En réaction à son interpellation et sa garde à vue, suivie de sa suspension au ministère des Transports, le président du Syndicat des agents du ministère des Transports et de l’Aviation civile (Samtac), Ghislain Malanda, s’est prêté, le 13 août, aux questions de Gabonreview. Taclant «les syndicats du ventre», persistant dans sa demande de dissolution de l’Association des jeunes émergents volontaires (Ajev), il souligne que les injustices que vivent les Gabonais peuvent conduire au chaos.

Le président du Syndicat des agents du ministère des Transports et de l’Aviation civile (Samtac), Ghislain Malanda, le 13 aout 2019, dans les locaux de Gabonreview. © Gabonreview

 

Gabonreview : Pourquoi avez-vous été suspendus de vos fonctions au ministère des Transports ?

Ghislain Malanda : Ma suspension relève purement de l’arbitraire. Il faut reconnaître que je suis un acteur de la société civile engagée. Je me devais donc, dans le cadre de mes activités permanentes de la société civile, me prononcer sur des sujets d’actualité. Je pense que les raisons de ma suspension par l’autorité ministérielle ne peuvent être données que par monsieur le ministre (ministre des Transports, Justin Ndoudangoye, Ndlr) qui est mieux placé pour dire à l’opinion ce que l’on me reproche. Qu’à cela ne tienne, il faut reconnaître que depuis le 10 juillet 2019, j’ai été interpellé par la Police judiciaire. J’ai subi un interrogatoire à travers lequel la Police judiciaire, je pense, sur instruction du procureur, avait décidé de me garder à vue pendant près de 9 jours. Je pense qu’après m’avoir disculpé, nous avons été libérés. Je parle de nous parce qu’il y avait des leaders politiques et trois leaders syndicaux. Nous étions cinq et personnellement, j’ai fait une déclaration. Je le reconnais, puisque cette déclaration passe en boucle sur les réseaux sociaux. Je me suis prononcé particulièrement sur l’emprise de l’Association des jeunes émergents volontaires (Ajev). Je ne sais pas, à part ça, ce qu’on peut me reprocher d’autre, si ce n’est qu’en tant que lanceur d’alerte, j’ai joué le rôle qui est le mien, c’est-à-dire acteur de la société civile.

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Le ministre estime que vous faites plus de la politique que du syndicalisme.

Le ministre c’est un politicien. Je suis libre, en tant que citoyen, de mener mes activités. Mais, il serait peut-être gênant si mes activités politiques ou de la société civile entravent mes activités professionnelles. Je suis avant tout un fonctionnaire et je vous laisse le soin de vous rapprocher de mon administration, mon employeur direct, c’est-à-dire la Direction générale de la Météorologie, pour savoir ce qu’on me reproche. Je suis pratiquement à plus de 25 ans de service. Si vous allez à la Fonction publique et vous vérifiez mon dossier administratif, je pense qu’on ne me reproche rien. En l’absence des éléments probants d’une récrimination d’ordre professionnel, je dis que c’est une décision plus orientée que professionnelle. Je ne sais pas si mon ministre a des arguments qui prouvent ou justifient que j’ai, un jour, fait de la politique au sein du ministère, lorsque j’interviens en tant que leader syndical. Je laisse ici le soin aux agents du ministère de me juger, si je n’ai pas fait que défendre la cause du plus grand nombre. Souvent je me suis sacrifié. C’est un sacerdoce. Qu’on me reproche des activités politiques, j’en doute et je m’inscris en faux.

À vous entendre, vos soucis viendraient du fait que vous avez évoqué la dissolution de l’Ajev.

Je vous laisse apprécier. Le cas de l’Ajev est un autre cas. J’ai dit que quand je veux m’exprimer en tant que membre de la société civile qui peut donner un point de vue par rapport au fonctionnement du pays, qu’on me laisse la liberté de parler de l’Ajev. Parce que tout ce que j’ai dit de l’Ajev, c’est tout ce que les Gabonais constatent.

