose le respect du droit à la liberté d’opinion et d’expression, du droit à la sûreté de la personne, du droit de circuler, du droit de manifester et, du droit à la propriété. Vu sous cet angle, le recours à la force est conditionné par deux exigences : l’absolue nécessité et la proportionnalité. A ce jour, ni le gouvernement ni les forces de sécurité ne semblent le comprendre.

Selon un témoignage de l’ancien Premier ministre Raymond Ndong Sima, «(deux) policiers en civil ont fait usage de leurs armes à poing à plusieurs reprises», le 10 mars courant, aux alentours du PK 8. Même s’ils ont «tiré (…) en l’air», un tel comportement ne saurait être toléré. Si besoin s’en trouvait encore, cette «bavure» souligne une incompréhension originelle : toute tournées vers la sécurisation de l’Etat et de ses représentants, les forces de sécurité ne se sont jamais senties obligées d’assurer la protection des citoyens. Très peu équipées, mal formées, elles ont succombé à l’endoctrinement. Pour elles, tout mouvement de revendication est une révolte contre la puissance établie. Toute contestation, un soulèvement contre les institutions. S’étant éloignées des fondamentaux, elles ont installé la confusion entre lutte contre le grand banditisme et maintien de l’ordre.

Mieux encadrer les réunions et manifestations publiques

Comme son accoutrement, l’arsenal de la police est révélateur de ce dangereux glissement. Entre cagoules, boucliers, matraques, gourdins et grenades lacrymogènes, on croit avoir affaire à des brigades antiterroristes. Pourtant réservée à la lutte contre le grand banditisme, la cagoule est devenue systématique. Pour les policiers, elle est une garantie d’anonymat. Craignant d’être filmés, à l’ère des téléphones intelligents et des réseaux sociaux, ils disent redouter d’éventuelles représailles. N’empêche, cette pratique est aussi un passeport pour l’arbitraire. Dans la relation aux populations, elle est source de tensions. Comment alors espérer un encadrement plus policé et plus respectueux des bonnes pratiques ?  Comment s’étonner du traitement réservé au mouvement de contestation de la réforme des conditions d’attribution des bourses ? Pour le pouvoir, le mouvement d’humeur des lycéens était pourtant une occasion de convaincre l’opinion de sa volonté de mieux encadrer les réunions et manifestations publiques. Ne l’ayant pas compris, il vient de la gâcher.

Pendant combien de temps ces lycéens battront-ils encore le bitume ? Comment leur mouvement se terminera-t-il ? Nul ne le sait. Au vu de la pertinence de leur revendication, on se contentera de leur conseiller de se garder de tout acte d’incivilité. On se permettra tout autant d’inviter la police à éviter tout comportement pouvant restreindre leurs libertés ou attenter à leur intégrité physique. N’en déplaise aux initiateurs de la réforme querellée, le Gabon a grandement besoin d’investir dans le capital humain. Autrement dit, il a tout à gagner à former sa jeunesse et à la garder en bonne santé. Non négociable, cette double demande ne saurait être étouffée par la répression policière. Il en va de l’image de nos forces de sécurité. Surtout, il en va de l’avenir du pays et de sa capacité à faire face aux enjeux du futur.

 
 

5 Commentaires

  1. Yves dit :

    A CROIRE QUE CES POLICIERS N’ONT NI ENFANTS A L’ECOLE, NI PARENTS AU GABON. A SE DEMANDER S’ILS SONT GABONAIS? OU SONT-ILS DES MERCENAIRES RECRUTES POUR LA CAUSE?
    AILLEURS LES POLICIERS QUI ENCADRENT LES MANIFESTATIONS NE SONT JAMAIS CAGOULES ; C’EST PLUTOT CEUX QUI LUTTENT CONTRE LE GRAND BANDITISME QUI LE SONT. CE QUI SIGNIFIE CLAIREMENT QU’AU GABON LES MANIFESTANTS SONT PRIS COMME DES GRANDS BRIGANDS.

    SOMMES NOUS EN PRESENCE DES POLICIERS MERCENAIRES? OU BIEN “LES GOUVERNANTS” ACTUELS PRENNENT LES MANIFESTANTS PACIFIQUES COMME DES BRIGANDS?

    CEUX QUI “GOUVERNENT” DOIVENT ECLAIRER L’OPINION PUBLIQUE.

    DANS LE CAS CONTRAIRE, ILS SONT RESPONSABLES DES CONSEQUENCES DE LA REPRESSION DES MANIFESTANTS; ET LES POLICIERS CAGOULES SONT DES BRIGANDS; ILS DOIVENT REPONDRE COMME TEL DEVANT LA JUSTICE.

  2. Mimbo dit :

    Cette police est à l’image des tenants du pouvoir,la République n’existe pas ce qu’il y a d’important ce sont leurs postures actuelles .

  3. Hô Chi Minh dit :

    Le bateau est ivre ,les jeunes officiers de police judiciaire sont livré à eux même fonctionnant avec des anciens schémas tout en ignorant que le contexte change sous leurs yeux.IL y a aussi que la chaîne de commandement a rompu ,celui qui pouvait donner le nombre de mort à ne pas franchir n’est plus là.Contrairement à ce que certains pensent,la crainte de rendre les comptes gagne les rangs des exécutants de 2009 à nos jours.Même si le donneur d’ordre c’était permis de dire à haute voix” qu’il a été ministre de la défense il n’y a jamais eu de mort”.Le message semble clair,mais ne le disculpe pas.

  4. Vraiment otchotcha " endoctrinés" dit :

    “Très peu équipées, mal formées, elles ont succombé à l’endoctrinement. Pour elles, tout mouvement de revendication est une révolte contre la puissance établie. Toute contestation, un soulèvement contre les institutions.”

    C’est ça là-même !!! On gère le Gabon comme une plantation du 19è siècle. Vous avez le Gabon (plantation), les maîtres esclaves (gouvernants), le peuple (esclaves) et les forces de l’ordre (gardiens de la plantation).

    Pour moi quoi?…. OTCHOTCHA!

  5. Barbe dit :

    Le véritable problème est que ces Policiers ont de la chance que les Gabonais sont affaiblis par ces multitudes d’églises qui soit disant qu’ils vénèrent le Dieu tout puissant qui est Jésus-christ alors qu’ils sont entrain de faire le contraire, sinon certains de ces policiers auraient subi le sors qu’un camerounais brulé au PK 5 en 1993 par les Gabonais. A cet époque y a en avait encore le sens patriotique au Gabon mais aujourd’hui ils profitent des divisions causés et la peur inculpé par les églises dans les têtes des Gabonais aussi de nos hommes politiques qui se laissent faire. C’est ça qui cause une totale confusion des force de l’ordre, si on répliquait à chaque fois que ces corps habillés tuent les Gabonais on réussit aussi à tuer un corps habillé ils se méfieront aussi comme ça c’était passé en 2016 à Oyem un policier qui avait été fusié parce qu’il avait commencé à tirer sur les gens pour les intimider.

    Bravo M. NDONG SIMA

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