Tortures diverses, hasards divins lui évitant l’assassinat, procès-verbaux préfabriqués, matières fécales et nourriture dans la même cellule exiguë, arrosage au kärcher avec le défunt Hervé Ndong dans le rôle du diablotin ricaneur… En 3 ans de prison, Bertrand Zibi Abeghe, qui a comparu le 2 juillet dernier en audience correctionnelle, est revenu de tout. Poursuivi, entre autres, pour détention illégale d’armes à feu, l’ancien député s’est livré, lors de sa comparution, à des révélations gravissimes, portant sur des faits aussi humiliants qu’inhumains. Les notes ou le plumitif du reporter de Gabonreview au procès.

Bertrand Zibi Abeghe, le 2 juillet 2019, au Tribunal de Libreville. © Gabonreview

 

«Le parquet a requis dix ans de prison, soit la peine maximale», a déclaré Me Charles-Henri Gey, avocat de Bertrand Zibi Abeghe, au terme du procès de celui-ci, le mardi 2 juillet 2019, au Tribunal de Libreville. Ce, malgré le fait que la détention illégale d’arme à feu a été contrecarrée  par la non-concordance entre l’arme de guerre attribuée au prévenu dans le procès-verbal et la carabine de jardin, un 14MM, présentée en audience par la justice. Malgré de même que la non-assistance à personne en danger, second grand chef d’accusation, ait été battue en brèche par le témoin invité avec insistance à la barre par l’accusation. Celui-ci a absous Zibi, chargeant au contraire le nommé Kemebiel qui poursuivait Zibi pour non-assistance lors de sa torture au quartier général (QG) de Jean Ping.  On comprend mieux les propos de Me Charles-Henri Gey, lorsqu’il a rappelé que son client est «un personnage politique et les faits ont eu lieu à une période politique sensible, ce qui donne à ce procès une dimension politique

Bertrand Zibi Abeghe avec l’un de ses conseils, Me Charles-Henri Gey, auteur d’un brillant plaidoyer, le 2 juillet 2019 au Tribunal de Libreville. © Gabonreview

Le jour où tout a commencé

Tout commence le 23 juillet 2016, jour où Bertrand Zibi Abeghe démissionne du Parti démocratique gabonais (PDG), lors de la tournée républicaine d’Ali Bongo cette année-là. L’ancien député reprochait à l’ancien parti unique d’être devenu «un lieu d’intrigues, où ne régnait plus qu’un climat de mort». Depuis cet acte, son sort était scellé. Comme l’a indiqué Henry Motendi Mayila, l’un de ses conseils, «son acte de mise à mort avait été signé ».

Revenu à Libreville quelques jours après sa démission, Bertrand Zibi voit son domicile familial, sis Akebe dans le 3e arrondissement de Libreville, échapper à une tentative d’incendie. Se sentant désormais en danger, il va déserter le domicile familial pour élire domicile dans un appartement gracieusement prêté par Jean Ping à son QG sis aux Charbonnages.

Les circonstances rocambolesques de l’arrestation

Après la campagne électorale de la présidentielle de 2016, Bertrand Zibi est pêché le 1er septembre 2016 au QG de Jean Ping, après avoir miraculeusement manqué d’être assassiné lors de l’assaut du 31 août ayant couté, selon lui, la vie à plusieurs personnes. «Jusqu’à ce jour je me demande comment j’ai pu être épargné. Puisque les éléments qui avaient été commis pour l’assaut détenaient ma photo. Ils voulaient à tout prix m’éliminer. S’exprimant avec un fort accent anglais, ils me cherchaient sans me trouver. Il m’est arrivé de me retrouver face à eux mais je ne comprends pas comment ils ne me voyaient pas et n’ont pas pu m’éliminer comme plusieurs compatriotes que j’ai vu mourir ce jour. Ils avaient été certainement aveuglés par Dieu à qui je rends grâce», a raconté l’ancien député lors de sa comparution à la barre.

