Accusé d’avoir passé, de gré à gré, avec Aurélie Ntoutoume, des marchés en rapport avec l’Éducation nationale et l’Enseignement supérieur dont il était le ministre, Séraphin Moundounga a tenu à se dédouaner, à travers une mise au point parvenue à Gabonreview. S’il assure que les budgets de son ancien ministère étaient gérés par l’Agence nationale des grands travaux à la présidence de la République gabonaise, il dénonce en même temps la bouc-émissarisation pour une théâtralisation de la croisade anticorruption en cours. Son nom, estime-t-il, a été mis sous les feux des projecteurs pour décrédibiliser le combat qu’il mène depuis qu’il s’est démarqué du système Bongo. Ci-dessous la mise au point intégrale de l’ancien vice-Premier ministre, ministre de la Justice, Garde des Sceaux.

Séraphin Moundounga, président de l’ONG Unité et ancien vice-Premier ministre, ministre de la Justice, Garde des Sceaux. © JDD

MISE AU POINT GESTION BUDGÉTAIRE

Je découvre dans les médias l’invocation des marchés passés à l’Éducation nationale, un ministère que j’ai quitté depuis 6ans et, 3 ans après ma démission du gouvernement en protestation des graves violations des Droits de l’Homme et de la confiscation de la volonté souveraine du peuple par un régime transformé en tyrannie jusqu’à nos jours et qui ne fonctionne, désormais, que par le mensonge de tout genre, la manipulation et l’instrumentalisation de l’appareil de l’État.

À mon arrivée à la tête de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur en octobre 2009, l’ensemble du système éducatif gabonais était, depuis des décennies, gangrené par une crise généralisée, car structurelle, organique et fonctionnelle.

L’université Omar Bongo (UOB), la toute première université du Gabon, au cœur de Libreville, était abandonnée dans la jungle où enseignants-chercheurs, chercheurs et étudiants survivaient dans une situation de déshumanisation totale, car en cohabitation, dans la brousse et la haute herbe, avec des reptiles (cobras, vipères, pythons, varans…), des asticots, jusque dans les rez-de-chaussée des logements étudiants et des marécages nauséabonds et infestés des larves des moustiques. L’ensemble des bâtiments en délabrement et les amphithéâtres en sureffectifs au point où c’est assis à même le sol ou debout depuis la véranda que certains étudiants suivaient les cours.

À l’issue d’une visite de prise de contact dans cette université et bien d’autres établissements, j’ai fait une communication en conseil des ministres, rendant compte de la situation désastreuse et des risques auxquels étaient exposés les usagers de cette université, en appuyant mon propos par une vidéo que j’ai remise à Monsieur Ali Bongo, à l’époque Chef de l’État.

Décision avait été prise d’engager des travaux urgents en sollicitant, en procédure d’urgence, des entreprises qui accepteraient de commencer immédiatement les travaux et se faire payer au fur et à mesure de l’avancement des chantiers, en attendant la mise en œuvre d’un financement de la Banque africaine de développement (BAD).

Aussi, les travaux, mobilisant plusieurs entreprises volontaires, dans un pays où la commande publique n’était plus crédible, ont commencé et avançaient à la grande satisfaction des enseignants-chercheurs, chercheurs et étudiants et autres usagers.

Tous les marchés ont été négociés, visés techniquement et signés par tous les ministères concernés (direction générale du budget, direction générale des marchés publics, direction générale du contrôle financier, avant que tout cela ne soit regroupé en direction générale des finances publiques), en procédure d’urgence, conformément à la loi et aux instructions du Président de la République en conseil des ministres.

Pour les travaux qui nécessitaient d’être honorés en au moins deux exercices budgétaires, les entreprises ont commencé à se plaindre des payements qui devenaient difficiles, dans les services du ministère du Budget, le prêt BAD n’avait pas été débloqué et on est rentré dans le cycle infernal des budgets non exécutés, chaque année, de la plupart des ministères et dont les travaux, même ceux en cours, devraient être reportés, sans fin et sans explication, à l’année suivante, car les priorités avaient été modifiées depuis le sommet, mais les ministres doivent assumer devant le parlement, la population cible et le peuple tout entier. C’est malheureusement la situation jusqu’à ce jour.

Ayant compris le piège, qui consiste à faire porter aux ministres des travaux inachevés, alors les budgets, affichés théoriquement sur papier, sont inexécutés, j’ai écrit au Chef de l’État lui annonçant ma décision de mettre le budget du ministère, sous gestion de l’Agence nationale des grands travaux (ANGT devenue ANGTI), organisme qui lui est directement rattaché et placé sous sa seule responsabilité, au point de ne même pas répondre devant le parlement.

