S’accusant mutuellement de marcher l’une sur les platebandes de l’autre, les deux entreprises publiques vont fusionner pour en finir avec la débauche d’argent public et mettre un terme aux tensions apparues ces derniers mois. Le refus d’arbitrage du gouvernement dans leur conflit pourrait bien être la conséquence de cette fusion.

Le Conseil des ministres a annoncé, le 13 juin 2019, la fusion de la Sogara avec la Goc. © Gabonreview

 

Après l’avoir niée en mai dernier à la suite d’informations diffusées en fin avril sur les réseaux sociaux, le gouvernement se prépare bel et bien à liquider la Société gabonaise de raffinage  (Sogara) pour se concentrer sur la Gabon Oil Company. Si un mois plus tôt certains affirmaient que cette décision comptait parmi les suggestions du Fonds monétaire international (FMI) pour sortir le pays de la crise économique, le Conseil des ministres ayant annoncé, jeudi 13 juin, l’adoption du projet de fusion de la Sogara avec la Goc n’a donné aucune explication.

N’empêche, il n’avait échappé à personne, ces derniers mois, que les deux entreprises publiques exerçant dans le secteur des hydrocarbures étaient à couteaux tirés. Cumulant de mauvais résultats depuis le renforcement des activités de la Gabon Oil Marketing (Gom) – service commercial de la Goc -, la Sogara avait ouvertement accusé la Goc d’être la principale responsable du recul de 2,9% de son chiffre d’affaires en septembre 2018.

50 ans après, il fallait «tuer» Sogara !

Après cinq décennies d’existence, la Sogara affichait des signes d’essoufflement ces dernières années, notamment au niveau de son outil de production. Et, plutôt que de l’aider à remonter la pente après la crise de l’industrie pétrolière survenue en fin 2014, le gouvernement semble plutôt avoir choisi de la couler. Mieux, certains pensent que les autorités sont elles-mêmes derrière le conflit entre cette société et la Goc, plus jeune et plus ambitieuse. Le refus du gouvernement d’arbitrer cet antagonisme en dit long. Jamais les responsables des deux sociétés n’avaient été amenés à discuter de cette situation.

En mars dernier, menaçant d’entrer en grève, le personnel de la Sogara s’était plaint auprès de l’ex-ministre du Pétrole, Pascal Houangni Ambouroue, de ce que leur société était «menacée techniquement et financièrement du fait que la Gom s’impose entre les marqueteurs et la raffinerie». À l’époque, Rodrigue Ewomba, délégué du personnel, avait affirmé que la Gom a plusieurs fois privé la société de raffinage de fonds pour lui permettre de payer des lots de brut à force de jouer l’intermédiaire entre la Sogara et ses principaux partenaires.

L’asphyxie était entretenue

En septembre 2018, par exemple, le volume de brut traité par la Sogara a baissé de 12,3% à 648 889 tonnes métriques, contre 740 146 tonnes en septembre 2017. Au lieu des 11 lots de brut nécessaires à son activité, avec l’intervention de la Gom, la Sogara s’est vue contrainte de ne faire qu’avec 3 lots.

Le bras de fer opposant la Sogara à la Goc tourne visiblement à l’avantage de la dernière citée, qui a clairement bénéficié du soutien de l’Exécutif. Pour preuve, l’ex-directeur général de Sogara Noël Mboumba a été nommé, le 10 juin, ministre du Pétrole, du Gaz et des Hydrocarbures. Son remplaçant n’a pas été nommé. Patrichi Christian Tanasa, actuel administrateur directeur général de la Goc, devrait être le patron de la future société née de la fusion.

 
 

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