L’entrée en enfer… avec Hervé Ndong dans le rôle du ricaneur

Appréhendé le 1er septembre 2016 au petit matin, au QG de Jean Ping, Bertrand Zibi a été encagoulé sur les lieux puis balancé dans une voiture des forces de défense. Il est par la suite conduit, par les agents de la Direction générale des recherches (DGR) à la Direction générale de la Contre-Ingérence et de la Sécurité militaire (B2), solution de rechange à une première destination dont le vigile à la guérite avait refusé l’entrée, selon ce qu’entendait Zibi, vu qu’il avait la tête dans un sac et ne pouvait voir.

Là-bas, a raconté Bertrand Zibi, il est jeté en caleçon dans une cellule semblable à une fosse septique, puisque remplie de liquide noirâtre et d’excréments. Il est plongé dans la nauséabonde macération jusqu’à mi-poitrine. L’ancien député y passera 4 jours. Il était, de temps à autre, extrait de cette cellule-fosse à 5 heures précises «puis frappé, battu, torturé, passé à tabac, mis sur pont par les éléments du B2 aidés par Hervé Ndong», l’ancien président de l’ONG Convergence décédé en septembre 2017 en France des suite d’une maladie. «J’ai été sorti de cette cellule grâce à la pression de l’ambassadeur des Etats-Unis. Quand on me sortait de cellule, bourré d’abcès sur le corps, il était difficile pour mes bourreaux de s’approcher de moi à dix mètres, vu que je puais très fort. Avant de me toucher ils m’arrosaient d’eau à l’aide d’un tuyau semblable à un Kärcher», a révélé Bertrand Zibi. Un matin, Hervé Ndong, l’arrosant au Kärcher, lui a lancé : «toi qui te prenais pour le “Djim”, le “Nyamoro”, l’As des as, fais maintenant l’As des as, on va voir».

Le prisonnier d’opinion a indiqué s’être évanoui à deux reprises. La spiritualité qui bien souvent survient dans les moments de doute extrême ou d’angoisse existentielle, s’est radinée en Bertrand Zibi qui voyait alors en songe ses ancêtres lui disant d’avoir la paix intérieure, car son heure n’était «pas encore arrivée».

 «Sans-Famille», épicentre de l’enfer

Transféré à «Sans-Famille», la prison centrale du Gabon, après avoir subi des tortures aussi inhumaines qu’humiliantes, il est jeté dans un quartier fait de murs en béton très hauts, sans éclairage et avec une toute petite entrée d’air. Bertrand Zibi Abeghe passera plus de 45 jours dans cette cellule spéciale, se nourrissant dans l’obscurité, évacuant ses matières fécales au même endroit avec près de 25 autres détenus. À l’en croire, dans cette cellule exiguë d’une capacité d’accueil de 5 personnes, le seul vêtement des détenus «c’est le caleçon», tant la chaleur y est suffocante.

«Un jour j’ai été torturé pour une histoire inventée de téléphone que je ne détenais pas», a-t-il regretté avant d’indiquer qu’en 3 ans de prison, il a vu «près de 50 personnes perdre la vie.» Bertrand Zibi a décrit «un climat de mort et terreur» dans ce pénitencier calibré pour 400 prisonniers. Elle compterait, à ce jour, «4800 prisonniers», selon  l’ancien élu de Bolossoville dans le Woleu-Ntem. Il a raconté devant les juges qu’en raison d’une épidémie de tuberculose à «Sans-Famille», «près de 15 prisonniers sont morts successivement, il y a peu de temps». Dans ce contexte, le prisonnier politique se perçoit «comme un revenant. Jusqu’à ce jour où je parle, je me demande comment je suis encore en vie avec toutes les misères que je subi». Et de raconter qu’il est placé, depuis 18 mois maintenant, dans «l’un des quartiers disciplinaires les plus dangereux de Sans-Famille» où il dort «avec 9 fous» parmi lesquels des détenus de plus de 10 ans du fait de la disparition de leurs dossiers judiciaires.

Dans la salle du Tribunal correctionnel de Libreville pleine de gens venus assister au procès, certaines femmes, très sensibles, ont laissé couler des larmes durant le témoignage de Zibi. Le récit comportait en effet des faits inimaginables, n’ayant pu être notés, quant aux différents moments et sévices subis durant ce qu’il a qualifié de scénario pour sceller son inculpation, notamment des procès-verbaux écrits d’avance indiquant, à l’en croire, qu’il avait travaillé à la préparation d’un coup d’Etat. Il s’est refusé de signer ces procès-verbaux préfabriqués malgré les monstrueuses tortures qu’il a décrit à la barre. On passera donc sur son récit de la découverte d’une arme de guerre dans l’un de ses chantiers à Akanda.

