Alors que le Président de la République, dès son accession au pouvoir, rassurait et promettait de ne faire la chasse à personne, si ce n’est aux fraudeurs et autres vicieux qui ternissent l’image du pays, il semble qu’aujourd’hui de nombreux anciens craignent pour leur avenir au regard de la montée en puissance d’un groupe de jeunes aux ambitions aussi hautes que leurs accointances avec le chef de l’Etat. Gare à «La République des imberbes»

© D.R.

 

Depuis l’arrivée d’Ali Bongo à la tête du pays, de nombreux caciques craignent pour leur poste, mais bien plus pour les privilèges et avantages dont ils bénéficient depuis de nombreuses années. En effet, pendant le règne de feu Omar Bongo, plusieurs personnalités du pays issues aussi bien du PDG que de la présente Opposition qui, chacun en convient, a bien des choses à se reprocher, vivaient pour la plupart au-dessus des moyens que leur conféraient les postes qu’ils occupaient. Mais, quatre années après l’arrivée au pouvoir d’Ali Bongo, les choses ont changé et plusieurs autres sont en passe de connaître un changement qui ne manquera pas de déboussoler ceux que la nouvelle vague qualifie d’«oranges pressées».

Pourtant, les promesses du Président de la République ne convainquent plus les caciques qui craignent, de plus en plus, d’être purement et simplement remerciés au profit de la nouvelle horde de jeunes qui côtoient Ali Bongo et dont les plus célèbres sont Alain Claude Billie By Nzé, Yves-Fernand Manfoumbi, Serge Maurice Mabiala, Liban Soleman, Vivien Llyod Amos Makaga Pea… A cet effet, le journal La Loupe du mardi 17 septembre 2013 (n°147) constate également que «des pièces de musée comme Jean François Ntoutoume Emane dans l’Estuaire, Rose Francine Rogombé pour le Moyen-Ogooué, Guy Nzouba Ndama pour l’Ogooué-Lolo ou Emmanuel Ondo Methogo pour le Woleu-Ntem, doivent s’effacer définitivement.» Si la plupart des personnalités citées par les confrères sont encore au poste, rien ne dit qu’ils conserveront leurs prérogatives jusqu’en 2016. Comme quoi, les caciques n’ont qu’à bien se tenir de peur de connaître le même sort que plusieurs de leurs anciens compagnons tels que René Ndemezo’o Obiang, Richard Auguste Onouviet ou même, plus triste, Pendy Bouyiki.

Dans cette atmosphère qui présage de tous les dangers, les caciques dormiraient désormais d’un œil, apeurés par les réactions, dit-on imprévisibles, du chef de l’Etat qui ne travaillerait qu’avec des hommes de confiance, des hommes dont il peut répondre et qu’il connaît parfaitement. Or, on en convient, les anciens comme le président de l’Assemblée nationale, celui du Sénat et la plupart des barons encore en fonction, sont d’une autre école et d’un autre temps, bien qu’issus de la formation politique au pouvoir depuis 45 ans et servant le pays de manière relativement satisfaisante à ce jour. Si aujourd’hui aucun d’eux ne donne le sentiment de vouloir partir de son propre gré, les caciques risquent d’être surpris par une décision présidentielle leur contraignant de jeter le tablier. Mais jusqu’à présent, rien n’est dit, et le Président de la République, tout comme Pierre Claver Maganga Moussavou de l’Union des forces pour l’Alternance (UFA), lors d’un récent entretien avec Gabonreview, indiquent qu’en politique les anciens sont aussi importants que les jeunes.

Vraisemblablement en effet, la vieillesse ou le vieux, symbole d’expérience, de savoir accumulé, de pondération et de sagesse, n’est plus admiré au Gabon. Il a laissé place au jeune loup, spécialiste de tout, téméraire, perfide et arriviste. Dans le cercle présidentiel des jeunes gens cités plus haut, personne ne force l’admiration ou le respect, hormis Serge Maurice Mabiala qui fait également figure du rare jeune homme bien outillé de ce cénacle.

Comment créer un modèle de société avec des gens qui, comme disait Coluche, l’humoriste Français décédé, n’ont gagné qu’à un concours de circonstance et n’ont construit aucune légitimité de par leur parcours, leurs réalisations et leurs références ? Si tant est qu’on doit totalement se défaire des vieux, ne se dirige-t-on pas vers «La République des imberbes» (l’Harmattan, 1985) de Mohamed Toihir, ce pays où les jeunes qui n’avaient pas encore assouvi les pulsions du paraitre, des voyages, du Donjuanisme, etc., ont pris le pouvoir, ont passé le temps à assouvir leurs besoins pubères pour finir par naufrager leur pays ? Il faut faire avec nos caciques, surtout que certains d’entre eux, à l’instar de Richard Onouviet, pour ne citer que celui-là, avaient encore beaucoup à donner. Car, jeunesse et vieillesse ne vont pas de soi. Suffit-il de se référer à l’âge objectif d’un individu pour ranger sa productivité ou son rendement de tel ou tel autre côté ?

 

 

 
 

0 commentaire

Soyez le premier à commenter.

Poster un commentaire


 

 
 

RECEVEZ LE BULLETIN D’INFOS MATINALES DE GABONREVIEW