Alors que circulent des révélations sur l’éviction de Christian Magnagna du gouvernement, indiquant qu’il aurait conclu un accord de plusieurs milliards de francs CFA avec l’un des créanciers de l’Etat, à l’insu du gouvernement et l’Agence judiciaire de l’Etat, nombreux oublient qu’il est l’objet de traquenards et de fake news depuis de longs mois. Récapitulatif.

Christian Magnagna, alors qu’il était ministre de l’Equipement, des Infrastructures et des Mines. © industries.gouv.ga

 

Évoquant les rapports entre Eramet et le Gabon, le quotidien progouvernemental L’Union dénonçait, le 20 février 2018, «un contrat léonin» et «un marché de dupes». Si cette titraille survenait après le déraillement, deux semaines auparavant, d’un train minéralier, les sources bien informées indiquaient que Christian Magnagna, alors ministre des Mines, n’en était pas bien loin. Il se murmurait alors que celui-ci avait découvert des irrégularités quant à l’exploitation du manganèse gabonais. Ali Bongo avait alors donné carte blanche au ministre pour tirer les choses au clair. L’ancien député du 2ème siège de la Lébombi-Léyou (Mounana) et membre du Bureau politique du Parti démocratique gabonais (PDG) fit à cet effet un voyage en France. Un avocat fut engagé, des contacts au sommet d’Eramet et un rendez-vous furent pris.

Eramet business et députation à la Lébombi-Léyou

Malencontreusement, Christian Magnagna fut empêché de ce rendez-vous. Un traquenard largement diffusé dans la presse le fit passer pour un Wanted (recherché) du service d’enquête de Traitement du renseignement et d’action contre les circuits financiers clandestins (Tracfin). On prétendit alors qu’il avait viré de colossales sommes d’argent sur le compte d’une Société civile immobilière (SCI), dont il serait le gérant. De ce fait, il ne pouvait se rendre en France. Alors qu’à la vérification il ne s’agissait que d’intox, Magnagna fut remplacé au pied levé par Brice Laccruche Aliangha. Le directeur de cabinet du président Ali Bongo rencontra, à l’Elysée, Franck Paris et Alexis Zajdenweber, respectivement conseillers Afrique et Industrie d’Emmanuel Macron auxquels il réitéra les préoccupations de Christian Magnagna qui, vraisemblablement, venait d’être écarté d’une affaire ayant une perspective de gros sous. Avec le flottement institutionnel généré par les soucis de santé d’Ali Bongo et l’impérieuse nécessité de donner des gages de continuité à la France, la mise au ban de Magnagna était une bonne monnaie de change, estiment de nombreux observateurs.

L’adversité contre Christian Magnagna s’est par la suite corsée à la faveur des dernières législatives avec l’ambition ouverte d’Hervé Patrick Opiangah, conseiller du chef de l’Etat gabonais, de s’arroger son siège de député de la Lébombi-Léyou (Mounana). Sur des combinaziones d’arrière-boutique, le PDG a préféré et y a propulsé le président de l’Union pour la démocratie et l’intégration sociale (UDIS), Hervé Opiangah, visiblement en quête absolue d’immunité parlementaire et du leadership de la localité concernée. Ceux qu’on nomme aujourd’hui la caste de Rabat avaient donc décidé d’en finir avec Magnagna depuis l’intrigue autour d’Eramet. Et arrive l’affaire Eurofinsa pour enfoncer le clou encore plus loin.

Et vint l’espagnol Eurofinsa

 Ainsi deux semaines après avoir prêté serment devant le chef de l’Etat après sa reconduction au gouvernement, Christian Magnagna a fini par être éjecté de son poste de ministre des Mines, le 30 janvier dernier. La Lettre du Continent pense en connaître les raisons. «Longtemps chargé de gérer les contentieux avec les créanciers du Gabon, cet ancien ministre du Budget doit son départ  à un accord avec l’un d’eux», soutient le courrier d’information confidentiel. Celle-ci indique qu’un procès opposant l’Etat gabonais au groupe de BTP espagnol Eurofinsa s’ouvre le mois prochain à Paris devant la Cour internationale d’arbitrage de la Chambre de commerce internationale. Le contentieux porte sur «la construction de la route nationale 1 et du stade Obo [Omar Bongo Ondimba – ndlr] sur des préfinancements de la Société générale et la Deutsche Bank». Mais ces chantiers furent arrêtés en 2016 «en raison du non-paiement de l’Etat. L’année suivante, Eurofinsa a engagé un arbitrage pour réclamer 92 millions d’euros (plus de 60,3 milliards de francs CFA, ndlr). Tout en contestant cette facture, Libreville a de son côté, demandé le versement de pénalités pour malfaçons ainsi qu’un reliquat fiscal».

Hasard d’agenda ou calcul malsain de l’ex-ministre des Mines ? Il se trouve qu’alors que le Gabon était sans gouvernement à la date du 20 décembre 2018, Christian Magnagna a rencontré le staff d’Eurofinsa à Paris, leur proposant d’abandonner les poursuites en échange de 55 millions d’euros (plus de 36 milliards de francs CFA, ndlr) et l’effacement de la dette fiscale. Il a fini par obtenir la signature d’un protocole à cet effet, le 4 janvier. Et l’Agence judiciaire de l’Etat, qui pilote le dossier contre Eurofinsa, de s’étonner de n’avoir pas été associée à cette négociation ni même avertie. «Le Premier ministre Julien Nkoghé Békalé s’est également inquiété de savoir pourquoi les ministres du budget et de la justice n’avaient pas été consultés», révèle la lettre confidentielle. Christian Magnagna a-t-il négocié en son nom propre ? N’allait-il pas en informer sa hiérarchie ? Etant connu qu’il a été «longtemps chargé de gérer les contentieux avec les créanciers du Gabon», n’était-il pas dans une procédure habituelle n’impliquant que le chef de l’Etat gabonais dont il était un protégé ? Celui-ci a en effet entretenu sa permanence au gouvernement depuis son premier septennat. Ali Bongo aurait-il agit comme l’ont fait quelques membres de la caste de Rabat ?

Alors qu’il économisait 24 milliards de francs CFA avec la négociation de l’ancien ministre de l’Equipement, des Infrastructures et des Mines, le Gabon a dénoncé le protocole en arguant qu’au moment où il a été signé, le gouvernement ne siégeait pas. En mars, l’arbitrage aura donc bien lieu… sans Christian Magnagna qui a été remplacé aux Mines par Tony Ondo Mba.

 
 

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