Se remémorant de toutes les pratiques inimaginables qu’il a vécu et qu’il croit toujours en cours au Gabon, pays censé avoir ratifié toutes les chartes de protection de droits humains, Zibi Abeghe pense n’avoir eu la vie sauve que «grâce à Dieu» à qui il s’est d’ailleurs résolu de confier sa vie en prison, en y prenant son baptême du Saint-Esprit.

S’il dit avoir pardonné à ses bourreaux, l’ancien député croit fermement en l’indépendance de la justice, en laquelle il fait donc pleinement confiance. Tout comme Me Charles-Henri Gey, a indiqué à Jeune Afrique qu’il est confiant quant à la justice gabonaise pour qu’elle réussisse à «détacher les infractions des circonstances dans lesquelles les faits ont eu lieu». Bertrand Zibi garde par ailleurs l’espoir qu’un jour, il recouvrera sa liberté et regagnera sa famille et surtout sa fille Zoé, âgée 3 ans, qu’il rêve d’embrasser. Celle-ci étant née alors qu’il était déjà aux arrêts. Mais tout cela dépendra du mardi 23 juillet, jour où les juges rendront le verdict de son procès, tenu le 2 juillet.

 
 

9 Commentaires

  1. Olsen dit :

    J’ai des larmes aux yeux en prenant connaissance des sévices et humilliations dont il a été victime, et que d’autres compatriottes subissent également. Que les auteurs et commendittaires sachent que chaque chose a une fin et que le temps est l’énnemi et l’ami de l’homme. Du courage Mr ZIBI.

  2. abdelkurt dit :

    Cela n’est vraiment pas convenable Monsieur Ali Bongo, justice passera!

  3. Serge Makaya dit :

    Il ne ment pas. J’ai torturé aussi des prisonniers. Le B2 est composé d’assassins. Il vaut mieux ne pas y être. Raison pour laquelle je combat ce régime satanique.

    J’ai même assisté à une scène où un militaire du B2 faisait boire ses urines à un détenu. J’avais envie de lui foutre une gifle. Mais je ne pouvais pas le faire, puisqu’il était plus gradé que moi.

  4. Grégoire Ndong dit :

    Ceux qui prétendent que BOA est en vie (pour moi il est bien MORT), il faut qu’il soit arrêté et jugé de crimes contre l’humanité. C’est un ASSASSIN, un CRIMINEL. Et en plus: un voleur, un usurpateur, un psychopathe…

  5. Dieu rendra justice. Il reconnait les siens.

  6. Félix AYENET dit :

    Quel péché a-t-il commis cet homme, rien que pour avoir démissionné de ce parti de merde ?
    Dieu est grand ! Chacun paiera pour ses péchés. Il n’y a rien d’éternel sur cette terre.

  7. moundounga dit :

    Bjr. Morceau choisit: L’INJUSTICE: “Et de raconter qu’il est placé, depuis 18 mois maintenant, dans «l’un des quartiers disciplinaires les plus dangereux de Sans-Famille» où il dort «avec 9 fous» parmi lesquels des détenus de plus de 10 ans du fait de la disparition de leurs dossiers judiciaires”.

    LE CHATIMENT:Un matin, Hervé Ndong, l’arrosant au Kärcher, lui a lancé : «toi qui te prenais pour le “Djim”, le “Nyamoro”, l’As des as, fais maintenant l’As des as, on va voir». Ici bas, a beau le répéter chacun paie mais rien n’y fait personne n’assimile. A l’image d’un ballon de foot qui roule et qui ramasse tous le monde sur son passage pour aboutir au but final. Le but non pas de la gloire mais de la honte.

  8. Djouori dit :

    Seigneur, Createur du ciel et de la terre, je n’ai ni arme ni argent pour combattre ce regime digne du pharaon qui tua les hebreux mais je prie que tu venges chaque gabonais mort sous la torture des Bongos depuis 1968. Que l’AVC devienne une epidemie des Bongos et de leurs ouvriers ministres et militaires. J’ai dit!

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