Lors de la Fête nationale, le président de la République avait proclamé sa volonté de «développer (la) résilience (de nos institutions) afin de garantir le bon fonctionnement de notre société». Mais les détenteurs de l’autorité publique n’ont de cesse de fouler aux pieds tous les principes à valeur constitutionnelle, donnant ainsi une impression de crispation, de raidissement voire de bunkérisation du régime.

Comme gagnés par le complexe de Massada, de nombreux détenteurs de l’autorité publique prennent toujours plus de liberté avec les règles et procédures. © Gabonreview/Shutterstock

 

Depuis toujours, le régime a paru obsédé par un désir de pérennité. Depuis quelques mois, il semble gagné par une volonté de vassaliser le corps social. Au moyen de pratiques peu orthodoxes,  par des initiatives toujours plus insolites, il laisse transparaitre une quête de caporalisation des élites. Sans avoir été convoqué ni entendu, le premier président de la cour d’appel de Libreville a été suspendu sur décision du secrétaire général de la Chancellerie (lire Les «raisons de la suspension de Mme Akolly»). De façon informelle et sans raison apparente, le vice-président du parti Les Démocrates s’est vu assigné à résidence (lire «Ngoulakia interdit de sortie du territoire»). Pour avoir exprimé son opinion sur les agissements de la Haute autorité de la communication (Hac), votre web magazine a été frappé d’une suspension de trois mois par… la Hac (Lire «Communiqué de Gabonreview»).

Oukases répétés

Par leur enchaînement, ces événements interpellent les démocrates de tout bord. Au-delà des considérations partisanes, chacun doit se sentir concerné par ces atteintes répétées aux libertés fondamentales. Par-delà la défense des intérêts personnels, tout le monde doit s’inquiéter de ces manquements aux principes-fondateurs de la République. Comme si le pouvoir politique n’avait cure des principes à valeur constitutionnelle, certains détenteurs de l’autorité publique n’ont de cesse de les fouler aux pieds. Comment a-t-on pu suspendre Paulette Ayo Mba Akolly sans que «sa cause (ne) soit entendue» ? Comment la «liberté d’aller et venir» de Léon Paul Ngoulakia a-t-elle été bridée hors de toute décision de justice ?  Comment l’expression de notre opinion, dans un éditorial publié le 09 août dernier, a pu servir de prétexte à une suspension ?

Comme notre démocratie, notre pays n’a rien à tirer de ces oukases répétés. Si le pouvoir politique se définit comme le garant de l’ordre public, sa pratique administrative pèche à trois niveaux : l’opacité des procédures, l’unilatéralisme dans la prise des décisions et, des sanctions à la tête du client. Si l’on en croit François Mangari, Paulette Ayo Mba Akolly s’est illustrée par «un manquement aux convenances de son état de magistrat, à l’honneur, à la délicatesse ou à la dignité». Avait-il pour autant le droit de décider seul, sans avoir pris la peine d’entendre la mise en cause ? Si Léon Paul Ngoulakia est frappé d’une interdiction de sortie du territoire, ne pouvait-on pas le lui signifier dans les règles de l’art ? Pourquoi avoir attendu le moment où il devait embarquer ?

Problème de forme, soucis avec la méthode

Au-delà du fond, il y a manifestement un problème de forme. De même, pourquoi la Hac s’intéresse-t-elle exclusivement à la presse privée ? Pourquoi suspend-elle, dans certains cas, des journalistes et, dans d’autres, des médias ? Quels sont les fondements de son régime de sanction ? Comment peut-elle accuser autrui d’arrogance envers elle pour mieux la sanctionner ? N’est-elle pas juge et partie ? S’il y a indubitablement deux poids, deux mesures, il y a aussi des soucis avec la méthode. Jour après jour, le régime renvoie une nette impression d’immaturité, de crispation voire de raidissement. Comme gagnés par le complexe de Massada, de nombreux détenteurs de l’autorité publique prennent toujours plus de liberté avec les règles et procédures. Tout se passe comme s’ils avaient décidé de tourner le dos aux valeurs démocratiques et républicaines. Comme si le pouvoir refusait d’explorer l’avenir ou, tout au moins, de vivre avec son époque.

