De mémoire d’homme, jamais un ministre gabonais en fonction soupçonné dans une affaire n’a démissionné de son poste. L’appel du gouvernement à l’adresse des ministres impliqués dans le trafic de Kevazingo ne risque pas d’être entendu par les concernés, même pas pour les besoins de l’enquête.

Au Gabon, rares sont les ministres ayant démissionné en fonction. © Gabonreview/Shutterstock

 

Assurant conduire une équipe se volant patriote et exemplaire, Julien Nkoghe Bekale, par la voix de Nanette Longa-Makinda, porte-parole du gouvernement, a appelé implicitement les ministres impliqués dans le trafic de Kevazingo à démissionner de leurs postes. Le Premier ministre va pourtant se heurter à une réalité : démissionner n’est pas gabonais. De mémoire, même cité dans une affaire, jamais un ministre gabonais n’a démissionné pour des besoins d’enquête. La plupart des démissions de membres du gouvernement sont souvent intervenues pour des raisons purement politiques, d’ailleurs et bien souvent à la faveur de remaniements ministériels.

Pourtant, c’est au respect du devoir d’exemplarité que l’opinion nationale et une partie de la classe politique appellent depuis les révélations du procureur de la République de Libreville sur la disparition de 353 containers de Kevazingo placés sous mains de justice au port d’Owendo. À la suite de la suspension «à titre conservatoire» de 12 hauts cadres du ministère des Eaux et Forêts et de l’administration des Douanes, beaucoup estiment, en effet, que leurs «patrons» devaient logiquement tirer les conséquences de ce qu’ils perçoivent comme un déshonneur pour eux-mêmes. Trois ministres sont notamment cités : Guy-Bertrand Mapangou, Jean-Marie Ogandaga et Justin Ndoundangoye, respectivement ministre des Forêts, ministre de l’Économie et ministre des Transports et de la Logistique.

Léon N’zouba, un rare exemple de démission

Soupçonnés d’avoir été impliqués dans certaines affaires liées notamment à la gestion de l’argent public, nombreux sont les ministres n’ayant jamais osé démissionner de leurs postes. Si certains, à l’instar d’Étienne Dieudonné Ngoubou (Pétrole), Serge Maurice Mabiala (Fonction publique) et Magloire Ngambia (Infrastructure – encore incarcéré), sont passés par la case prison, leur interpellation est toujours intervenue après qu’ils avaient déjà quitté le gouvernement. Jusque-là, seul un ministre en fonction a eu le cran de démissionner estimant avoir été touché dans son amour-propre : Léon N’zouba.

En septembre 2014 en effet, l’ancien ministre de l’Éducation nationale avait tiré les conséquences de l’échec de la réforme du baccalauréat de cette année. À l’époque, il avait été désavoué par le gouvernement après s’être humilié en se mettant à genoux devant une centaine d’élèves grévistes de la faim réclamant un nouveau calcul de leurs résultats aux Bacs problématiques de cette année-là. Depuis, plus aucun ministre n’a suivi son exemple, si ce n’est pour des raisons purement politiques, comme ce fut le cas de l’ancien ministre de la Justice Séraphin Moundounga, au sortir de la présidentielle de 2016, ou de Pierre-Claver Maganga Moussavou qui, plusieurs années avant lui sous Omar Bongo, a claqué plus d’une fois la porte du gouvernement.

 
 

6 Commentaires

  1. Itoul dit :

    Que cache cet emballement?
    La vrai question est de savoir à quel moment va s’arrêter le pillage de nos ressources naturelles par ces asiatiques ? Depuis des années, notre patrimoine est pillé par ces messieurs qui feront pire que les colons.

    Quant à l’affaire keva, les gabonais attendent qu’on leur présente les preuves de l’implication de ces ministres. Curieux cette précipitation ?

    • Okoss dit :

      Itou
      Les ministres concernés doivent avant tout démissionner pour se mettre à la disposition de la justice. Ils pourront à cet effet prouver ou non leur innocence. C est ça la procédure.
      C est eux qui doivent nous fournir les preuves et non quelqu un d autre

  2. BIBOUBOUA dit :

    Très juste, Okoss. Le fait de ne pas démissionner prouve bien que ces ministres veulent continuer à entraver le bon déroulement des enquêtes, donc faire obstruction à la manifestation de la vérité. Si notre justice est libre, ceci devrait déjà être considéré comme une faute grave, indépendamment de leur si chère “présomption d’innocence”.

  3. Toumbayaya dit :

    Ils n ont pas à demissionner. Au Gabon demissionner c est donner raison à ceux qui fomentent ces coups. Comment peut on substituer autant des conteneurs au port sans que l oprag ne soit au courant? C est l oprag qui consigne et qui autorise tout chargementou debarquement de marchandises au port. Qui est patron de l oprag? Le frère de laccruche. Comme par hasard l oprag n est pas cité. Les conteneurs lui etaient ils invisibles? Ca sent un coup monté. Si les ministres demissionnent les monteurs de coups vont jubiler et trouver là
    Le coupable ideal. Ceux qui refusent de démissionner demandent que lumiere soit faite c est tout.

  4. Paul Ndong dit :

    Lorsque le Premier ministre veut se débarrasser d’un ministre, il présente la démission de son gouvernement et forme un nouveau gouvernement sans ce ministre.

    Si les ministres en cause ne veulent pas démissionner, le Premier ministre non plus ne veut pas prendre ses responsabilités.

    Je vous renvoi à la Tribune de M. Ayi Gaspard

  5. Ulys dit :

    Pourquoi la France n’aime pas Jean Ping, notre Président élu démocratiquement ?

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