Trois petits mois et trois semaines après avoir, dans un discours à la Nation, appelé à la mise en place d’un gouvernement réduit, Ali Bongo vient de réaménager l’équipe gouvernementale en y apportant deux unités de plus : de 28+1, voilà l’équipe repartie à 30+1. Le Gabon peut-il vraiment tenir son ambition de réduire le train de vie de l’Etat ? Personne n’y croit après le réaménagement du 4 octobre ! Si Julien Nkoghé Békalé, lui, est bien en place, bien de membres perdent en influence quand d’autres en gagnent. Un remaniement pas aussi anodin qu’on l’aurait cru.

© Gabonreview/Shutterstock

 

Qu’a donc bien pu faire Lambert Matha pour que tout un réaménagement du gouvernement tienne à sa seule sortie ? L’ancien ministre d’Etat chargé de l’Intérieur et de la Citoyenneté qui venait de se voir confier, en juin dernier, le département de la Décentralisation et de la Cohésion des Territoires est en effet la seule personnalité à quitter le gouvernement, alors qu’il était en train de préparer les textes relatifs à l’organisation et au fonctionnement de ce ministère. Ce travailleur acharné, toujours soucieux d’un travail de qualité, rigoureux et ayant un sens élevé de l’Etat, selon ses proches, manquera sans nul doute à cette équipe. Pour lui succéder, c’est Arnaud Calixte Engandji Alandji qui a été choisi, au moment où cet élu de la Sébé-Bricolo se démenait pour donner un visage plus avenant, en tout cas moins catastrophique, aux routes gabonaises. Son départ du ministère de l’Équipement, des Infrastructures et des Travaux publics semble lié à des rivalités qui se font jour dans le camp du directeur de cabinet du président de la République. En tout cas, le déplacement de l’ancien directeur de Gabon oil company est fort peu compréhensible. Il a fini par être sorti du gouvernement dans la nuit du 6 au 7 octobre, sonnant le retour de Mathias Ontounga à sa place.

Owono Mba perd (déjà) en influence, Ndoundangoye grand vainqueur du réaménagement

Pour sa part, un autre proche de Brice Laccruche Alihanga, Roger Owono Mba, voit son ministère perdre un peu en volume et sa propre personne perdre incontestablement en influence, avec d’abord la création d’un ministère de la Promotion de la Femme, de l’Intégration de la Femme au développement, chargé de la Lutte contre les Violences faîtes aux Femmes ! Tout ce pan administratif dépendait du ministre en charge des Solidarités nationales.

Le titulaire de ce nouveau département, Prisca Koho Nlend, avait fait un tour-éclair dans le dernier gouvernement d’Emmanuel Issozé Ngondet. Il ne s’agit pas ici d’un vieux cheval sur le retour, mais, visiblement, d’accorder une seconde chance à cette jeune femme originaire de Mékambo qui avait déjà eu du mal à montrer quelque compétence au ministère de la Pêche et de la Mer il y a quelques mois.

La perte d’influence de Roger Owono Mba se traduit aussi et surtout par la désignation, à ses côtés, de deux ministres délégués pleinement responsables d’attributions de première importance : d’abord Sosthène Ossoungou qui, en plus du Budget dont il assurait déjà le suivi, se voit attribuer l’Equilibre des Comptes publics et l’Action sociale ; à vrai dire, on peut constater, comme certains observateurs l’ont déjà noté, que la seule dénomination des attributions de Sosthène Ossoungou fait de celui-ci le véritable ministre… de l’Économie, des Finances (Budget et Equilibre des Comptes publics) et des Solidarités nationales (Action sociale).