Pourtant, à la faveur de la Fête nationale, le président de la République avait proclamé sa volonté de «développer (la) résilience (de nos institutions) afin de garantir le bon fonctionnement de notre société» (lire «Ali Bongo à pleines voiles sur le social»).  En se donnant en spectacle à la face du monde, la justice a laissé l’impression d’être téléguidée. En assistant, sans mot dire, à la violation des droits civils et politiques, le gouvernement donne le sentiment de ne pas avoir la main. En s’échinant à entraver «l’expression de la démocratie et la liberté de la presse», la Hac apparaît comme un adversaire résolu de la liberté d’expression et partant, de la participation des citoyens à la vie publique. Face à cette dérive autoritariste, une seule conclusion : le dernier message d’Ali Bongo a trouvé peu d’écho au sein de l’appareil d’État. Comme une bouteille à la mer…

 
 

6 Commentaires

  1. BELLE REACTION DE VOTRE PART ! Le journaliste est celui dans la Société qui est CRAINT de Tous.

    Les intimidations DOIVENT CESSER au Gabon. Ainsi, vous ne serez jugé que par vos actes. Et, vous obtiendrez Une Place de choix ” de 1er rang “, QUE LORSQUE VOUS DIREZ LA VERITE et DEFENDREZ les plus faibles face à l’injustice criarde, tout en dénonçant les travers des Hommes qui outrepassent les lois et oppriment les autres en voulant ECRASER.

    Soyez les défenseurs de la iberté d’expression meme au péril de votre vie.

    Merci de votre attachement à la défense de la liberté d’Expression.

    La vie est Un Contrat Social.

    IDENTIFIEZ-VOUS A LORD TENNISSON: “Ne Rien Céder “!

  2. Serge Makaya dit :

    Qu’on m’explique pourquoi certains gabonais ou africains ont peur de la démocratie, de la liberté. Nous ne sommes pas la Chine qui verrouille tout et qui progresse quand même comme puissance internationale. Mais elle n’est certainement pas un modèle à suivre concernant les droits de l’homme.

    Où se situe le MAL du continent Africain ? Si c’est bien la francafrique, qu’attendons-nous pour nous en libérer TOTALEMENT ? Que les valets (ou marionnettes) de cette MAFIA osent se libérer de leur nouvel esclavage plus subtil que le premier, mais autant destructeur que le premier, sinon pire…

  3. diogene dit :

    Les valeurs républicaines de gens qui trichent depuis 50 ans à toutes les élections, falsifient, mentent; tuent et torturent,volent, détournent, extorquent, corrompent, etc… sont nulles.

    Il n’y a pas de dérive autoritaire : depuis l’indépendance factice, les gouvernants pratiquent la même politique de fonds.

    Se plaindre de la forme relève de l’infantilisme servile.

  4. KIEM dit :

    Plus sombre la nuit, plus proche l’aube.

    Nichiren Daishonin

  5. moundounga dit :

    Bjr. “Morceau choisi: donnant ainsi une impression de crispation, de raidissement voire de bunkérisation du régime”. Ce n’est pas une impression. c’est une situation réelle car entretenue afin de donner l’image de la peur et de la crainte qui caractérise les régimes autoritaires.

  6. Martine dit :

    “le président de la République avait proclamé sa volonté de «développer (la) résilience (de nos institutions) afin de garantir le bon fonctionnement de notre société».

    COMMENT VOULEZ QUE CELA VIENNE D’UN HOMME (BOA) QUI LUI MÊME PIÉTINE CES INSTITUTIONS ? DEUX FOIS DE SUITE, IL PERD LES ELECTIONS PRÉSIDENTIELLES ET S’IMPOSE PAR LE FEU ET LE SANG. IL EST LE PREMIER DÉTENTEUR DE L’AUTORITÉ PUBLIQUE A PIÉTINER LES INSTITUTIONS. ET, PERSONNELLEMENT, JE CROIS QU’IL LE FAIT (AUJOURD’HUI C’EST FARGEON ET SYLVIA) AVEC L’ACCORD DU QUAI D’ORSAY QUI SE FOUT TOTALEMENT DE NOS INSTITUTIONS.

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