Très heureux de mon initiative, le Chef de l’État m’en a félicité et me prenait constamment en exemple, jusqu’à ce que les autres ministres ont été surpris de la décision unilatérale, prise depuis le sommet et plaçant leurs budgets sous la gouvernance de l’ANGT, auprès de qui ils étaient tenus de s’y rendre, à chaque fois, signer les marchés des travaux négociés par ladite ANGT.

Pour le transfert effectif du budget de tout mon ministère et de tous les marchés des travaux en cours, à l’ANGT, j’avais présidé, entouré des collaborateurs, une séance travail réunissant tous les responsables d’entreprises ayant des marchés à Libreville ou à l’intérieur du pays, ainsi que le directeur général de l’ANGT et ses collaborateurs.

À cette occasion, j’avais expressément demandé au directeur de l’AGNT de faire une contre-expertise de chacun des travaux en cours, dans tout le pays, notamment en termes des réalisations effectives, des sommes perçues, des payements réclamés et des travaux restants.

Le diagnostic de l’ANGT réalisé, j’ai à nouveau réuni tout le monde. Aussi, constat avait été fait qu’au regard travaux réalisés par les entreprises, lesdits travaux étaient supérieurs aux payements effectués par Trésor public et que les cahiers de charges étaient respectés. L’ANGT était ainsi en charge de faire aboutir les payements attendus tout en veillant à la poursuite et finalisation des travaux, dans le respect des cahiers de charges.

Lorsque j’ai organisé la première visite des chantiers sous gestion ANGT, dans les établissements scolaires et universitaires dont l’UOB, ensemble avec le directeur de l’ANGT et ses collaborateurs, constat a été fait que plusieurs chantiers étaient arrêtés, car l’ANGT n’avait pas encore pu faire payer les sommes dues. Le directeur général de cette agence s’engagea, publiquement, de s’en occuper personnellement.

À chaque visite des chantiers, la situation était récurrente et atteignait aussi les nouveaux chantiers négociés par l’ANGT.

Au moment où j’ai invité l’ANGT pour la visite des chantiers, en période prérentrée des classes 2013-2014, Monsieur Liban Souleman, à l’époque-chef de cabinet du Chef de l’État, me signifia que ce dernier m’instruisait de faire cette visite des chantiers en me faisant accompagner, seulement et curieusement, par la presse présidentielle, avant d’ajouter que tous les autres media, publics ou privés, ne doivent nous accompagner.

Une telle instruction me paraissant bizarre, j’ai refusé de l’appliquer et suis allé faire la visite avec tous les media disponibles, car je ne voulais pas accepter qu’on cacha la vérité aux Gabonaises et Gabonais.

Un peu partout le constat des engagements non tenus par l’ANGT était le même. Après l’étape du Lycée d’Oloumi, toute l’équipe de l’ANGT a déserté la mission que j’ai continuée dans les autres établissements scolaires et universitaires avec les collaborateurs, les entreprises et les media, mais sans l’ANGT.

Résultats, une grève des élèves en novembre-décembre 2013 rejetant les reformes des états généraux de l’éducation de 2010, puis ma mutation au ministère de la Justice en début 2014.

Aussi, si pendant cette période de gestion ANGT ou après mon affectation à la Justice, des entreprises auraient été payées au-delà des travaux effectifs, l’ANGT, devenue ANGTI, doit l’expliquer.

Entre ceux qui voulaient transférer l’université Omar Bongo à Boué et ainsi de ne plus y implanter des lourds investissements, et nous qui pensions qu’après la démolition des palais de la cité de la démocratie, il ne fallait pas s’attaquer à un autre monument historique et symbole du Gabon, tout en évitant de déstabiliser toute la systémie de Boué en y transférant les grèves et révoltes des étudiants, avec le risque pour les populations locales de subir l’arrivée massive de plus de 10 milles étudiants, ainsi que des enseignants-chercheurs et leurs familles, sans possibilité de trouver de logements, faute d’une offre locale suffisante, la logique d’abandonner l’UOB est restée prégnante au point où l’ANGT a préféré, contre mon gré, d’importer du préfabriqué pour construire les amphithéâtres de l’UOB et de l’ENSET et certaines salles de classes. D’ailleurs, il a fallu que j’insiste pour que l’ANGT accepte de faire installer des appareils de climatisation dans ces préfabriqués, comme je l’avais déjà fait faire pour les anciens amphithéâtres et autres salles ainsi que les amphithéâtres de l’université d’Owendo. La meilleure solution pour Boué c’est de leur construire une université une nouvelle université au lieu de leur transférer l’UOB.