Qu’avez-vous dit de l’Ajev ?

Ce que j’ai dit de l’Ajev, je vous renvoie à mes vidéos. Ce que j’ai dit de l’Ajev est que cette association est aux manettes du pouvoir et que l’Ajev avait pratiquement pris le contrôle de toute la chaîne administrative. Et à partir de là, pour ceux qui ne se reconnaissent pas de l’Ajev comme moi, je pense qu’il faut accepter que nous critiquions cette manière de faire. Et puis, il y a les différents règlements de compte que nous enregistrons de part et d’autre. Je n’ai pas de problèmes particuliers avec les compatriotes de l’Ajev, mais c’est la manière de faire aujourd’hui qui nous pousse à dire qu’il faut qu’on arrête avec cette entité, cette association qui se substitue à l’État. Parce qu’on a comme impression que notre administration n’existe plus. Un exemple, récemment, nous étions dans le cadre des activités de Dynamique unitaire. Nous avons organisé, dans un cadre privé, une Assemblée générale. Nous avons été gazés par la police. Mais quand nous constatons que nous qui défendons, dans la cadre de Dynamique unitaire, les intérêts des travailleurs, que les responsables de l’Ajev peuvent se permettre d’occuper tous les lieux publics et ne sont nullement inquiétés, cela pose un problème. Nous estimons que toutes ces injustices, ces frustrations créent souvent un peu de révolte et d’indignation. C’est pourquoi je pense qu’il y a dans cette manière de faire, et nous avons même déjà saisi le ministre de l’Intérieur, par rapport à cette répression vis-à-vis des partenaires sociaux.

Vous voyez que ces deux poids, deux mesures créent des frustrations qui nous amènent souvent à nous attaquer directement à l’Ajev. En l’état actuel, il faut reconnaître honnêtement, il ne faut pas avoir peur de le leur dire. Il y a une récrimination grave qui m’a été faite : atteinte à l’autorité de l’État. Je n’ai personnellement pas porté atteinte à l’autorité de l’État. Si on commence à accuser les compatriotes de motifs aussi graves, on risque davantage de créer de petits rebelles dans ce pays. Il faut qu’on arrête de coller des petits aux gens parce qu’ils ont eu le courage de dire ce que les gens ne veulent pas dire. Je dis sincèrement qu’il y a plusieurs récriminations concernant l’Ajev. J’ai dit que cette manière de faire n’est pas bonne. Je continuerai à le dire, quel que soit le sort qui m’est réservé. Je continuerais à affirmer qu’il faut dissoudre cette association.

À vous entendre, parler de l’Ajev est-il dangereux ?

Parler de l’Ajev devient extrêmement dangereux. Mais dangereux pour ceux qui sont redevables à l’Ajev. Pour des citoyens lambda comme moi ou pour des citoyens engagés, l’Ajev ne nous fait pas peur. Ce sont des compatriotes. Mais s’ils ont estimé que pour se maintenir et préserver leurs intérêts, il faut museler les autres compatriotes. Mais attention, ils vont se retrouver face à certains qui s’arc-boutent sur leur position et qui sont déterminés à se sacrifier. C’est vers cet esprit qu’on est en train de formater des gens comme moi. Je ne peux pas continuer à me sacrifier quand je sais que je n’ai rien fait de mal. Et plus grave encore, quand on va jusqu’à toucher à mon emploi, ce n’est plus le justiciable qui vous parle, mais c’est le père de famille qui a forgé sa vie à force de travail. Ma petite famille ne compte que sur ces petits revenus obtenus de manière honnête. Et si pour des intérêts mafieux, on veut chercher à museler des leaders, c’est assez évident qu’on tombe sur des leaders engagés, déterminés à se sacrifier et à finir comme des martyrs.

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Quelle est la situation administrative de Ghislain Malanda aujourd’hui ?

