Face à un pouvoir habitué à évoluer dans l’opacité ou à agir avec désinvolture, l’opinion se remémore le passé, fustigeant l’omnipotence de la Cour constitutionnelle.

Hormis les inconditionnels du régime, plus grand monde ne croit en la sincérité des institutions. Échaudée par les mensonges distillés çà et là, dénonçant l’opacité ambiante, l’opinion publique sombre dans l’exaspération. © Gabonreview/Shutterstock

 

Le Gabon de Charybde en Scylla. Le week-end écoulé a été marqué par un enchaînement surréaliste : nomination d’un Premier ministre au cœur de la nuit, à l’heure de tous les cambriolages (lire «Surprise et retour au passé») ; relégation d’un ancien chef du gouvernement au rang de médiateur de la République sans tenir compte des incompatibilités liées à son mandat parlementaire ; reprofilage du cabinet présidentiel hors de toute base légale ; publication d’un gouvernement en temps record depuis la capitale d’un pays étranger (lire «Un gouvernement pléthorique»)  et, promotion d’une personnalité récemment mise en cause par la Cour des comptes (lire «Nkoghe Békalé épinglé»). Contraires à l’éthique républicaine, peu en phase avec la pratique démocratique, ces faits suscitent indignation, dégoût voire colère. Entre appels au sursaut patriotique et questionnements sur la pertinence de ces agissements, l’opinion balance.

Exaspération

Aux doutes sur l’état de santé d’Ali Bongo se sont ajoutées des interrogations sur l’authenticité voire l’existence d’actes administratifs signés de lui. Aux questions sur ses réelles capacités se sont greffées des conjectures sur l’identité du donneur d’ordre. À la controverse sur la légalité des procédures se sont additionnés des développements sur la morale publique. Si l’enchaînement du week-end écoulé sert des intérêts particuliers, il ne contribue nullement à clarifier la situation. Bien au contraire, il en rajoute au clair-obscur, ouvrant la porte aux fantasmes de toute sorte. Suspectant le «faux en écriture publique», de nombreux observateurs exigent la publication des décrets invoqués. D’autres soupçonnent un dirigeant étranger d’agir en sous-main. Il s’en trouve aussi pour rappeler les dispositions légales, notamment l’article 20 de la Constitution.

Au demeurant, ces réserves sont motivées par une inconnue de taille : la capacité d’Ali Bongo à assumer les devoirs de sa charge. Près de trois mois après le déclenchement de ses ennuis de santé, le point de rupture semble atteint. Hormis les inconditionnels du régime, plus grand monde ne croit en la sincérité des institutions. Échaudée par les mensonges distillés çà et là, dénonçant l’opacité ambiante, l’opinion publique sombre dans l’exaspération. Pointant des entorses aux dispositions légales, elle échafaude les scénarii les plus improbables. Après tout, le président de la République est réputé convalescent. Malgré les insuffisances de la loi organique n° 11/98 fixant les modalités de délégation des pouvoirs, l’action publique aurait dû se réduire à la suppléance. En clair, elle aurait pu se limiter aux tâches administratives du domaine présidentiel. Eu regard de la délicatesse du moment, les questions politiques auraient pu être laissées en suspens. Pourquoi fallait-il absolument les traiter sans faire la lumière sur la santé de la clef de voûte des institutions ?

Faire triompher la transparence

Face à un pouvoir habitué à évoluer dans l’opacité ou à agir avec désinvolture, l’opinion se remémore le passé, fustigeant l’omnipotence de la Cour constitutionnelle. Pourquoi annoncer un changement de Premier ministre à une heure indue ? Pour mieux surprendre ? Et pourquoi faut-il surprendre ? Pourquoi tout organiser au pas de charge ? Pour placer la population devant le fait accompli ? N’est-ce pas une façon d’éviter toute explication ? N’est-ce pas une façon de tenir les forces sociales en dehors du débat public ? Comment justifier des nominations à des «emplois supérieurs civils» en dehors d’un Conseil des ministres ? À s’y méprendre, l’enchaînement du week-end écoulé ressemble à celui de la calamiteuse présidentielle d’août 2016.  Comme si on ne pouvait passer à un mode opératoire plus respectueux des principes. Comme s’il fallait absolument rejouer le même vaudeville, avec les mêmes acteurs, pour le bénéfice des uns et au grand dam des autres.

Peu importent leurs motivations, les événements du week-end dernier ont davantage creusé le fossé entre les institutions et l’opinion publique. Surtout au vu de l’identité du principal bénéficiaire : soupçonné de «malversations financières», le nouveau Premier ministre apparaît comme un  homme fragilisé. Ce choix est vu comme la traduction d’une volonté de s’attacher les services d’une personnalité corvéable à merci, prête à tous les arrangements, y compris les plus discutables. Il lui sera particulièrement difficile d’éloigner ce soupçon sans modifier la gestion de la période particulière née des ennuis de santé d’Ali Bongo. Pour ainsi dire, s’il ne parvient pas à faire triompher la transparence, Julien Nkoghé Békalé demeurera inaudible. Or, ça c’est loin d’être gagné.

 
 

3 Commentaire

  1. sergio dit :

    il y a bien incompatibilité entre la médiature de la république et le mandat de député de l’ex PM. De plus le nouveau PM est reconnu coupable de détournement de dénier publique, qui l’ignore dans ce pays?

  2. Le sultant dit :

    Une association des malfaiteurs braqueurs qui a pris en otage tout un peuple. Il faut un vrai Lucky luke pour les arrêter.

  3. LUKUMBO dit :

    La seule chose qui reste à c’est un soulèvement populaire .
    Entre ésotérisme,fétichisme,banditisme,mutisme surnaturelle ,incivisme d’état,lesbianisme,homosexualité,incompétence notoire,trîcheur éternel.
    Même si on donnait à gouvernement le budget entier du japon ,rien de bon ne sortira de là .
    Le 1er ministre est lui même un voleur national et certifié .
    Vraiment ! Que des oeufs pourris .

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