C’est dans ce contexte contraint, complexe et volontairement piégé, que quelques investissements scolaires et universitaires ont été réalisés et, chacun peut se faire, dès lors, son idée sur les raisons pour lesquelles mes multiples successeurs, 6 ans durant, peinent, comme dans les autres ministères, à faire exécuter les différents budgets centralisés au ministère des Finances et à la présidence et gérés par l’ANGT.

Lorsqu’il m’a été rajouté la Jeunesse et le Sport, j’ai trouvé les mêmes engagements toujours promis, mais jamais tenus de l’ANGT, notamment s’agissant des travaux du stade omnisport de Libreville abandonnés par l’entreprise, faute de payements promis.

Lorsque je suis arrivé au ministère de la Justice, même problème entre l’ANGT et une entreprise espagnole pour la construction de la nouvelle prison à Nkoltang, ban-lieu de Libreville.

Pour la plupart des ministères, les budgets inscrits, chaque année, ne sont jamais exécutés, sinon exécutés à hauteur de 10 à 20%, car les crédits sont réorientés vers des dépenses hors budget, décidés à l’insu des ministres et en violation des autorisations parlementaires.

C’est ainsi que nous avons signé, sans inscriptions budgétaires, le marché, de gré à gré, avec le cabinet américain McKinsey, sur instructions du Chef de l’État aux Ministres (Santé, Éducation nationale, Affaires sociales…), données au cours d’une audience à son cabinet en présence de l’entreprise ; groupe McKinsey qui abouti aux mêmes résultats, dans le domaine éducatif, que ceux des états généraux de l’éducation, mais les recommandations ne sont pas aussi appliquées.

C’est également sur des identiques instructions que le ministre du Budget de l’époque et moi avons signé, de gré à gré, le marché de concession de la restauration universitaire et scolaire, au groupe Sodexo, à l’issue d’une audience avec le Chef de l’État, à laquelle ledit groupe était présent.

C’est pourquoi les ministres sont souvent embarrassés pour expliquer, justifier pourquoi des chantiers sont à l’arrêt ou des projets annoncés n’ont jamais commencé , alors que les budgets figurent dans la loi de finances.

Avec le recul, et suite à la publication du classement 2019 des personnalités riches d’Afrique, par le magazine américain Forbes, où Ali Bongo est au deuxième rang avec une fortune personnelle de 1 milliard de dollars américains (presque 600 milliards de francs CFA), tout Gabonais et toute personne avide de la lutte contre la pauvreté et de développement du Gabon, sont en droit de se demander par quelle recette miraculeuse ce monsieur a-t-il pu se hisser, en 10 ans seulement, au deuxième rang de cette pyramide des riches, pendant que, dans le même temps, le pays, le Gabon, est en dégringolade continue sur tous les tableaux ( écoles et universités, routes, santé, intégrations dans la Fonction publique , situations administratives et accumulations des arriérées de soldes, dette intérieure, dette extérieure, bourses d’études, scolarité des d’étudiants boursiers, litiges avec les entreprises étrangères devant les arbitres internationaux…)?

Jamais le Gabon n’avait vécu ça, un tel désastre sous Omar Bongo ou sous Léon Mba, ses prédécesseurs.

La technique du bouc émissaire et toute sa théâtralisation, vieille de l’antiquité, ne peuvent pas fonctionner au 21e.

Si l’on veut me faire taire, ou tenter interrompre ma mission de mobilisation de la communauté internationale, pour faire sanctionner les violations des Droits de l’Homme et pour le recouvrement de la volonté souveraine du peuple gabonais, c’est mal compter avec ma détermination à continuer la lutte pour le triomphe de la souveraineté du peuple gabonais, pour la libération du Gabon.

Fait à Bruxelles, le 19 janvier 2020

Dr Séraphin Moundounga

    Président de l’ONG UNITE (Défense des Droits de l’Homme)

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1 Commentaire

  1. Serge Makaya dit :

    Grand MERCI docteur Seraphin Moundounga. Merci pour votre lutte pour la libération totale du Gabon. Nous sommes avec vous. Nous devons éradiquer ce CANCER du Gabon. A Ntare Nzame.

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