Ma situation administrative est en stand-by. Sur les conseils de mes avocats, j’ai estimé qu’il y avait une stratégie à mettre en place. Cette affaire administrative n’a que deux réponses. Soit ramener le ministre qui est un compatriote à la raison. Pour la petite histoire, je peux vous dire qu’il y a le camarade des TP (Travaux publics, Ndlr) qui a eu la même situation. Le lendemain, quand il est sorti, il a repris son boulot. Il s’est assis avec son ministre, ils ont discuté et le ministre lui a expliqué ses motivations. Parce que ce ministre avait pris un arrêté suspendant un leader. Chez moi par contre, c’est une décision et vous savez qu’une simple décision ne peut pas venir casser un décret pris en Conseil des ministres, vu que je suis chef service de la publication. Vous comprenez bien que si c’était une situation administrative, on aurait pris une réponse administrative. La deuxième solution c’est le bon sens. Que le ministre revienne à de meilleurs sentiments pour comprendre qu’il s’est trompé. Et là encore, le vrai souci pour le ministre est qu’il est noyauté, entouré par des personnes extrêmement dangereuses pour lui.

Je peux affirmer que j’ai le soutien absolu de toute la société civile gabonaise et même des leaders syndicaux qui ont un bon sens. Pas ceux des syndicats qui ont pris la fâcheuse habitude de se faire du beurre lorsqu’un leader, comme moi, réagit ou bien quand Jean Remy Yama réagit. Ce sont les syndicats du ventre. Vous avez vu les déclarations intempestives de certains leaders qui n’existent que quand les leaders sérieux s’expriment. Nous nous battons pour la dignité des travailleurs et partant celle de tous les Gabonais.

 
 

5 Commentaires

  1. Ondo dit :

    Pour résumer ce que Ghislain Malanda dit, disons simplement que critiquer Laccruche Brice Alihanga Fargeon devient extrêmement dangereux. Mais il est quoi cet imbécile de Fargeon ? J’ai l’impression qu’on a fabriqué un Hitler bis. Et ça c’est très grave pour le petit peuple gabonais qui a déjà assez souffert avec les Bongo. Pitié! A Ntare Nzame!

  2. Teddy dit :

    L’AJEV a été créé par Brice Laccruche Fargeon Alihanga, alias nouveau SATAN d’y Gabon. Lui même soutenu par le Quai d’Orsay. Il nous faut donc attaquer le MAL à la racine. Et ka racine = FRANCAFRIQUE ou Quai d’Orsay.

  3. Cathy dit :

    L’AJEV est pire que le PDG. C’est devenu le CANCER du Gabon. C’est la le MAL numéro 1 du Gabon. Et c’est bien dommage que les gabonais ne voient pas ce MAL. Pauvre peuple gabonais aveuglé par Fargeon Alihanga (lui même marionnette du Quai d’Orsay). A Ntare Nzame !!!

  4. Grégoire Ndong dit :

    C’est bien triste de voir encore des gabonais tendre la main pour recevoir du poisson, plutôt que d’apprendre à pêcher. C’est SURTOUT au PDG et à l’AJEV qu’il y a de tels mendiants. QUEL SPECTACLE AFFLIGEANT !!!

  5. Lavue dit :

    Vous êtes un Homme, avec grand H. Il ne fait aucun doute, vous êtes du bon côté de l’Histoire. Malheureusement dans leur appauvrissement intellectuel et moral par la longévité du système BONGO-PDG beaucoup d’anciens ne sont palus capables de servir de modèles aux jeunes. Comme leurs aînés, tout ce qui compte c’est l’accès par tous le moyens aux jouissances que procurent le pouvoir. Beaucoup de jeunes n’ont eu que ça comme exemple. Ils commencent pour certains à encaisser le retour de bâton de ces pertes de dignité et de valeurs. Ces individualisme et opportunisme aveugles les conduits très vite vers les sommets pour être souvent descendus sans parachute. M. MALANDA, des jeunes comme vous y en a plus beaucoup. Que Dieu vous protège car les forces du mal ne vaincrons jamais.

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