Dans le même ordre d’idées, l’arrivée de Justine Lékogo dans le même département ministériel au poste de ministre délégué chargé du Suivi des Réformes économiques, des Relations avec les Institutions financières et de l’Optimisation des Régimes spéciaux privilégiés prive Roger Owono Mba de son volet opérationnel, diplomatique et international. Peut-être est-ce parce qu’il a accumulé de nombreuses erreurs ces derniers temps, notamment la désignation d’un secrétaire général de ministère pour assurer son intérim et l’inauguration du gouvernorat du Woleu-Ntem, en lieu et place du ministre de l’Intérieur, ainsi que, comme l’affirment ses contempteurs, son manque d’aisance et de maîtrise des enjeux face aux institutions financières internationales, et surtout sa dernière interview dans un hebdomadaire panafricain où l’ancien directeur général de la (moribonde) BGD annonce des chiffres qui ont amusé des agences de notation. Avec les attributions accordées à ses deux délégués, Roger Owono Mba va-t-il se contenter d’inaugurer les chrysanthèmes ? En tout cas, il semble faire, lui aussi, les frais des rivalités naissantes, mais profondes, entre membres de l’écurie de Brice Laccruche.

Rivalités naissantes parmi dans le giron Laccruche-Alihanga 

Pour sa part, Justin Ndoundangoye hérite d’un vaste portefeuille auquel il ne manque que le Tourisme et l’Habitat pour ressembler à celui qu’avait détenu dans un passé pas si lointain Magloire Ngambia, et qui n’avait pas porté beaucoup de chance à celui-ci… Avec ce ministère à rallonges qui comprend les Transports, l’Équipement, les Infrastructures et les Travaux Publics, Justin Ndoundangoye que l’on présente aussi comme une personnalité très proche du directeur de cabinet d’Ali Bongo va donc devoir gérer le dossier de la Transgabonaise promise aux Gabonais pour septembre dernier et dont les populations attendent une matérialisation effective.

Il y a quelque temps, de retour d’un voyage en Asie, le bras droit de Brice Laccruche avait promis la construction d’un tramway à Libreville, la construction d’un nouvel aéroport dans la région de Libreville et le lancement d’une société de transports urbains. «Ce portefeuille de promesses, s’il venait à le réaliser, lui ouvrirait les portes du ciel». Flanqué pour la première fois d’un ministre délégué en la personne de Françoise Assengone Obame, Justin Ndoundangoye sait qu’il va devoir ”partager le gain” avec cette élue du département de l’Okano. Quant à Tony Ondo Mba, bras gauche de Brice Laccruche, il conserve un ministère qui change toutefois d’intitulé : Eau, Énergie, Valorisation et Industrialisation des Ressources minières, au lieu de ”Mines, Énergie et Ressources hydrauliques”. Comme pour lui rappeler que sa première mission consiste à apporter de l’eau et de l’électricité dans chaque foyer. L’avait-il oublié ?

Autre caractéristique de la nouvelle équipe : les trois personnalités qui y entrent sont toutes des femmes, à savoir Prisca Koho Nlend et Justine Lékogo dont il est question plus haut, et Nina Abouna. Cette dernière est nommée ministre délégué auprès du ministre des Eaux et Forêts, chargé du Plan Climat et du Plan d’affectation des Terres. Il y aura donc dorénavant 9 femmes sur les 31 membres de ce gouvernement qui comptait auparavant 29 ministres. Ce retour à la hausse après seulement trois mois et trois semaines fait craindre à une grande partie de l’opinion de nouveaux dérapages financiers et une incapacité des pouvoirs publics à se conformer à leur décision de réduire le train de vie de l’Etat. Donné par la rumeur pour sortant Julien Nkoghé Békalé, lui, reste à la tête du gouvernement.

  a

 
 

1 Commentaire

  1. Paul MOMBO dit :

    Que faisait Prisca Raymonda Amahéba Koho ép. Nlend, élue de Mékambo, faisait dans la délégation qui accompagnait Laccruche-Alihanga à Koulamoutou ? Simple question. Constat : une semaine plus tard, pour elle, on remanie le gouvernement.

Poster un commentaire


 

 
 

RECEVEZ LE BULLETIN D’INFOS MATINALES DE GABONREVIEW